Les oeuvres de Gwendal : Chaos, obsessions, virus

[ 0 ] 22/07/2012 |

Chaos
Au travail, à l’école, au téléphone, il suffit bien souvent d’un bout de papier pour faire vagabonder son esprit au fil du crayon. “Doodle”, “crobard”, “zigouigoui”, “gribouillis” : le terme varie mais garde des constantes, comme l’automatisme du trait et la répétition de motifs. C’est le chemin qu’a décidé de suivre Gwendal, sans trop y réfléchir. De creuser ce processus de création, parent éloigné de l’écriture automatique. A savoir faire place au hasard, au chaos, à l’accident. Et admirer le résultat.
Entre ses longues années d’études et son travail de journaliste au desk, en secrétariat de rédaction, Gwendal a eu ainsi l’occasion de profiter de nombreuses heures assis, munis d’un simple stylo bille pour tromper son ennui. Documents de travail gribouillés au verso ou marges de cours, les supports sont ceux qui lui tombent sous la main.
Fourrés régulièrement dans son sac à dos, ces papiers froissés, pliés, gribouillés, ressortent un jour de leur tannière. Et sont soumis au jugement implacable de Gwendal. La qualité de ses gribouillis est, par définition, chaotique et inégale, et seuls peut-être 20 % d’entre eux soulèvent son intérêt. Ces survivants ont auront alors droit à l’insigne honneur d’être numérisés.
Stockés sur ordinateur, ces dessins sont ensuite nettoyés sur Illustrator, avec la technique de dessin vectoriel. Courbes et cercles parfaits, duplication de formes permettant une symétrie aux petits oignons, aplats aux couleurs tranchées et lumineuses, le vectoriel affine l’idée contenue dans le gribouillis originel, l’épure, pour lui donner le maximum d’impact. Mais rien n’empêche, toujours grâce à la magie du vectoriel, de respecter le côté tremblotant et imparfait du trait.
Resplendissants et rasés de près, les dessins de Gwendal peuvent ensuite rejoindre son dossier “dessins” déjà passablement encombré, ou sa galerie Flickr afin d’être exposés. Mais une seconde vie les attend.
Depuis 1998, Gwendal réalise régulièrement des grands dessins (tous les un à deux ans environ, quand son stock de crobards mis au propre commence à déborder). Les grands dessins sont des assemblages de plusieurs
centaines de dessins originaux, de photos de films, de textes, de private jokes, de réflexions lapidaires et de copies qui s’entremêlent pour un former un tout. Un concept graphique inspiré à Gwendal par la musique des Beastie Boys, rois du collage sonore.
S’il a une idée approximative de l’aspect de chaque grand dessin au départ (son format, l’aspect du cadre, une figure centrale), il laisse une grande place à l’improvisation pour disposer, semer, tous ces éléments sur la surface de départ. C’est également le hasard qui le guide lorsqu’il passe à la seconde phase, à savoir “boucher les trous” entre tous ces éléments. Leurs contours donnent des points de départ pour faire surgir de nouvelles figures, accentuant au final cette impression d’imbrication.
L’idée du grand dessin s’est complexifiée avec les années. Gwendal a débuté en 1998 à l’encre de Chine et sur format raisin, puis l’espace s’est agrandi, les couleurs (peinture acrylique) se sont ajoutées. Du papier il est passé à l’ordinateur et le nombre d’éléments imbriqués n’a cessé d’augmenter. Jusqu’à en arriver au dernier en date, Big Bang, en 2009. D’un format de deux mètres de long sur un mètre de large, mixant travail en vectoriel et en pixel, celui-ci compte plusieurs milliers de dessins .
Le but de ces grands dessins est d’offrir un voyage personnel au spectateur, qui peut cheminer à l’intérieur en passant d’un micro-élément à un autre. Même si Gwendal s’amuse à attirer leur regard sur certains éléments, à les perdre dans ce dédale, voire à les tromper, le spectateur est libre de son parcours. Face à la multiplicité des mèmes culturels et des dessins, à lui de choisir son point de départ en fonction de leur résonnance. Le spectateur peut de plus revenir dans le dessin à une autre occasion, et découvrir à chaque fois de nouveaux éléments qui avaient échappé à son regard.
Pour Gwendal, c’est également un moyen de compiler sa production sur une période donnée, en un seul espace. Une tentative pour résumer son activité cérébrale et offrir à ses différents dessins une autre existence. Non plus comme des éléments isolés mais comme faisant partie d’un tout.

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Categorie: Art Contemporain

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