Les Femmes savantes de Molière mise en scène par Arnaud Denis
Les « Femmes savantes », comédie piquante écrite en alexandrins où Molière se moque de leur savoir soumis au dogme des apparences et de la superficialité, sont revisitées avec brio et une énergie communicative par la troupe les Compagnons de la Chimère, au coté de l’illustre Jean-Laurent Cochet.
La pièce raconte l’histoire d’une famille déchirée en deux, où la mère (Philaminte), sa belle-sœur (Bélise), et une de ses deux filles (Armande) sont sous l’emprise d’un bel esprit fat et calculateur (Trissotin). Ce dernier, beau parleur, les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants dont l’intérêt est de s’intéresser plus à l’argent de la famille qu’à l’érudition des trois femmes. Cette situation désespère le mari de Philaminte (Chrysale), son frère (Ariste) et la cadette des filles (Henriette).
Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d’Henriette, mais elle s’est toujours refusée à lui, lui préférant la volupté spirituelle. Clitandre est alors devenu amoureux d’Henriette qu’il souhaite épouser.
Afin de consentir à cette union, Henriette doit obtenir l’accord de la famille. Chrysale et Ariste y sont favorables alors que les trois femmes savantes s’y opposent catégoriquement. Philaminte veut que sa fille épouse Trissotin et consacrer ainsi son attrait pour la science et la philosophie. Cette volonté est appuyée par Bélise, mais aussi par Armande, jalousie que sa sœur convole avec son ancien soupirant. Fort d’un stratagème élaboré par Ariste, la duplicité de Trissotin sera déjouée in extrémis et les amoureux transis pourront enfin triompher.
Ce qui ressort de l’intrigue avec beaucoup d’acuité, c’est l’opposition d’un clan familial entre ceux qui admettent aimer les choses simples en les appréciant naturellement et les autres croyant s’élever intellectuellement en fréquentant les pédants et leur savoir artificiel. Cette divergence crée une véritable scission au sein de la famille où les membres ne vont cesser de s’affronter et revendiquer ce point de vue, entre le corps et l’esprit, qui offre au jeu théâtral des rapports de force virulents et proprement jubilatoires entre les personnages.
Et dans le rôle de Philaminte, comme pour la création de la pièce : un homme, Jean-Laurent Cochet, qui est vertigineux de crédibilité. En épouse castratrice et mère savante tyrannique, avec un seul regard et de petites phrases assassines, elle vampirise la maisonnée. Il est la figure parfaite de la maîtresse femme dénaturée et asexuée où s’incarnent magistralement l’obsession, la colère compulsive, la frustration, l’intransigeance, l’égoïsme, l’aveuglement, telle une créature intemporelle aux défauts savamment virils.
Ce parti pris de mise en scène est ingénieux et fait complètement sens au propos du texte avec une efficacité redoutable de même que les effets burlesques finement dosés.
Quant au personnage de Trissotin, Arnaud Denis, également metteur en scène, en fait un dandy magnétique en diable où sa pseudo-érudition n’a d’égale que son ambition vénale. Tous les comédiens parfaitement dirigés, pour la plupart issus des cours de Jean-Laurent cochet, sont excellents et portent les vers de Molière avec une vitalité remarquable qui insuffle une modernité et une résonance naturelle au jeu de dupes qui se joue.
Et dans un décor de bibliothèque constitué de deux panneaux obliques, le centre devient l’arène de tous les enjeux où chacun s’observe, se toise et qu’un miroir suspendu en fond de scène renvoie sous tous les angles avec une belle lumière soulignant les détails des costumes.
Ces « Femmes savantes », dans une mise en scène enlevée d’Arnaud Denis, font que les bons mots d’hier sont les bons mots d’aujourd’hui, pour une satire sociale complètement avant-gardiste…
-Amaury Jacquet-
Petit Théâtre de Paris jusqu’au 11 juillet 2010
loc 01 48 74 25 37







Très belle critique !
Encore une fois Amaury, tu nous régales !
A défaut d’aller voir la pièce, en te lisant, quel plaisir !
Merci !