L’homme qui voulait vivre sa vie, un film d’Eric Lartigau

[ 6 ] 03/11/2010 |

Sortie : le 03 novembre 2010

L’homme qui voulait vivre sa vie est l’adaptation du roman éponyme de l’auteur américain Douglas Kennedy. Eric Lartigau - tout en restant fidèle à la complexité narrative qui exploite plusieurs degrés de lecture (intrigue psychologique, thriller, road movie) construite sur la quête d’identité : est-ce qu’on se connaît vraiment soi-même ? – en livre une version introspective et inattendue, portée par un acteur, Romain Duris, magnifique.

Paul Exben (Romain Duris)  a réussi. La trentaine, il est avocat d’affaires, travaille dans un grand cabinet où il conseille de grosses fortunes. Sa carrière, ses costumes, sa maison, sa femme, ses enfants, sa voiture témoignent de sa réussite sociale et matérielle. Tout semble parfait, sauf que Paul est en dehors de sa vie.

Poussé par la pression familiale, il s’est installé dans cette existence facile en oubliant ses aspirations profondes. Il aurait voulu être photographe. Et bientôt ses certitudes sont mises à mal où le couple qu’il forme avec Sarah (Marina Foïs) bat de l’aile, cette dernière le trompant avec leur voisin et alors que son associée (Catherine Deneuve) lui révèle qu’elle va mourir, elle lui propose de reprendre les rênes du cabine mais il a peur et refuse.

Puis, Paul apprend la liaison de sa femme et tout s’accélère. Désespéré, il cherche à comprendre. Il frappe à la porte de l’amant, la discussion s’envenime, l’accident a lieu. Il se retrouve alors face à son destin, provoqué par une circonstance imprévisible, et décide d’endosser l’identité de cet homme et de fuir. Il va maintenant s’exiler après ce drame au Monténégro pour essayer de se reconstruire, et de vivre enfin sa vie.

Le film bascule alors de la chronique sociale au thriller puis à la fuite initiatique où l’urgence fait retrouver à Paul sa capacité de penser, d’imaginer, d’agir et de ressentir. La tension imprime le visage du héros où sa peur omniprésente se transforme avec l’évolution du personnage.

Il a d’abord peur de ne pas être à la hauteur et d’être abandonné par sa femme. Et aussi de perdre sa patronne qui incarne une sorte de père spirituel. Puis, vient la peur, très physique, de la confrontation avec son rival et, bien évidemment, la peur panique qui naît lorsqu’il le tue : doit-il prévenir la police ou prendre la fuite ?. Il y a ensuite la peur de se faire arrêter et de ne pas pouvoir supporter ce qu’il a fait. Enfin, il a peur, tout simplement, de ne pas arriver à survivre – tout en éprouvant un sentiment de transgression : a-t-il seulement le droit de profiter alors qu’il a tué un homme ?. C’est tout un cheminement mental qui s’opère et que la caméra scrute avec acuité et finesse.

Et Romain Duris, magistral, exprime cette peur à chaque image où son regard laisse transparaître dans une ambiguïté fébrile ses questionnements et sa recherche de la vérité.

Le spectateur ne quitte jamais le personnage qui est filmé au plus près de ses émotions. Dans les scènes du début du film, les arrières plans sont flous de sorte qu’il est détaché du décor alors qu’à la faveur de sa rédemption, les plans s’éclaircissent, et l’inscrivent dans les paysages brutes du Monténégro, filmés caméra à l’épaule à l’aide de courtes focales et qui traduisent son ouverture sur le monde.

Les autres acteurs, Marina Foïs, Niels Arestrup, Branca Katic, Eric Ruf et l’impériale Catherine Deneuve, sont aussi saisissants et participent efficacement à la composition paradoxale et trouble du protagoniste principal.

Et quand le thriller se fait existentialiste, il n’en est que plus elliptique…

-Amaury Jacquet-



Categorie: Cinéma, Critiques Films

Commentaires (6)

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  1. avatar aldanjah dit :

    Je trouve ça un peu dommage de réveler dans ta critique qu’il tue l’amant de sa femme.
    L’intérêt du film réside en partie dans cette scène violente à la quelle on ne s’attend pas (rupture avec la vie « pépère » du début)
    ma critique : http://critique-ouverte.blogspot.com/2010/11/lhomme-qui-voulait-vivre-sa-vie.html

  2. avatar E. dit :

    N’ayant pas vu le film mais la bande annonce, j’avais compris qu’il avait tué l’amant de sa femme. La révélation de cet élément n’a pour moi aucun impact, comme il n’en aura aucun pour tous ceux qui auront vu la bande annonce. Non ? En tout cas c’est ce que je pense ;-)

  3. avatar Amaury dit :

    La révélation de cet élément est en effet sans incidence car le film ne repose pas sur cet acte qui ne s’inscrit nullement dans un suspens à élucider mais dans un parcours initiatique et existentialiste du protagoniste.

  4. avatar Bénédicte dit :

    Ce film m’a laissé une sensation très désagréable : 2 heures de tension non-stop et le tout sur les épaules de Romain Duris. Je ne m’attendais pas du tout à ça !
    Paul ne s’aime pas, ne peut pas aimer. C’est là le fond du problème. Il prend la place de Greg, et là, il commence à vivre. Et pourtant, il devient un monstre.
    C’est un cas psychanalytique très intéressant. Et absolument cauchemardesque… D’ailleurs, la fin ne ressemble pas à une fin…

  5. avatar Bénédicte dit :

    Aldanjah, je suis d’accord avec toi sur le fait que rien ne montre que Paul n’aimait pas sa vie d’avant. C’est sa femme qui est mal, pas lui. Il est également vrai que lui n’a pas choisi cette nouvelle vie, elle s’est imposée à lui… Hélas !
    Quant à la fin du film, c’est comme une queue de poisson :(

  6. avatar Mat dit :

    Suis complètement d’accord avec Aldanjah. Raconter tout le film n’a aucun intérêt si ce n’est celui de casser le plaisir de découverte par les téléspectateurs. C’est une remarque générique, pour toute chronique d’un film.

    De même pour les bande-annonces d’un film racontant toute l’histoire (ou les seuls bons sketchs d’une comédie) : c’est nul ! Surtout que les réalisateurs n’en sont pas toujours maître (merci les boites de prod)

    Heureusement, je n’avais rien vu sur le film avant d’aller le voir, et j’ai donc pu le trouver surprenant ! Et pas seulement, j’ai aussi beaucoup aimé.

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