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Milk Coffee & Sugar au Nouveau Casino le 12 mai 2010

[ 0 ] 13/05/2010 |

« Les maisons de disques ne veulent pas de nous, on n’a pas des gueules de gondole » scandent en ouverture du concert les deux membres de Milk Coffee & Sugar. C’est donc sous un label indépendant autoproduit, 6D Production, que le duo de choc porté par Gaël Faye & Edgar Sekloka (MC’s) a sorti le 10 mai 2010 son album éponyme.

Quinze titres qu’ils sont venus interpréter pour un soir en live au Nouveau Casino. Et les duettistes ne sont jamais aussi bons que sur scène pour faire rimer leur conscience politique aux confins du rap, du slam, du Hip-Hop, avec des accents jazzy et une énergie poétique communicative où « En équilibre entre l’Afrique et l’exil », ils nous entraînent sur leur chemin de traverse et leur quête existentielle.

L’ensemble explore une réalité quotidienne et un cosmopolitisme aigus qui servent d’écrin à des textes ciselés et engagés.

Les 2 MC’s sont accompagnés des musiciens : Guillaume Poncelet (clavier/rhodes, trompette), membre de l’Orchestre National de Jazz qui a collaboré avec, entre autres, Mc solaar ou le groupe de rap nantais Hocus Pocus, et Arnaud Renaville, du groupe Electro Deluxe, à la programmation et à la batterie. En formation complète, basse, batterie, guitare, sax, trompette et piano, le flow incisif aux textes percutants et aux sonorités inventives s’avère des plus swinguants.

On y retrouve cinq titres qui figuraient sur leur premier EP, sorti le 11 novembre dernier, parmi lesquels « Rise Up », enregistré en compagnie du groupe de rap sud-africain Tumi & The Volume. Un collectif de rappeurs sud africains reconnu pour ses textes engagés d’où leur collaboration évidente et un hymne à l’espoir sur un beat explosif et lucide de Jr EakEe : « Changer les choses, à son niveau, c’est faire une croix sur l’océan, se concentrer sur ses gouttes d’eau ».

Dix nouvelles compositions qui clament une espérance et quelques autres invités, notamment le rappeur américain Beat Assailant originaire d’Atlanta avec son style hip-hop/soul/jazz similaire à celui des MC’s, et une envie commune de briser les frontières et de réunir leur même univers, viennent s’y associer.

« Hope Anthem » est une ode sublime dédiée au Rwanda meurtri : « Je veux être en paix avec moi-même, et cela à tout pris/Je slame des maux, mais je n’ai pas que des maux/J’ai des souvenirs couleurs d’Afrique de quand j’étais mome…/Les mots comme des metaux, c’est mon fond, ma forme/Flow métaphores, que je manie comme le feu, la forge/Ils ont partagé l’Afrique à l’équerre, à l’écart/Dans mon quart ou dans mon tiers de monde devenu ma terre/J’ai trop pleuré quand mon peuple a perdu la raison/Ce sont mes larmes qui ont rempli tous les Grands lacs de la région… »

Face à la pensée unique, à la logique marchande, au néo-colonialisme, au formatage mental, aux appels à rentrer dans les rangs et aux renoncements en tous genres, ils rappent et slamment de toute leur foi leur résistance et leurs rêves que l’économie sacrifie sur l’autel de l’utilitarisme et du cynisme.

Et leur voix rythmique se posent avec intensité sur des instrumentaux exigeants et une humeur militante.

Parce que leur musique est un engagement poétique, elle se vit « Comme au premier jour comme au premier cri »...

-Amaury Jacquet-


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