Les liaisons dangereuses mise en scène par John Malkovich, à Cahors
Théâtre de Cahors, le 3 avril 2013, à 20h30
Place François Mitterrand – 46000 Cahors
On se souvient tous de l’interprétation de Valmont par John Malkovich dans le film de Stephen Frears qui lui valu une reconnaissance internationale. Aujourd’hui l’acteur américain, avec une adaptation théâtrale de Christopher Hampton, revient en tant que metteur en scène de cette oeuvre emblématique de Choderlos de Laclos. Dans une proposition revisitée, entouré de jeunes acteurs, il réussi son pari et nous livre une version intense et profonde de ce jeu extrême entre deux libertins où chacun se joue et se déjoue de ses sentiments jusqu’à sa perte : jubilatoire.
Les liaisons dangereuses racontent à travers des échanges épistolaires le libertinage de deux jeunes gens manipulateurs et dépravés. Anciens amants, ils rivalisent de machiavélisme pour orchestrer dans une lutte séductrice, hédoniste et perverse la chasse et la perdition de leurs proies où à l’instar d’un jeu d’échec, Merteuil et Valmont choisissent et déplacent à l’envi les pièces maîtresses.
Dans une mise en scène modernisée et des décors épurés où jeans, baskets, portables, tablettes, mobilier contemporain côtoient aisément quelques références rappelant le XVIIIe siècle, c’est sûr le jeu et le texte ciselé, cinglant que ce concentre l’intrigue.
Intemporelle, elle dissèque, dans un combat ravageur et des humiliations dévastatrices, le sentiment amoureux perverti et son instrumentalisation dans une quête aussi infantile qu’effrénée du plaisir. Les 10 comédiens à l’unisson ne quittent jamais le plateau, l’encerclant de leur présence lorsqu’ils ne jouent pas, accentuant ainsi l’emprise vicieuse et pernicieuse qui s’empare des protagonistes.
Très bien rythmés sous des lumières et une musique inspirées, les épisodes s’enchaînent avec une belle fluidité jusqu’à l’épilogue final et rédempteur.
Yannik Landrein (Valmont), tout juste sorti du conservatoire d’art dramatique de Paris que nous connaissions pour avoir assisté à ses classes d’interprétation, est impressionnant d’aisance et de maîtrise. Charismatique, il offre un jeu dense et complexe d’une belle amplitude et d’une brûlante sensibilité. Dans le rôle de Merteuil, Julie Moulier campe avec une assurance toute masculine la perversion, la froideur et la rancoeur qui siéent particulièrement à son personnage. Jina Djemba incarne avec justesse et intensité l’exaltation puis le désaroi de Madame de Tourvel tandis que Pauline Moulène en Madame de Volanges et Rosa Bursztejn (Cecile de Volanges) sont d’une grande justesse. Enfin Mabô Kouyaté offre un jeu émouvant, Sophie Barjac (Madame de Rosemonde) une parfaite sincérité et Lola Naymark (Emilie) une prestation désinhibée.
Des liaisons toujours aussi dangereuses où la duplicité des sentiments est un abîme…
-Amaury Jacquet-
Categorie: Spectacles/Théâtre












C’est probablement générationnel, mais quand j’entends « Les Liaisons Dangereuses » je ne pense pas au roman épistolaire écrit par Pierre Choderlos de Laclos et publié en 1782, je ne pense pas non plus au film de Roger Vadim avec Jeanne Moreau et Gérard Philipe (1960), non, je pense à celui de Stephen Frears avec Glenn Close, Michelle Pfeiffer et bien sûr John Malkovich (1988). Alors quand j’ai vu qu’une pièce « Les Liaisons Dangereuses » était montée à Paris et mise en scène par John Malkovich, j’étais déjà conquis. Quelques recherches m’indiquent une mise en scène dépoussiérée, alors j’ai hâte de voir le résultat.
La suite sur mon blog http://fanchic2011.blogspot.com/2012/01/les-liaisons-dangereuses.html
Quelle profonde déception ! C’est la première fois que nous quittons définitivement la salle à l’entracte.
Fervents admirateurs de John Malkovich, nous avons réservé nos places dès la mise en vente et regrettons amèrement.
C’est ce qu’on appelle un échec et John Malkovich n’a pas été à la hauteur de sa réputation après les succès des précédentes pièces (Hysteria, Good Canary).
Grosse erreur de casting pour Valmont : même jeune, il aurait été préférable de choisir un comédien crédible dans ce rôle car celui qui l’incarne actuellement n’a aucune sensualité ni virilité. Paradoxal pour un amant réputé cumuler les conquêtes…
Il aurait été intéressant d’adapter complètement le texte original à l’environnement actuel plutôt que de placer ça et là un iPhone ou une tablette tactile…
Je ne partage pas cet avis car le jeu de Yannik Landrein est justement tout en subtilité, tour à tour manipulateur et séducteur, léger et grave, en parfaite osmose avec l’esprit du personnage et sa jeunesse célébrée dans le célèbre roman épistolaire.
Une interprétation par ailleurs particulièrement ovationnée par la salle.
Quant au parti pris de la mise en scène, il souligne à dessein l’ambivalence et le trouble constant des personnages qui demeurent pleinement intemporels.