L’île sans sourire de Enrique Fernandez (Drugstore)
Quand une fillette tente d’apprendre à un adulte les secrets du bonheur de vivre. Un conte onirique et poétique porté par un dessin remarquable.
L’île sans sourire, est un One Shot conté par Enrique Fernandez, jeune auteur espagnol (encore un!) admiré pour la qualité de son graphisme, la remarquable expressivité de ses personnages et son grand talent de coloriste. Il a déjà publié une adaptation du Magicien d’Oz (3 volumes chez Delcourt, sur scénario de David Chauvel) et une ambitieuse fresque de science-fiction, La mère des victoires, chez le même éditeur.
L’histoire :
Yulkukany, l’île aux baleiniers. Un morceau de terre battu par les embruns, majoritairement occupé par une nature sauvage et grandiose, et ponctué de masures éparses habitées par des autochtones taciturnes et méfiants. Car nombreux sont les marins que la mer n’a pas rendus à leurs foyers… Milander Dean, géologue,débarque à Yulkukany en mission de recherche. Mais Dean cherche aussi et surtout un havre de tranquillité pour passer le temps. Seul. Un temps devenu abominablement long depuis la perte d’être chers. Un temps dont il n’a finalement plus que faire… Elianor, native de l’île, est au contraire la joie de vie incarnée. Une petite fille rêveuse, sensible, adorable comme tout, à l’imagination vive et sans limites, à la bonne humeur contagieuse. Si ce n’est que pour Dean la bonne humeur est justement une maladie. Et qu’il n’a pas l’intention de se laisser contaminer…
Si le scénario est très simple – voir simplet ou pouvant s’adresser aux enfants – et ne parvient pas à emballer véritablement le lecteur, l’univers développé à travers cette trame est assez unique et dégage une atmosphère toute particulière (parfois glauque d’ailleurs), ce qui dénote une certaine originalité dont chacun pourra se satisfaire.
La qualité de la palette graphique nous fera regretter l’absence d’un scénario plus fouilli. Monsieur Fernandez fait en effet preuve d’un talent assez incroyable dans ces planches toutes aussi réussies les unes que les autres. Que ce soit l’expressivité des personnages, comme nous l’avons déjà dit, ou le jeu des lumières et la coloration, l’auteur colle parfaitement à l’esprit d’un conte tout en modernisant le genre de manière révolutionnaire.
C’est donc avec un petit pincement au coeur que le lecteur, déçu par le peu d’envergure de l’histoire, referme ce One Shot orné de magnifiques dessins, comme si l’on avait, en quelque sorte – mais l’expression est forte – « gâché » ce talent d’illustrateur. Dommage.





