Les Amours Imaginaires, un film de Xavier Dolan

[ 0 ] 22/09/2010 |

Sortie en salles le 29 septembre 2010

Après son premier coup de maître « J’ai tué ma mère », le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan de 21 ans revient avec un deuxième opus où il livre une variation triangulaire stylisée sur l’élan amoureux et son emportement illusoire : hypnotique et obsédant.

Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) sont de très bons amis. Elle est une jeune femme esseulée, romantique et croyant éperdument à la quête de l’amour absolu, vers lequel elle court désespérément. Lui, gay, discret et timide, affiche une âme fragile et ombrageuse. Lors d’un dîner, ils rencontrent Nicolas ( Niels Schneider) au charme ambigu et mystérieux dont ils vont s’éprendre. De rendez-vous en rendez-vous, troublés par d’innombrables signes patents ou imaginaires, les deux complices sombrent dans l’obsession de leur objet de désir, où, bientôt, le duel amoureux menace de saborder leur amitié qu’ils croyaient indestructible.

Il s’ensuit une rivalité entre les deux acolytes et une crispation perceptible où les sourires deviennent faux, les attitudes maladroites en présence de l’esthète, ainsi qu’une mise en abîme de leur imaginaire au gré de leurs pérégrinations émotionnelles et compulsives que la mise en scène non conventionnelle, en jouant sur l’anachronisme des personnages et des situations, accentue efficacement.

Dès les premières images, le film fait preuve d’un ton et d’un traitement codifié, estampillé de références cinématographiques, littéraires et artistiques qui campent l’univers impressionniste et fantasmagorique des protagonistes sous l’emprise du vertige amoureux. En plus de celles directement mentionnées dans le film (James Dean ou Audrey Hepburn), il y a des ralentis poétiques à la Wong Kar Waï, des prises de vue colorés à la Almodovar, des plans de dos à la Gus Van Sant, des références à la nouvelle vague (Godard, Truffaut) ainsi que des confessions face caméra à la Woody Allen.

La fulgurance du sentiment amoureux non réciproque ainsi que ses errements sont traduits par de multiples effets de caméra et de mises en situation savamment composées où le contraste entre le désir imaginé et la réalité désenchantée n’en est que plus saisissant. L’objectif se fait instigateur des instants déstabilisant et intériorisés de la demande affective des duellistes.

Cette opposition entre scènes réelles et fantasmées où se débat le trio impossible est illustrée de témoignages – aussi drôles que caustiques – à la manière d’un documentaire de jeunes gens déballant leurs déboires sentimentaux. Comme pour mieux saisir au delà du particulier l’universel de la désillusion amoureuse.

Plus qu’à l’objet de cet amour, c’est aux codes séducteurs et à leurs effets dévastateurs que le réalisateur s’intéresse.

La forme très esthétisante impressionne où les cadres serrés scrutent une émotion palpable, un ressenti sensuel décuplé par la grande proximité des regards, des lèvres et des nuques. Le tout est magnifié par une très belle lumière et une bande son parfaitement raccord, qui mélange vieux succès (Stéphanne Venne, Dalida qui reprend « Bang Bang », Indochine) et des nouveautés (The Knife, Fever Ray, Vive la fête) en passant par Bach qui rappelle la recherche illusoire et douloureuse des personnages.

Elle imprime au film un lyrisme pop et fragmenté qui marque la genèse du sentiment amoureux, cette sensation grisante où le coeur s’emballe, plane puis retombe face à l’indifférence observée.

Une oeuvre inclassable, très applaudie lors de sa présentation en avant-première par les six cent spectateurs en présence de Xavier Dolan et des deux comédiens, qui exalte une inspiration créative, sensible, et mélancolique où les déclarations d’amour finissent mal en général…

-Amaury Jacquet-




Categorie: Cinéma, Critiques Films

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