Les garçons et Guillaume à table ! de et avec Guillaume Gallienne
« Le premier souvenir que j’ai de ma mère, c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle mes deux frères et moi, pour le dîner, en disant : «Les garçons et Guillaume, à table !» et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone il y a deux jours, elle raccroche en me disant : « Je t’embrasse ma chérie ». Disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus ».
Et de ce trouble identitaire entretenu par sa génitrice et intériorisé par le fils pour lui plaire, Guillaume Gallienne (révélation théâtrale aux Molières 2010) en a écrit un spectacle subtil, drôle et intime porté par un sens du jeu aérien, fin, volubile, gourmand et distancié qui transcende par l’humour sa vérité et ses blessures.
Au travers une galerie de portraits et de situations désopilantes, il évoque sa quête initiatique et le regard des autres porté sur ce garçon pas comme les autres, avec une bienveillance pleine d’autodérision, de satire, et de sensibilité, jusqu’au dénouement final où il parviendra à reconnaître enfin l’homme qui est en lui.
D’un séjour linguistique en Espagne où il se retrouve à danser la sévillanne comme une fille, en passant par les internats de garçons et les brimades viriles, à son incarnation dans sa chambre de Sissi Impératrice surprise par son père, à l’évocation de la visite médicale entraînant sa réformation du service militaire, à une cure mémorable en Bavière ordonnée sur un malentendu et sa prise en main par un kiné diabolique ou encore sa méprise avec un suédois « monté comme un cheval » qui tourne au fiasco, il assume tous les rôles sans aucune complaisance.
A l’instar d’un pierrot lunaire, il nous touche avec ses prises de conscience déroutantes qui se heurtent au jugement définitif de son entourage.
On y croise sa mère autoritaire et omniprésente (la féminité par excellence), sa grand-mère russe chevaleresque, ses tantes borderline, son père distant, ses frères sportifs et ce milieu bourgeois dont il est le clone trop bien élevé qu’il croque comme personne.
Il évite les facilités et les pièges de l’exercice en restituant un regard tendre et théâtral sur ses personnages dont la résonance sensible, pétillante, risquée, lumineuse, mélancolique, fantasque, slave et affranchie, impose sa carrure Galliennéenne…
-Amaury Jacquet-
Athénée Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 17 juillet 2010
Sur liste d’attente sur place, une heure avant la représentation
Représentation gratuite le 14 juillet 2010 à 15 h billets à retirer
au théâtre une heure avant dans la limite des places disponibles





