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Les heures souterraines de Delphine de Vigan (éditions JC Lattès)

[ 2 ] 17/11/2009 |

de-vigan

Ce roman mêle très habillement deux trajectoires où chacun des protagonistes, Mathilde et Thibault, épuisés par la vie sont à bout de souffle. La ville – avec sa dureté et sa rapidité – est aussi le point d’encrage de cette histoire. Elle les isole et accentue l’implacable processus d’anéantissement.

Elle, cadre dans un grand groupe est victime d’un harcèlement moral de son supérieur hiérarchique. Lors d’une réunion de travail, Mathilde a montré l’indice d’un très léger désaccord avec son chef et il ne lui pardonnera pas. Insidieusement, étapes après étapes et en utilisant toutes les techniques possibles, y compris les plus mesquines, il va peu à peu la priver de toutes ses responsabilités, l’écarter, la forcer à la faute, la pousser à la chute, à la soumission, à la démission. Elle va s’accrocher dans un premier temps mais elle finira par céder.

Lui, médecin urgentiste, affronte chaque jour la détresse humaine et vient de quitter une femme qui ne l’aime pas. »Il regarde la ville, cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d’intersections, où l’on ne se rencontre pas. »

Tous deux se débattent corps et âmes avec leurs tourments et luttent de toute leur force. Vont-ils de croiser, se rencontrer, se reconnaître ?

DEVIGAN

Delphine de Vigan sait décrire la fragilité des êtres et le désenchantement dans un style fluide et rapide. Ces heures sont bien souterraines : vécues dans les rames du métro, les embouteillages ou les couloirs d’une entreprise, ces heures pourraient rester discrètes, ternes et, tout simplement, quotidiennes.

Pourtant, elles sont une métaphore par rapport à l’existence que la romancière décide de mettre en pleine lumière, révélant leur violence, une violence d’autant plus grave qu’elle ne dit pas son nom, qu’elle est sourde et insidieuse.

Car, que s’est-il passé pour Mathilde ?  » Rien de grave« . De petits détails qui pourraient paraître bien bénins mais qui, superposés les uns aux autres, vont former ce projet de destruction à son encontre, une « mécanique silencieuse et inflexible, qui n’aurait de cesse de la faire plier« .

Rien de plus exceptionnel non plus pour Thibault, aucun drame, rien qui ne puisse être désigné, pointé du doigt, pas de “responsable”. Juste une tragédie sourde, comme ensommeillée. Une détresse et un accablement très ordinaires.

Ce livre est poignant. Il nous parle d’indifférence et l’épisode du harcèlement en est une saisissante démonstration là où les salariés, témoins, se taisent. De solitude aussi car les deux personnages se croisent mais la ville anonyme et égoïste empêchera toute rencontre bienfaitrice.

Les heures souterraines nous interpellent et nous dérangent, elles nous démontrent que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Et que chacun y a une part de responsabilité.

Bien!

- Amaury Jacquet -


Commentaires (2)

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  1. avatar C. dit :

    Welcome Amaury. Entrée sympathique avec un billet à la thématique dans l’ère du temps ! Manque de légèreté a priori dans ce roman !… Mais ç’a l’air de t’avoir plu. Pour la Dickcben’ probablement !

  2. avatar E. dit :

    Bienvenue Amaury ! Voilà un nouveau membre qui devrait également plaire à notre littéraire Bénédicte. En tous cas, on espère que tu feras une longue route à nos côtés.

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