L’histoire de Sayo, de Giovanni MASI et Yoshiko WATANABE (Dargaud)

[ 0 ] 08/01/2011 |

Sortie : le 14 janvier 2011

Dessin : Yoshiko WATANABE
Scénario : Giovanni MASI

Prix : 19,00 €

L’histoire de Sayo, est un one shot né de l’association des talents de l’italien Giovanni Masi, qui a scénarisé l’ouvrage, et de la japonaise Yoshiko Watanabe, qui en a assuré l’illustration et vit également en Italie où elle enseigne le dessin de manga (à l’école de bande dessinée de Rome). Cette dernière est une pointure reconnue dans ce domaine ayant déjà travaillé sur d’innombrables séries de renom, telles qu’Astro Boy, Princesse Saphir, Ashita no Joe mais aussi la saga du Roi Léo.

Résumé de l’éditeur : Juin 1945. Sayo et son mari, ressortissants japonais, sont installés en Chine où vivent plusieurs milliers de leurs concitoyens depuis que le Japon a décidé d’occuper le pays en 1934. Le jour où son mari reçoit sa feuille de route pour rejoindre l’armée, Sayo, enceinte de leur deuxième enfant, part s’installer chez sa sœur. Mais la victoire des Alliés et la défaite du Japon seront lourdes de conséquences pour la communauté japonaise qui va devoir faire face à la volonté de vengeance des Chinois et aux exactions des troupes soviétiques installées en Chine.

L’histoire de Sayo est un récit de vie occupé par l’Histoire de l’invasion des troupes japonaises en Chine, suivi de leur retrait aussi progressif que douloureux… notamment pour les japonais qui s’étaient installés sur les côtes chinoises. Le scénario de Giovanni Masi suit l’évolution d’une femme, Sayo livrée à elle-même, à la peur de l’autre, à la faim,  à la pauvreté, à sa grossesse et à l’absence de son mari. Un destin que l’on espère moins terrible qu’il ne l’est au fur et à mesure de la lecture. Pourtant, la vie de ces ressortissants coloniaux regroupés en quartier d’isolement, en proie aux excès de rage des chinois locaux, était bien incertaine en ces temps où l’on apprenait la défaite du Japon. De quoi est fait demain ? Voilà une question qui inquiète. Et c’est avec brio que Giovanni Masi transmet ces inquiétudes au lecteur, et entretien tout l’intérêt du récit. Jusqu’où la folie ou la haine des hommes peut-elle conduire ? Une question prédominante, alors que celle du sentiment coupable de ces japonais est malheureusement quasi-éludée.

Le dessin de Yoshiko Watanabe s’inscrit pour sa part dans le plus traditionnel manga. En noir et blanc bien sûr, avec des traits ronds (elle pourrait incarner le Tezuka d’aujourd’hui sans mal tant elle en connaît toutes les ficelles) et des décors volatiles, sobres et légers. Ce sont les personnes qui intéressent le temps du récit (on se demande d’ailleurs ce que Watanabe a vécu ou n’a pas vécu durant cette période), et cela ne fait que renforcer sa force.

L’alchimie entre les deux auteurs transpire. Un ouvrage touchant, qui a toute sa place dans votre bibliothèque.

E.


Categorie: BD, Mangas

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