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Les journées de juin du conservatoire national supérieur d’art dramatique : le bilan

[ 0 ] 28/06/2010 |

Les journées de juin du conservatoire d’art dramatique de paris dont nous avions chroniqué sur ces pages la programmation se sont terminées le 27 juin 2010.

Et nous avons assisté, sur presque trois semaines, à la présentation des six classes d’interprétation dirigées par Dominique Valadié, Daniel Mesguich, Nada Strancar, Jean-Damien Barbin, Philippe Duclos, et Sandy Ouvrier qui nous ont plongé au coeur du répertoire classique et contemporain avec une recherche d’invention, d’effervescence et d’aboutissement, inhérente à la formation du conservatoire.

La création de la pièce « La fiancée aux yeux bandés » d’ Hélène Cixous au programme de la classe de Daniel Mesguich a constitué un moment fort. Elle revisitait les ressorts psychanalytiques du complexe d’Oedipe avec pour référence Hamlet et offrait une dramaturgie saisissante servie par une mise en scène épique et un jeu d’acteurs à la distribution parfaite.

Nada Strancar avec « La Troade » de Robert Garnier, auteur tragique et lyrique dans une langue du 16 siècle ardue, excessive,  poétique, a présenté une version marquante et emportée où ses jeunes élèves dans les images exprimées ont été d’une résonance extrême, profonde, solidaire et sans jamais, pour autant, forcer leur jeu, livrant là une belle performance.

La traversée de Lars Norén de la classe de Jean-Damien Barbin nous a saisi en abordant l’oeuvre dramatique et sociologique du dramaturge contemporain radical, qui aime à peindre le huit clos où explosent les névroses de la sphère sociale, familiale et conjugale, avec une acuité toujours percutante. Grâce à une mise en scène au cordeau et un décor épuré aux lignes contemporaines pour souligner la mise en abîme qui se joue avec une illustration sonore évocatrice entre les extraits, les comédiens décomplexés et libérés portaient pleinement la narration existentielle, âpre et intime de l’écriture avec ses obsessions, ses déchirements, son enfermement, et ses non-dits.

Tribus intimes avec notamment au programme « Platonov » de Anton Tchekhov et Jean-Luc Lagarce avec « Le pays lointain et Juste la fin du monde », la classe de Sandy Ouvrier nous a fait une grande impression. Il y a dans son travail un regard prodondément artistique et inventif qui lui permet d’inscrire ses mises en scène dans un espace temps intemporel, esthétique, créatif, cinématographique, où ses jeunes interprètes traduisent alors toute la richesse conceptuelle du jeu théâtral avec sa fulgurance verbale et visuelle.

Dans une version modernisée et complètement appropriée de la pièce de Tchékhov, la metteuse en scène, qui prolonge le dispositif scénique par un couloir traversant la salle de spectacle, offre une amplitude au jeu des acteurs avec des tableaux très visuels et une impulsion saisissante à cette histoire de héros romantique contrarié où sa perpétuelle interrogation entre la part du vrai et du faux n’en est que plus troublante.

En s’appuyant sur le même dispositif, elle aborde le théâtre sensible de Jean-luc Lagarce et sa langue éblouissante, pleine de sophistications qui procède par incises où les personnages reprennent sans cesse ce qu’ils viennent de dire en le modifiant, lui donnant une reconnaissance musicale immédiate. Sandy Ouvrier accompagne avec des trouvailles scéniques et musicales le jeu pénétrant des acteurs imprimant un mouvement et une énergie novateurs à cette parole dense, porteuse de rancoeurs et d’incompréhension familiale, un très beau moment.

Le rideau est à présent retomber sur ce théâtre de création et d’expérimentation où l’apprentissage, dans son exigence, son partage, sa transmission, et donc ses possibles, en est le fer de lance le plus prometteur…

-Amaury Jacquet-


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