Les chats persans de Bahman Ghobadi

[ 8 ] 21/12/2009 |

Sur les écrans ce mercredi 23 décembre

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Musicalement, d’un point de vue pop occidental, on ne tombe vraiment pas à la renverse, et avec un tel sujet on s’attendait à mieux, même si le ‘Together I’m alone’ de cette petite voix toute frêle et toute désespérée est sublime et reste lancinant dans la tête… S’attendait-on à trop pour ce nouveau Ghobadi qui veille Noël ?

Il s’agit d’un joli moment d’images, avec une belle façon tragique de couper court à tout, mais il manque un petit bout de chemin avec Negar et Askhan, avant que tout ne s’arrête ; un zeste de vraie musique, de vrai humour aussi, plus prononcés dans nos pérégrinations. On s’attendait à beaucoup mieux pour un film aux personnages attendrissants et à la thématique superbe malgré tout : l’absence de démocratie reflétée dans la musique. Elle a toujours été un reflet considérable de l’expression générale d’un pays, de sa mentalité, de son ouverture…

Histoire touchante et vibrante, situation unique pour un pays unique en souffrance, l’Iran. Aventure ethnique et musicale, les aléas de ce petit groupe de rock indé que nous suivons ont tout pour séduire…Ou presque ? La vague des films à thématique rock se dévore et assouvit les âmes des têtes à mèches et blousons de cuir. On adore, j’adore, je ne m’en cache pas. Mais cela semble aussi une facilité du temps et de l’époque que de l’utiliser, cette vague qui monte en puissance…Bahman Ghobadi l’a compris.

Le cinéaste nous délivre une petite fable adorable gorgée de frustrations. Des personnages qui ne sont pas libres de faire la musique qu’ils souhaitent, pleins de rêves de partir ailleurs, d’espoirs de s’exprimer pour de vrai…Le blocage de la musique devenant l’allégorie générale d’une liberté bloquée d’expression, de vie et d’épanouissement.

Mais tout le long du film, nous passerons d’endroit en endroit, de musicien en musicien sans que cela ne soit véritablement cohérent ni emballant. Pas très cohérent, parce que des musiciens qui donnent aussi aveuglément leur confiance à une grande gueule insupportable, Hamed– que nous devons aussi supporter à nos dépends et c’est assez pénible – sans se rendre compte qu’ils sont bernés, pas très plausible. Au moins, ce parcours de rencontre en rencontre, d’espoir en espoir, nous permet de découvrir un paysage musical dans les replis obscurs du pays…Comme des ethnologues donc, nous acceptons malgré tout ces allées et venues en moto qui sillonnent tout le pays en attendant une aide de quiconque qui ne viendra jamais vraiment…

Pas très emballant, parce qu’à part passer d’une personne à l’autre, la vie du groupe en lui-même est entièrement creuse et ne connaîtra aucune avancée. Ni nouveau membre réel, ni concert, ni disque, ni passeport. Et même peu, très peu de répétitions. Aucune évolution musicale, sinon l’écriture de cette chanson – lancinante, urgente, fragile, sombre, rêveuse et sacrément touchante qui vous reste en mémoire pour longtemps, ‘Together, or alone’, se souvient-on, avec cette petite intonation doucement féminine et étouffée sur la fin du ‘Alone’ – chanson seule et unique, mais nous ne suivons pas ou si peu la vie du groupe…

Au lieu d’une situation bloquée depuis le départ qui n’évolue pas, on aurait peut-être préféré un film qui permette certains accomplissements, de façon à vivre intimement aux côtés de nos musiciens et à espérer très fortement leur envolée au-delà de l’Iran…Il y a une vision forte à ce qu’ils soient aveuglés par la seule personne ridicule et grotesque en qui ils peuvent se laisser porter, Hamed – un espoir unique et une dépendance totale – et à ce que rien ne s’accomplisse jamais, comme un destin irrécupérable. Mais il manque une narration dans ce cinéma…Même si encore une fois, rien de plus poétique ni de plus touchant qu’une musique étouffée.

