Lulu de Frank Wedekind mise en scène par Robert Wilson (Paris)
Théâtre de la Ville jusqu’au 13 novembre 2011
Le dramaturge Robert Wilson retrouve les merveilleux comédiens du Berliner Ensemble – théâtre fondé par Bertolt Brecht en 1949 – pour la « tragédie monstre » de Frank Wedekind, monument de l’Allemagne expressionniste. Lulu étant la réunion de deux pièces – L’Esprit de la terre et La Boîte de Pandore – dont le prétendu « amoralisme » valut à son auteur, des démêlés avec la censure.
Avec la grande Angela Winkler, épaulé du costumier Jacques Reynaud mais aussi de l’auteur compositeur Lou Reed, le metteur en scène et plasticien américain, figure majeure d’un théâtre formel, s’empare avec une esthétique unique, saisissante d’expressionnisme, de la vie d’une femme et de sa sulfureuse ascension jusqu’à son inexorable chute, pour l’inscrire dans un espace temps intemporel d’une inspiration absolue.
La pièce s’ouvre par sa fin et la mort de Lulu sous le couteau de Jack l’Eventreur où se remémore cet obscur objet du désir, hanté par son funeste destin, passant d’homme en homme dans une soif éperdue de pouvoir, de revanche, de séduction, de liberté, de luxure, et de fantasme.
Cette fresque tout en contrastes exacerbés, entre noirceur mélancolique et rage séductrice, sied à l’univers singulier et hypnotique de Robert Wilson, comme à cette troupe d’acteurs virtuoses.
Dans un espace parfaitement dessiné de néons colorés, de lignes symboliques, de mouvements stylisés, de clairs-obscurs et contre-jours sublimés, surgissent des visages blancs aux expressions rehaussées, grimées, des silhouettes désincarnées et des décors surréalistes. Le tout imprimant des images d’une sophistication sidérante pour s’animer du jeu démoniaque, fantasque, tragique des protagonistes et du rock tout aussi anguleux qu’éclectique du compositeur.
La Lulu ingénue et trouble campée par Angela Winkler est bouleversante d’intensité. Avec une présence irradiante, la comédienne imprime à son personnage une douceur déchirante et une perversité enivrante.
Une épopée visuelle incomparable entre démons et merveilles là où la puissance de l’imaginaire se fait céleste…
-Amaury Jacquet-
Categorie: Spectacles/Théâtre











