Ma chambre froide de et mise en scène par Joël Pommerat, à Paris

[ 1 ] 09/06/2012 |

Du 7 au 24 juin 2012 aux Ateliers Berthier

« Ma chambre froide », Grand Prix de la critique 2011, est de retour à Paris pour une reprise exceptionnelle.

Avec cette pièce Joel Pommerat poursuit son questionnement de l’âme humaine au travers un dispositif circulaire qui, comme son récit au multiple rebondissements, se prête à un regard à la lisière du réel et de l’imaginaire, du visible et de l’invisible, pour nous plonger au coeur d’une fable sociale, cruelle, tendre, drôle et fascinante.

Cette scénographie panoptique fait surgir du noir le plus profond, sous une lumière sculpturale assortie d’une sonorisation suggestive ou pop, les personnages et les situations. Elle les charge d’une dimension crépusculaire, mystérieuse, sensorielle, et concrète qui imprime une intensité et un naturalisme au climat instauré.

A partir de cette configuration où les spectateurs sont installés comme au cirque tout autour sur des gradins avec une vue sur tous les angles, la pièce débute dans l’obscurité où une voix off raconte la vie d’une femme prénommée Estelle, disparue depuis dix ans, et ayant laissé un cahier journal qui va s’illustrer furieusement sous nos yeux.

L’héroïne, employée modèle dans un magasin, était d’un dévouement total et d’une bonté infinie. Toujours prête à rendre service à ses collègues qui en profitaient sans vergogne, elle ne se plaignait jamais et ne portait aucun jugement sur son patron, M Bloch, un odieux et grossier individu, dont elle voulait croire qu’elle pouvait changer ses idées. Car cette femme étrange et spirituelle aimait les étoiles, le théâtre et les déguisements et aider par dessus tout ses semblables « avec cette faculté de se mettre à la place des autres » et une « manie de vouloir les faire changer ».

La narratrice qui avait travaillé avec Estelle nous entraine dans son vécu et celui des autres employés avec son lot de de rivalités, de mesquineries, d’humiliations et d’harcèlements en tout genre. Jusqu’au jour où M Bloch apprend qu’il est atteind d’un mal incurable et décide de léguer tous ses biens à ses employés à la condition qu’ils rendent hommage à sa vie. Estelle propose alors qu’une pièce en son honneur soit montée et pour laquelle chaque membre du personnel devra incarner un rôle.

© Alain Fonteray

C’est alors que le spectacle prend une nouvelle tournure et se radicalise encore où chacun des personnages, dans sa nouvelle position d’auto gestion collective, doit se confronter à de nouvelles réalités : économiques, morales en contradiction avec leurs idéaux initiaux de simples employés qui leur apparaissait naguère inhumain et leur semblent à présent inéluctables, mais aussi artistiques en s’improvisant comédiens, le tout donnant lieu à des scènes ravageuses, fantasmagoriques et hilarantes.

Elles font exploser la part d’ombre et l’ambivalence des protagonistes jusqu’à leur paroxysme où à l’instar d’Estelle, le bien peut se dédoubler en mal, sur fond d’économie libérale, avide, cynique et destructrice.

La quête d’inspiration théâtrale d’Estelle issue de ses rêves et de ses cauchemars donne lieu à une imagerie fantasque proprement délirante. D’une drôlerie jubilatoire, les répétitions dévoilent une auto critique de l’univers théâtral où les comédiens laborieux sont menacés de mort et astreints à répéter tous en coeur « J’aime le théâtre. Le théâtre est plus important que la vie ».

Sur le plateau, les séquences s’enchaînent sans répit comme dans un film entre un clair obscur sidérant et une sophistication éblouissante.

Elles démontrent une maîtrise scénique et artistique très aboutie qui entremêle une histoire intime et collective en sondant la nature humaine et la dérive d’une système économique. Cette appropriation de l’aire de jeu par Pommerat dans une vérité propre, multiforme et fantastique constitue, dans le ressenti qu’elle fait naître et l’évocation qu’elle suscite, une expérience unique pour le spectateur.

@Elisabeth Carecchio

Pierre angulaire de cette mise en abîme, les comédiens (Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Serge Larivière, Frédéric Laurent, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, Dominique Tack) qui sont, là, tous unis dans un jeu singulier, juste et précis.

La force créative de ce spectacle témoigne d’une ambition et d’une exigence porteuses de tous les possibles…

-Amaury Jacquet-


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Categorie: Spectacles/Théâtre

Commentaires (1)

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  1. avatar E. dit :

    Qui n’a pas envie d’y aller en te lisant ? Je me le demande ! Une pièce rudement sophistiquée, qui donne vraiment envie. Merci au Rédac Chef !

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