Mauvaise Fille de Justine Lévy aux éditions Stock
La mauvaise fille, c’est elle la narratrice avec sa culpabilité remuante qui renvoie en miroir à la mauvaise mère et à ses insuffisances maternelles.
Tandis que Louise (l’auteur) est enceinte de son premier enfant, Alice, sa génitrice se meurt d’un cancer.
Alice, mannequin solaire dans les années 1970 a vécu sa vie comme une éternelle adolescente et en marge de toute norme sociale. Il s’en est suivi une relation complexe entre l’enfant timide, rebelle et la mère fantasque, rêveuse et inadaptée socialement. Une femme aimante mais imparfaite qui laissait sa fille des week-ends entiers avec des amies « camés à mort ».
Une mère qui ne gardait aucun argent pour elle et le donnait aux marginaux dont elle ne supportait pas la misère ni la détresse ou qui était encore capable de se marier avec un étranger pour régulariser sa situation.
Comment aborder sa maternité et son obligation de responsabilité quand sa mère, qui s’apprête à partir, n’a pas été une référence conventionnelle ?
« [...] Comment je vais faire ? comment je vais lui donner ce que je n’ai pas eu ? est-ce que je sais, même, comment ça aime une mère, comme ça élève, comment ça gronde, comment ça punit, comment ça fait faire des devoirs, comment ça console d’un bobo ? J’ai les livres. Juste les livres. »
C’est à cette question, avec celles du deuil et de l’agonie qui l’anticipe implacablement – puisque la mort est programmée – que le livre s’attache. Sa grossesse se révèle difficile et angoissante. Elle s’avoue une mauvaise fille face à son impossibilité de lui annoncer son état et à cette nouvelle vie qu’elle porte en elle et qui va en chasser une autre. Coupable également de ne pas avoir pu ou su la sauver.
Il y a aussi le rôle du père de l’héroïne qui est esquissé et dont on reconnaît les traits de Bernard-Henry-Levy.
Si elle dresse de lui un portrait d’homme attentif et compréhensif où il apparaît à la fois présent et lointain, elle égratigne sans ménagement ses relations. Et décrit le « toubib » qui soigne sa mère, un mandarin au bureau constellé de photos à son effigie en compagnie de Chirac ou de Mitterrand. Un monstre de vanité qui a écrit un premier livre et dont la volonté imperturbable aux fins d’obtenir la reconnaissance de l’intellectuel médiatique, l’autorise à prendre seulement au téléphone son père et non sa mère. Épinglé aussi, le prêtre gauchiste enterrant Alice dans l’espoir de voir surgir des journalistes à cette cérémonie funèbre. Alors qu’en dehors de la famille proche, il ne verra qu’un attroupement d’exclus constituant les derniers amis de la défunte.
La force intranquille de ce livre, réside dans sa liberté de ton dénué de toute complaisance et touchant à des tabous comme la mort, la fin de vie, la maternité vécue non pas comme un épanouissement mais une épreuve, tant moralement que physiquement. Dans un style direct et percutant, Justine Lévy restitue très immédiatement chacune de ses incertitudes et de ses actes, face à la maternité et à l’amour filial que l’ombre de la mort vient tragiquement bousculer. Il en assure pour le lecteur une appropriation concrète et très intense. Emporté par son écriture d’écorchée vive et sa manière très personnelle de s’offrir en pâture, on est saisi par cette évocation troublante et désarmante, toujours sur le fil de la tragi-comédie, et qui relie à la vie et à la mort, à l’instant et à celui d’après…
« Maman, sur son lit d’hôpital, dans cette chambre pleine de larmes qu’elle na plus la force de me cacher, c’était son dernier réflexe de maman normale, mais c’est fini, ce n’est déjà plus maman, ce n’est plus vraiment des larmes, c’est l’hôte du cancer, ce corps déjà tombeau dont se nourrit la bête, ce grande hôtel où s’invitent les cellules folles et narcissiques qui se reproduisent à une vitesse dingue et annexent les chambres voisines, et colonisent les bâtiments lointains. Envie de vomir. Mais est-ce à cause de mon état ou du sien ? Ça y est, elle se réveille. Dans ses yeux brillants, pleins de fièvre et d’amour, dans ses yeux bleus, si délavés, passés, dilués qu’ils en sont presque blancs, mais ce sont toujours ses yeux, elle n’en a jamais changé, son autre secret, sa signature, dans ses yeux donc, il y a l’attente, l’ennui, le goutte-à-goutte de la mort, un peu d’effroi mais pas trop, peut être qu’arrive le moment où on est trop épuisé pour comprendre et qu’on à moins peur de sa mort que la mort des autres, qui sait ? Elle ne dit rien. Elle me sourit, mais elle ne dit rien. Et je le prends, ce sourire, comme si c’était la vérité ».





Ce « roman » m’a l’air bien dur, même si tu parles un instant de tragicomédie! De même je ne sais pas pourquoi elle a modifie les noms des personnages pour cette œuvre ostendiblement auto-biographique.
Si son évocation est poignante, elle n’en demeure pas moins légère sans pathos pour évacuer avec malice le poids du tragique. Et concernant son caractère auto-biographique évident, le filtre du roman lui a justement permis d’ouvrir les vannes sans pudeur, ce que le « récit » étiqueté comme tel ne lui aurait pas permis, pas avec cette vérité là au moment de l’écriture comme elle a fait valoir.
J’ai bien aimé ce roman qui se lit à vitesse grand V …
La narratrice est mignonne et émouvante avec ses doutes, sa culpabilités, ses réflexions inutiles qui nous font rire et dans lesquelles ont peut plus ou moins se retrouver …
J’en ai moi-même fait l’éloge dans une critique : http://lauraoza.blogspot.com/2011/03/mauvaise-fille-justine-levy.html
Le livre vaut le coup, un peu d’humour sur un thème alarmant, c’est plutôt original et bien trouvé!