Un monde s’éteint dans Les Derniers Parisiens

Les Derniers Parisiens
Les Derniers Parisiens, film de Hamé Bourokba et Ekoué Labitey, Copyright Haut et Court

Un monde s’éteint dans Les Derniers Parisiens

Les membres du groupe de rap La Rumeur se lancent dans le cinéma. Hamé et Ékoué font le point sur un quartier en pleine transformation, ce Pigalle entre esprit populaire et gentrification galopante. Les Derniers Parisiens mettent aux prises des héros de l’ancienne école balayés par l’affairisme roublard de nouveaux acteurs qui n’ont que faire de l’héritage  culturel séculaire. Les sushis bars se substituent à l’esprit débrouille / bistrot / convivialité dans le sillage des bobos hipsters friqués. Casting de choix avec le toujours impeccable Reda Kateb, l’intense Slimane Dazi et l’incongrue Mélanie Laurent. La réalisation privilégie la spontanéité au travail d’orfèvre, la caméra au poing aux effets artificiels.

Dilletantisme ou spontanéité?

Les Derniers Parisiens ne font pas de chichis et la caméra recherche le grain de réalité, au risque d’un apparent amateurisme. Faux rythme et déambulations sur le macadam égrènent les pérégrinations de Nas (Reda Kateb) sorti de taule et sous liberté surveillée. Entre le bar de quartier Le Prestige tenu par son frère Arezki (Slimane Dazi), taiseux et méfiant, et ses velléités de faire son trou dans le monde de la nuit, Nas se cogne contre un impossible plafond de verre. Des personnages tout droit sortis du réel accompagnent l’intrigue principale dans des réflexions douces amères sur un quotidien rendu difficile par les changements qui transforment le quartier. Pas vraiment film de gangster ni chronique sociale, le film privilégie la langueur aux péripéties tonitruantes. Le héros surnage entre petites filouteries et grandes ambitions. Mais le petit saumon est bien tendre face aux requins du milieu. La volonté des deux réalisateurs de coller au plus près du  réel plaque volontairement le film au sol, au plus près des personnages, au détriment d’une ampleur plus cinématographique.

Entre film et documentaire

Les acteurs portent le film sur leurs épaules. Reda Kateb et Slimane Dazi ont des vraies tronches de cinéma et leurs regards pénétrants en disent plus que les innombrables discussions qui se multiplient tout au long du film. Face à eux, Mélanie Laurent ne semble pas vraiment à sa place avec ses cheveux peroxydées et son look très BCBG. Les seconds rôles trainent leur carcasse dans un quartier popu en passe de devenir une artère friquée de la capitale, repoussant ses habitants encore plus loin derrière le périph. C’est une tranche d’histoire qui se joue avec un bar populaire transformé en adresse commerciale. Les autochtones ne sont plus chez eux et il faudra se souvenir de ces derniers parisiens condamnés à devenir des reliques du passé.

Hamé et Ékoué donnent du souffle à un film aux petits moyens et à l’apparente bonne volonté. L’envie de bien faire surclasse l’ampleur limitée du film pour un tableau aigre doux d’un esprit de quartier bientôt remisé aux archives.

SYNOPSIS ET INFOS

Les Derniers Parisiens
Les Derniers Parisiens

Tout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin…

Sortie : le 22 février 2017
Durée : 1h45
Réalisateur : Hamé Bourokba, Ekoué Labitey
Avec : Reda KatebSlimane Dazi, Mélanie Laurent
Genre : Drame

BANDE ANNONCE

Note
Originalité
Mise en Scène
Réalisation
Jeu des acteurs
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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