Les Bonnes de Jean Genet mise en scène de Jacques Vincey, à Paris
Athénée Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 4 février 2012
« La beauté de mon crime devait racheter la pauvreté de mon chagrin ».
C’est un jeu de rôles poussé jusqu’au paroxysme auquel s’adonnent la trouble Claire et la maléfique Solange, un trip fatal conçu dans le parfum mortifère du réséda et les puanteurs de l’évier, et qui n’aura d’autre issue qu’un écoeurement mortel. Jean Genet a vigoureusement démenti s’être inspiré de la célèbre affaire des deux bonnes, Christine et Léa Papin, qui, en 1933, assassinèrent sauvagement et sans motif apparent leur matresse et sa fille.
Écrite quinze ans plus tard, sa première pièce élève le fait-divers jusqu’à la tragédie, mêlant la poésie à la fascination et à l’effroi. Dans une langue échevelée et baroque, Genet met à nu les ambiguïtés des servitudes sociales et intimes, révélant la chair cachée par les travestissements, qu’ils soient tabliers de bonne ou fourrures de bourgeoise. C’est à l’Athénée, sous la direction de Louis Jouvet, que Les Bonnes furent créées en 1947, suscitant malaise et scandale. Elles font, pour ainsi dire, partie des murs, et on les y a retrouvées en 2001 – Marilù Marini y interprétait Solange, et elle revient aujourd’hui dans le rôle de Madame, aux côtés d’Hélène Alexandridis et Myrto Procopiou. « Rien n’est plus éloigné du réel que ces figures outrancières, et pourtant, rien ne nous parle plus intimement de notre humanité la plus secrète », analyse le metteur en scène Jacques Vincey, qui avait déjà réuni dans Madame de Sade ces trois actrices « hors du commun, capables d’une démesure jubilatoire ».




