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Mr.Nobody de Jaco Van Dormael

[ 6 ] 17/01/2010 |

On se souvient du réalisateur Belge et de son film « Le huitième jour » couronné à Cannes en 1996 par un double prix d’interprétation masculine d’où notre impatience de découvrir ce film ambitieux et déstabilisant qui interroge l’existence de tous ces possibles et son sens.

Nemo Nobody, contrairement à son nom n’est pas personne mais plein d’hommes à la fois, qui face à son impossibilité de choisir une voie plutôt qu’une autre va, non pas vivre sa vie, mais toutes ses vies réunies.
Un Vieillard, dernier mortel dans une société aseptisée et vouée à l’immortalité, se remémore sous forme de flash backs vertigineux l’itinéraire de toutes ses expériences vécues ou fantasmées et leur incidence avec une vision alternative de chacune.

En partant de ce point de vue, le cinéaste construit un scénario protéiforme à la trame narrative éclatée, déstructurée, pour aborder dans l’urgence et une captation débridée du temps, les étapes, les âges, les amours et les destinées promises du protagoniste. Dans chaque vie évoquée se profilent des drames, des moments euphoriques et des choix cruciaux remis en cause qui sont le fil rouge des destins croisés de Nemo .

Avec des plans larges irréels, des couleurs vives, des images esthétisantes, des décors bricolés, une bande son éclectique, il repousse les limites de l’ordinaire et propulse le spectateur dans un univers surréaliste qui participe à dessein au propos, où le passé ne succède pas au présent mais lui est pleinement contemporain et visionnaire. Le film en refusant à son personnage le déterminisme du choix et sa trajectoire irrémédiable brouille les pistes et nous questionne sur les raisons et les conséquences de nos actes.

Avec cette interrogation sur le rôle de l’inné, de l’éducation, de la pulsion, de la raison qui conditionnent nos choix et plus largement notre part de liberté.

Le cinéaste en délivre une réponse investie, complexe, faite d’exaltation des sens, de lyrisme, de questions essentielles sur les variations passionnées de l’amour.

Jared Leto est magnétique dans ces superpositions de rôles et Diane Kruger, lumineuse, en éternelle amoureuse.

Cette ode à l’imagination intense et singulière implique que la spectateur renonce à une vérité cartésienne, préconçue, et accepte ces histoires parallèles souvent contradictoires et aléatoires, diffuses tant esthétiquement qu’intellectuellement.

Jaco Van Dormael traduit ici par ce conte philosophique et organique sa passion pour un cinéma visuel, sensoriel, expérimental, dans ce qu’il offre d’audace et de liberté mais aussi de doutes, de questionnements, d’envies, et de folie.

Un film inclassable et d’anticipation qui nous renvoie à la notion même de libre arbitre, deux mots qui portent en eux toute leur contradiction, à l’instar du tourbillon brouillon de cette histoire.

Sortie en salles le 13 janvier 2010

Voir la Bande-Annonce ici

-Amaury Jacquet-


Commentaires (6)

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  1. avatar Annie Bessières dit :

    C’est bien le mot « brouillon » que je retiendrai dans la conclusion du commentaire d’Amaury (qui m’a permis d’y voir plus clair), pour caractériser le traitement du propos très ambitieux -trop? de ce film. Il faut le voir de toutes les façons.

  2. avatar Jul dit :

    J’ai adoré ce film tout simplement. Van Dormael mêle plusieurs genres filmiques (thriller, comédie, film d’ado, drame, SF, romance, j’en oublie sûrement). Il va aussi chercher de l’inspiration au-delà du cinéma lui-même (peinture, psychanalyse mais en sens inverse, etc.), un aspect qu’il prend au pied de la lettre lors de la scène sur la plage. Le tout sur fond surréaliste comme tu le dis.
    On peut cependant trouver le film un peu long, avec une scène pas forcément utile (lorsque le camion d’essence explose).

    Pour résumer, un film qui peut déstabiliser énormément ceux qui sont habitués à des films classiques avec un scénario construit, mais c’est un grand chef-d’oeuvre du cinéma.

  3. avatar Menzo dit :

    Ouahou, de grandes critiques! la presse avait l’air se s’acharner dessus dans l’autre sens, je suis destabilisé… Un de plus à voir alors, avec Gainsbourg…
    Jared Leto tient-il le coup dans ce film, kui qu’in ne voit plus que rarement au grand écran?

  4. avatar Amaury dit :

    Jared Leto est parfait en homme caméléon ni tout à fait le même ni tout à fait un autre :)

  5. avatar C. dit :

    Mouais sans grande surprise… dommage.
    A priori, on peut se le garder pour un dimanche soir et son plan pizza/tv !

  6. avatar E. dit :

    je sais pas trop quoi faire avec ce film. C., tu l’as vu en fait c’est ça?

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