- Céline Escouteloup -


Categorie: Cinéma, Critiques Films

Commentaires (8)

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  1. Gatti Persiani « adoriente | 19/01/2010
  1. avatar C. dit :

    J’avais pourtant entendu du bon sur ce p’tit film… déçu de voir qu’il n’a pas l’air bien consistant et que le fond n’a pas énormément de saveurs.

  2. avatar E. dit :

    C’est vrai, c’est un peu le ballon de baudruche qui se dégonfle…

  3. avatar Menzo dit :

    Aie quelle déception! je me faisais aussi une joie! Je pense que je le verrai sans doute mais je risque d’y aller la critique au fusil…

  4. avatar A. dit :

    Il est vrai que le film manque un peu de cohérence parfois. On souhaiterai discerner un ligne directrice.

    En revanche je ne suis absolument pas d’accord avec le jugement qui est porté sur le personnage Hamed. D’un point de vue occidental Hamed paraît un entourloupeur de première. Afin de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui iront payer leur ticket, je ne pourrais malheureusement pas justifier pleinement ce que j’avance ; mais preuve nous est donnée que les intentions d’Hamed sont bonnes.

    De plus ce goût pour la palabre, la négociation, les superlatifs que l’on voit au travers d’Hamed, s’il n’est pas familier pour vous occidentaux, sachez que dans d’autres pays du monde dont l’Iran, c’est chose commune.

    Et je trouve que Bahman Ghobadi met justement bien en scène les moeurs de ce pays. Il ne tombe pas dans le piège, si facile, d’en faire trop.

    A travers les différentes scènes, apparement décousues, on ressent la une douce-amère mélancolie, pansée par la musique, tempérée par l’espoir et toujours ponctuée d’humour.

    Oui, d’humour, ou d’ironie peut-être. Même si tout n’est pas au plus beau, les personnages, chose peut-être parmi les plus touchante tout au long du film, prennent le temps de rire et de sourire.

  5. avatar E. dit :

    Voilà qui ouvre le dialogue, une intervention intéressante même si je n’ai pas vu le film.

  6. avatar Menzo dit :

    Eh bien c’est une bonne surprise me concernant! J’ai été très agréablement envoûté par les moments d’émotions fortes qui se succèdent le long de ce film, certes décousu par le scénario et les évènements qui n’ont pas forcèment de lien entre eux.
    Pareil pour le perso d’Hamed, il m’a plutôt bien plu, ses diatribes et son comportement dynamique relancent la machine malgré son succès mitigé dans ses actions.
    les moments de musique sont souvent touchants dans le contexte global même s’ils ne sont certes pas aboutis, je pense par exemple à la séquence folklo (Hamed) ou la chanson lancinante de fin.
    Un film plein d’espoir, sans prétention aucune et finalement bien sympa à suivre, on rêve vraiment de savoir ce que pourrait être ce pays sans ses dirigeants…
    A noter: le rap iranien n’est pas mal du tout!

  7. avatar Jul dit :

    J’ai tout simplement beaucoup aimé ce film, pour plusieurs raisons :
    - il y a de la poésie dans cette histoire tragique
    - au niveau musical je les ai tous trouvés excellents, d’autant plus qu’ils font de la musique occidentale tout en gardant un petit quelque chose d’iranien (pas de surfait comme chez nous ; au contraire c’est leur musique à eux, on est en Iran et pas ailleurs, la musique est hyper vivante quel que soit le genre, les artistes sont vraiment doués et l’ensemble du film est comme la musique : occidentalisé, moderne et iranien à la fois).
    - les couleurs sont superbes
    - c’est une bonne leçon de musique underground, juste pour la passion de la musique et la volonté de rester libre

    Il ne faut pas oublier non plus que le film a été tourné de manière totalement clandestine en 17 jours.

    Moi qui n’écoute pas beaucoup de rap et ne supporte pas le métal, j’ai réussi à en écouter sans me boucher les oreilles ;)

    Sinon une chose avec laquelle j’ai eu du mal, c’est au début du film avec la voix de Negar, mais on s’y fait.

    Donc à voir, pour se faire un avis…

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