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Mes illusions donnent sur la cour de Sacha Sperling aux éditions Fayard

[ 5 ] 18/12/2009 |
Mes illusions
« Mes illusions donnent sur la cour » est le premier roman de Sacha Sperling, âgé de dix-huit ans, « fils de » Diane Kurys et Alexandre Arcady et dont le titre évocateur est emprunté à une chanson « l’alcool » de Gainsbourg.
Considérant que ni son âge, ni son ascendance dorée ne doivent constituer un préjugé, nous nous sommes lancés dans la lecture de ce livre.

Et force est de reconnaître que ce premier roman témoigne d’un ton à l’écriture sobre et maîtrisée qui caractérise un écrivain.

On peut y voir une autobiographie à peine voilée où le narrateur porte un regard lucide et désabusé sur sa vie dont il se sent en dehors.

Ses états d’âmes qu’il nous narre font échos à son ennui ainsi qu’à la démission familiale et à un désir sous-jacent de vivre des expériences extrêmes.

Dans un style littéraire à la poésie noire et percutante avec des phrases courtes, il installe un rythme et une langueur émotionnelle qui donnent corps très justement à ses doutes et à sa quête existentielle.

C’est de sa rencontre avec Augustin, un jeune garçon de son âge à l’âme pasolinienne, que ses transgressions initiatiques vont s’exercer et se confronter à l’expérience du vécu.

Il en résultera un abandon total avec ses espoirs et ses désillusions où la solitude assortie d’une prise de conscience n’en seront que plus exacerbées.

De cet exercice périlleux tant de fois raconté, Sacha Sperling s’en tire plutôt bien soutenu par une écriture impulsive et personnelle où sa vision d’une implacable acuité sur lui même et son milieu est sans concession.

« Quand Augustin regardait les étoiles,j’avais l’impression qu’il pouvait voir au-delà. Ça m’a plu. Dans ma bande à l’école de lorraine nous sommes tous des gosses de riches. Et nos parents ont tous plus ou moins fait mai soixante-huit. Il n’y a pas de confrontation possible. Pas de conquête à entreprendre. On nous laisse aller et venir, l’argent ne manque jamais, les filles jouent dès quinze ans la comédie de la femme libérée, l’abus d’alcool ne choque personne, la consommation de drogue à peine plus. Mais le sentiment d’enfermement demeure identique. Parce que nous savons ce que nous allons devenir : de bons bourgeois. Peut-être même certains d’entre nous en ont-ils secrètement hâte. Quant à moi j’observe. Je note. Un jour j’écrirai. Pourtant, en attendant, il faut être jeunes. C’est comme ça. Et cette liberté de la jeunesse que, faute de véritable adversaire, nous ne pouvons obtenir par la lutte, il nous faut l’inventer »

« Sur un transat, il mange un esquimau.
Le chocolat fond autour de sa bouche, il s’en met partout. On dirait du sang séché. Le ciel est de la même couleur que le soleil. Ce matin, on a braqué le millibar. Augustin voulait qu’on célèbre son départ. L’air a une vague odeur de jasmin. Je suis sûr que c’est le produit d’entretien. Il se lève pour aller commander quelque chose au restaurant, de l’autre côté de la piscine. Je l’observe. De longs palmiers bougent lentement derrière lui.
Graphique. Il plonge dans l’eau. Il disparaît quelques secondes, puis il réapparaît. Il revient, il se rallonge sur son transat. Je regarde les parasols kitch, jaunes et rouges, et je pense que ce serait vraiment beau de les voir tous s’envoler en même temps »

Cet ouvrage sombre et intense nous a touché car sa plume porte une sensibilité, une maturité, et une inspiration qui ne sont nullement feintes et dont le questionnement, face à une inaptitude à vivre, renvoie à une génération qui cherche sa place et à cette phrase essentielle et universelle « il faut se rapprocher de la vie »…
Un auteur à suivre…

Bien

- Amaury Jacquet -


Commentaires (5)

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  1. avatar C. dit :

    Sais pas si Sacha t’a lu ou non, mais ton billet est un bel hommage. Sans en dévoiler le contenu ni trahir les secrets, ça titille la curiosité. Ca reste gentil ou ça trash un peu dans le subversif et le dérisoire?

  2. avatar Amaury dit :

    oui ça trash et ça plane…dans le subversif et le dérisoire car l’urgence de vivre est sans limites mais le style reste toujours enlevé.

  3. avatar E. dit :

    J’aime bien quand c’est un peu trash et noir comme t’as l’air de le décrire. Pourquoi pas, je suis curieux de voir ce que la jeunesse d’aujourd’hui a dans le ventre.

  4. avatar Amaury dit :

    Cette expérience là, qui nous est narrée, ne démentirait pas ce vers de René Char « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil »…

  5. avatar E. dit :

    roooooo

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