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Mille mains dans un monde

[ 1 ] 11/12/2010 |

Dans le cadre de la semaine de l’accessibilité, au musée du Quai Branly, l’association Mille mains dans un monde a présenté un tableau de la condition des jeunes sourds au Brésil.

Pauline Stroesser « France » ; Marlène Varnerin « Argentine » et Jessica Boroy « Brésil ».

Mille mains dans un monde est une association qui produit des reportages sur les jeunes personnes sourdes aux quatre coins de la planète. Pauline, Marlène et Jessica, les trois jeunes filles à l’origine de ce projet, ont raconté, au cours d’une conférence dans la bibliothèque du musée des arts premiers, leur voyage au Brésil et en Argentine. Toutes les trois sourdes, elles ont effectué un périple de 3 mois en Amérique du Sud, dans le but de découvrir la condition des malentendants dans le pays, sensibiliser les populations et faire naitre un regard différent sur la surdité.  Pauline Stroesser, responsable du reportage vidéographique et des contacts auprès de la presse, et Marlène Varnerin, responsable de l’édition, ont répondu à nos questions.

Vous avez créé l’association 1000 mains dans un monde, toutes les 3 ? Quelles étaient vos motivations ? Comment avez-vous rencontré Marlène et Jessica ?

Pauline : C’est un projet qui s’est monté il y a deux ans initialement par Marlène et Jessica.  Au retour d’un voyage en Bolivie, j’ai fait une petite conférence ; c’est là que je les ai rencontrées et appris leur projet. J’ai décidé de rejoindre l’aventure et ensemble nous avons concrétisé le projet de voyage : nous avons alors recherché des financements et des contacts dans ces pays. Puis nous sommes parties comme 3 globe-trotteuses, en Amérique du Sud ! Ensuite, nous sommes devenues une association pour un but plus large, celui de promouvoir un échange culturel entre jeunes sourds, une ouverture vers l’étranger, créer un lien solide au sein de la communauté sourde en France et à l’international.

L’Amérique du Sud est votre premier projet voyage ?   Combien de temps a-t-il duré ? Qu’avez-vous fait là-bas ?

Pauline : J’avais été en Bolivie un an avant, et mon rêve était de réaliser un reportage sur la condition des sourds dans toute l’Amérique latine. C’est chose faite pour l’Argentine et le  Brésil ! Nous sommes restés 2 mois au Brésil, 2 semaines en Argentine, nous avons noué beaucoup de contacts là bas, des personnes qui nous ont aidé dans nos projets, ce qui nous a permis de voyager dans de bonnes conditions.

Marlène : et de nous éclater ! Car il y avait beaucoup de carnavals, différents dans toutes les villes, nous en avons profité un peu. Autrement, nous avons rencontré énormément de monde, des personnes sourdes qui nous ont guidé et fait découvrir les villes du Nord comme du Sud : Rio, Recife ou encore Fortaleza. Nous avons aussi été dans des écoles, dont certaines bilingues –des écoles avec enseignement en langue des signes pour les enfants sourds- où nous avons donné des petits cours sur la France, sa culture, ses traditions. Dans certaines écoles pour sourd en France, nous avons reçu des questions d’enfants sourds, et nous avons filmé les réponses des jeunes sourds brésiliens et argentins dans les écoles. À Rio, cela s’est traduit par un échange vidéo avec l’INJS Saint-Jacques, l’école pour jeunes sourds à Paris, pour que le dialogue se crée entre les deux continents, à distance. Les enfants ont adoré, cela leur a permis de se rendre compte que partout dans le monde, des enfants sourds vivent et s’amusent.

La langue des signes n’est pas universelle, chaque pays a sa propre langue, comment avez-vous pu communiquer avec vos correspondants en Amérique du Sud ?

Pauline : D’abord, il faut savoir que c’était très différent au Brésil et en Argentine. Au Brésil, la langue des signes n’a pas été une barrière, nous avons commencé par communiquer grâce à la langue des signes internationale, puis de contacts en contacts, à force de voir les gens, nous avons appris la langue des signes brésilienne, proche de la LSF (langue des signes française). En Argentine, ce fut plus compliqué, car la langue des signes argentine est très différente, d’origine italienne.  La communication était plus difficile. Et l’histoire de l’Argentine est un poids pour la condition sourde, la démocratie est récente dans le pays, pendant longtemps la discrimination des sourds a été très pesante, beaucoup d’enfants sourds sont en échec scolaire là-bas.  .

