L’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau
Le cliché et le kitsch fascinent Michel Fau. Formé au conservatoire national supérieur d’arts dramatique de Paris dans les classes de Michel Bouquet, Gérard Desarthe et Pierre Vial, le nom de l’acteur est indissociable de celui d‘Olivier Py et de son univers épique. Depuis leur rencontre au conservatoire, les deux artistes sont devenus complices et collaborent régulièrement. L’auteur metteur en scène protéiforme l’emploie notamment dans « Le Visage d’Orphée » écrite pour la cour d’honneur du palais des Papes à Avignon, dans la célèbre mise en scène du « Soulier de Satin » de Paul Claudel, ou encore dans « L’Orestie » d’Eschyle au théâtre de l‘Odéon.
Au cinéma, il joue notamment sous la direction de grands réalisateurs comme Jean-Paul Rappeneau dans « Cyrano », François Ozon dans « Swimming pool » ou encore Dominik Moll dans « Harry, un ami qui vous veut du bien ».
Avec « l’impardonnable revue pathétique et dégradante de Monsieur Fau », c’est un cabaret foutraque et ambigu qu’il crée où son goût immodéré du music hall outrancier – avec travestissement, strass, paillettes, tenues improbables et clinquantes, danseuses légères, escaliers en pleine lumière, et accessoires à l’avenant – est porté à son paroxysme.
Et comme il aime follement chanter et la revue frivole qui va avec, Betty Mars, Zizi Jeanmaire, Jacqueline Maillan, Georgette Lemaire, Dalida, Liza Minnelli, Laura Fabian et même Olivier Py sont ses idoles.
Sur un répertoire donc populaire et cheap réorchestré pour l’occasion, le comédien chanteur, danseur se réapproprie, dans un délire total, une quinzaine de chansons des années 70 et 80. Avec une extravagance ravageuse et moqueuse, il souligne la dimension cabotine, burlesque, dérisoire, et mélodramatique de ses interprétations en les accompagnant des attitudes précieuses. Et c’est à mourir de rire.
Accompagné parfois d’un gogo danseur charmant (Joël Lancelot) et d’une danseuse féline (Delphine Beaulieu) qui se prêtent au jeu fantasque, notamment dans une nouvelle version de king kong de Serge Gainsbourg, interprété à l’époque par Zizi Jeanmaire, il convoque : une meneuse de revue en talons hauts, bas résille, engoncée dans un fourreau lamé et boa ensorceleur descendant le grand escalier illuminé du Casino de Paris réduit à cinq marches ! une chanteuse en short moulant lamé disco qui s’éclate sur une chorégraphie s’apparentant au titre éponyme B devotion de Sheila, une stripteaseuse se dévêtissant sur « la vie en rose » chantée par Dalida, une cantatrice diva soprano qui se livre à une interprétation lyrique et impossible de « Quelqu’un m’a dit » de Carla Bruni, un grand moment d’anthologie avec les mimiques parfaitement reproduites, ou encore un garçon interlope en costume noir dans un numéro mémorable sur la chanson « Bravo tu as gagné » de Charles Level immortalisé par Mireille Mathieu.
Et Michel Fau est incroyable dans ce show hilarant et proprement jubilatoire. Là où la théâtralité, dans sa folie pure et assumée, fait totalement corps avec la comédie humaine du spectacle et son sens de la représentation, de l’exhibitionnisme, et de la tragédie.
A travers cette galerie de portraits, l’acteur mis à nu physiquement et sentimentalement aborde sans retenue la séduction, le désir, la sensualité, la dérision, la solitude, la détresse amoureuse et se montre drôle, loufoque, touchant, mélancolique, incontrôlable et toujours vrai. L’incarnation même et extrême d’un artiste unique…
-Amaury Jacquet-
Théâtre du Rond-Point jusqu’au 27 juin 2010
Loc 01 44 95 98 21





