Un Lucia di Lammermoor d’exception au Théâtre des Champs Elysées

Lucia di Lammermoor
Lucia di Lammermoor, Théatree des Champs Elysées, Diana Damrau

Un Lucia di Lammermoor d’exception au Théâtre des Champs Elysées

Lucia di Lammermoor incarne l’Opéra tragique italien par excellence. Une histoire d’amour interdite, un destin contraire, la folie, le drame, Gaetano Donizetti ne recule devant aucun ingrédient pour serrer le coeur et multiplier les moments de bravoure. Le Théâtre des Champs Elysées a accueilli une représentation exceptionnelle le vendredi 27 mai 2016 avec une distribution en tout point éblouissante. Non point mis en scène mais chanté dos à l’orchestre Teatro Regio Torino mené par Gianandrea Noseda, la représentation a fait littéralement chavirer la foule.

Opéra en langue italienne, Lucia di Lammermoor adapte pourtant un roman anglo saxon, en l’occurrence La Fiancée de Lammermoor de Walter Scott. A l’instar de son ouvrage le plus connu Ivanhoe, l’argument est forcément tragique. Lucia est une héritière qui doit se résoudre à épouser un prétendant choisi par son frère Enrico pour des raisons éminemment politiques. Mais secrètement amoureuse d’Edgardo, ennemi mortel de sa famille, elle ne pourra obéir que suite à une honteuse traitrise. Quand le procédé est découvert, elle sombre dans la folie scellant le destin funeste des deux amants. Il y a du Roméo et Juliette dans cet opéra. La scène de la folie chantée par Lucia et l’air funèbre exprimé par Edgardo représentent rien de moins que le summum de l’opéra tragique.

Pour cet évènement sold out des caves au plafond, le casting ne pouvait être autrement qu’au diapason. Diana Damrau est une soprano allemande parmi les plus illustres de la planète. Sa virtuosité dans les suraigus coupe le souffle tandis que la clarté de sa diction soulignent sa technique parfaite pour communiquer une émotion saisissante. A ses côtés, Piero Pretti fait un Edgardo puissant et émouvant. Les deux méchants barytons sont interprétés par l’imposant Gabriele Vivianni en Enrico et Nicolas Testé en Raimondo. Chacune de leurs apparitions fait vaciller la foule avec leurs graves profonds et intenses. L’alliance de tous ses grands interprètes déclenche rien de moins que des torrents d’applaudissement après chacune de leurs prestations.

Les 3 heures de la représentation passent comme dans un souffle. Les surtitres permettent de suivre l’argument en temps réel tandis que l’orchestre livre une prestation titanesque. Ce qui ressemble à un instrument cabalistique accompagne la fameuse scène de la folie avec ses verres de cristal délicatement frottés par un musicien expert. L’atmosphère vogue entre onirisme et fantastique, retranscrivant parfaitement les tourments intérieurs de l’héroïne. Diana Damrau multiplie les prouesses vocales pendant 20 minutes de pure apesanteur. Pas besoin d’être un expert en art lyrique pour ressentir des frissons de chavirement. Le drame de cette amoureuse trahie et bafouée briserait le coeur le plus insensible. Les experts autant que les béotiens partagent un moment de parfaite harmonie lyrique.

Le Théâtre des Champs Elysées confirme son positionnement unique sur la scène lyrique parisienne. La salve finale d’applaudissement laisse craindre des débordements, l’enthousiasme manifesté est à deux doigts de faire voler les sièges tant le délire est unanime. De quoi scruter consciencieusement la fin de la saison 2016 et attendre avec impatience la saison prochaine !
Note
Oeuvre chantée
Orchestre
Chanteurs
Impression de ravissement
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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