Moi, Daniel Blake, le brulot social de Ken Loach retourne l’estomac

Moi, Daniel Blake
Moi, Daniel Blake, film de Ken Loach, Copyright 2016 PROKINO Filmverleih GmbH

Moi, Daniel Blake, le brulot social de Ken Loach retourne l’estomac

Ken Loach s’est vu décerner la Palme d’Or lors du dernier Festival de Cannes à la surprise générale pour Moi, Daniel Blake. Un visionnage a suffit à me convaincre de la pertinence de ce choix radical et humaniste. Si le film raconte le véritable quotidien de petites gens, il y a de quoi désespérer. Le résultat est glaçant, kafkaïen, d’une injustice totale. Impossible de rester hermétique face à tant d’émotion.

Un film triste comme la nuit 

Daniel Blake passe tout le film a se débattre contre un système gouvernemental de gestion du chômage inepte et inhumain. Les émotions sont mises de côté par un personnel comme décerébré au profit d’une logique capitaliste privilégiant l’efficacité au désir d’aider son prochain, quitte à sortir les individus du système pour les laisser à la marge, sans revenus ni perspectives.

A 59 ans, le héros se relève d’une crise cardiaque l’empêchant de travailler. Il ne demande que ça mais personne parmi le personnel du Pôle Emploi local ne semble apte à comprendre ce cas particulier. Pas d’effets stylistiques impressionnants, Ken Loach suit un quotidien tout ce qu’il y’a de plus banal. Sauf que les enjeux renvoient à la situation sociale toute entière. Face à un système injuste, le traitement des cas particuliers est logiquement tout aussi injuste. Le film toucherait presque au documentaire si des péripéties n’égrenaient le déroulement d’un film à l’aridité réaliste et concrète.

L’empathie comme espoir de survie

Le héros prend soin d’une mère célibataire avec ses deux enfants comme une bouée de sauvetage pour continuer à croire en l’humanité. L’entraide devient un mode de survie, un espoir de croire en l’être humain quand personne dans le personnel étatique n’est capable de s’élever au-delà des contingences administratives. Car ceux qui y parviennent sont sévèrement rabroués…

Je me mets à la place de George Miller en mai dernier. Le président du jury réclamait du pragmatisme, il a été servi avec ce film radical. Comme Sean Penn à l’époque d’Entre les Murs, ce film a mis tous les membres du jury d’accord. En pointant les déficiences gouvernementales, le film semble donner un mode d’emploi. L’homme doit être considéré à sa juste valeur. Il n’est ni une statistique ni du menu fretin dont on peut se débarrasser.

La projection presse s’est déroulée dans un silence pesant. A l’instar de ses films précédents comme La part des anges ou My name is Joe, Ken Loach creuse le sillon d’un cinéma social qui parle de l’humain. Et de son besoin de respect malgré les avanies. Le film est quasiment obligatoire tant son message semble d’une brulante actualité.

SYNOPSIS ET INFOS

Moi, Daniel Blake
Moi, Daniel Blake

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Sortie : le 26 octobre 2016
Durée : 1h39
Réalisateur : Ken Loach
Avec : Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan
Genre : Drame

BANDE ANNONCE

Note
Originalité
Mise en scène
Réalisation
Jeu des acteurs
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

1 commentaire

  1. Merci pour cette critique Monsieur Stanislas Claude. Jeune travailleuse sociale de 29 ans, j’ai travaillé durant 5 ans à Bruxelles face à un public de sans-abris puis face à de jeunes exilés. Les situations que j’ai rencontrées étaient de plus en inextricables et les réponses que je devais y apporter de plus en plus régentées par des mesures répressives et déshumanisantes, loin de mes valeurs et de l’illusion qui avait bercé mon choix d’études. Aujourd’hui j’ai tout plaqué, j’habite dans un autre pays, je continue à créer mes propres projets avec la même empathie et une bien meilleure énergie.

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