Marlène : et puis beaucoup de signes sont semblables au Brésil ! Par exemple, « Oui » en langue des signes brésilienne -elle mime-, c’est  pareil qu’en LSF (Langue des Signes Française).

Votre meilleur souvenir durant ce périple en Amérique?

Pauline : Beaucoup de souvenirs, l’attachement aux gens qui nous ont guidé, comme Paulo, un militant sourd qui s’est beaucoup engagé à Sao Paulo, il s’est même présenté aux élections pour être député, j’espère qu’il a été élu, je n’ai pas eu le temps de m’y intéresser…

Marlène : Non il a perdu ! Mais c’est vrai qu’il était vraiment adorable, ce Paulo. Je suis sûre qu’il s’en sortira ! Moi j’ai été très émue par un petit garçon sourd qu’on a rencontré dans une école à Porto Alegre, il était très solitaire, renfermé. Une dame très attachée à lui l’a finalement adopté, elle communique avec lui en langue des signes, c’était vraiment un beau geste.

Avez-vous constaté de grandes différences entre la France et le Brésil, sur la question de l’accessibilité donnée aux personnes sourdes ?

Marlène : En France, les moyens sont déjà plus importants, et les techniques plus élaborées, ce qui permet une accessibilité plus favorable aux personnes handicapées en générale. Les techniques sont beaucoup moins avancées au Brésil, il n’y a pas l’ADSL par exemple, la communication à distance est beaucoup plus compliquée. Cela-dit le pays évolue à mesure que le temps passe.

Pauline : même si la France est en avance sur les techniques, le Brésil est bien plus ouvert aux personnes sourdes, les sourds  sont bien mieux acceptés qu’en France, la discrimination et le regard négatif que les français posent sur les personnes handicapées n’existe pas là bas. Mais bon, comme en France, il y a peu d’écoles bilingues, et l’éducation des enfants sourds est un réel problème…

Parlons un peu de vous trois, vous êtes étudiantes ?

Marlène : (Rire) moi, j’ai fait des études dans l’édition, je cherche actuellement un emploi !

Pauline : Je vais bientôt entrer à l’IPJ (Institut Pratique de Journalisme) en alternance, je rêve d’être journaliste, de faire des reportages à l’étranger. Quant à Jessica, elle est graphiste et surtout passionnée par la photographie. C’est elle qui s’occupe du design du site internet !

Pour finir, quels sont vos prochains projets au sein de l’association ?

Pauline : Nous prévoyons des expositions et d’autres conférences pour faire connaître notre programme de voyages. Jessica, qui fait aussi beaucoup de photographie, va exposer les photos que nous avons prises au Brésil, nous cherchons encore un lieu d’exposition…

Marlène : Pour l’instant, le voyage en Amérique du Sud n’est pas terminé pour nous, et nous voulons encore montrer aux gens ce que nous avons fait là bas avant de prévoir un autre grand voyage. L’association a aussi pour objectif d’aider les jeunes sourds français à construire et présenter leur propre projet de voyage et de reportage documentaire dans d’autres pays.

On attend avec impatience les prochains évènements de l’association !

Charlotte Henry


Pour plus d’informations sur l’association, les projets, évènements, vidéos et photos :

http://www.millemainsdansunmonde.com/index.html


Commentaires (1)

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  1. [...] Malheureusement, le public n’a pas été très nombreux. Il semblerait que la communication n’ait pas été suffisante avant l’évènement. Mais cela nous a permis d’échanger plus intimement avec les personnes et enfin de leur montrer une petite vidéo présentant quelques bribes de la vie culturelle et artistique des personners sourdes au Brésil. Et enfin, nous avons même été interviewé pour la webzine «Publikart», à lire sur ce lien : Interview de Mille Mains dans un webzine d’Art ! Cliquez ici [...]

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