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Nilda Fernandez à la Cigale le 12 avril 2010

[ 4 ] 13/04/2010 |

Né à Barcelone mais élevé à Lyon, Nilda Fernandez est un chanteur nomade qui a conservé l’âme d’un déraciné à la fois libre, mélancolique et passionnée. Après ses chansons élégiaques qui ont marqué les années 1990 « Madrid, Madrid ; Nos fiançailles » puis un disque « Mes hommages » consacré à des titres revisités de Ferré à Polnareff, l’auteur compositeur a suivi des chemins de traverse jusqu’en Argentine, en Russie, à Cuba, chanté Garcia Lorca, et assuré une tournée en roulotte.

C’est avec un nouvel album « Ti Amo » enregistré à Gênes distribué par Harmonia Mundi et un répertoire hispanique qu’il s’est arrêté à la Cigale.

Nilda arrive seul sur la scène avec sa guitare en bandoulière et dès les premiers accords où l’instrument virtuose fait corps à son emportement, le public subjugué est embarqué par son inspiration voyageuse et méditerranéenne. De sa voix de tête incomparable tantôt entraînante, plaintive, ou incandescente, les chansons s’égrènent et les univers musicaux se succèdent, à l’instar d’un conteur au verbe haut et imagé, où le flamenco, les essences andalouses, les vers de Federico Garcia Lorca s’invitent avec ferveur et communion. Le partage est intense avec une émotion à son comble car la musique exprime mille attaches et autant de séparations. Une mise à nu à l’état pur où l’appel du large a été source de recommencements, d’envols, de romantisme, de confessions, de mélancolie, de jubilation et où l’inspiration initiatique, dans sa métaphore extrême, dit ce que l’homme est devenu.

Viennent quelques titres du nouvel album qu’il entonne avec « Plages de l’Atlantique » où se joint le guitariste Serge Lopez qui a participé à l’aventure du nouvel opus et offre un duo magnétique porté par un jeu de guitare rythmé et coloré. La mélodie exaltante irradie la salle et les mots délivrent une renaissance.

J’enfermerai dans ma hutte
Les semelles usées de mes voyages
J’entraînerai dans ma chute
La pluie de tous mes gros nuages
Quel soulagement pour mes veines
Quelle tranquillité pour mon sang
La nouvelle race inhumaine
Ne me fait pas plus peur qu’un géant

Plage de l’atlantique
Ou falaises de la mer Baltique
Je reviendrai sûrement un jour
Je reviendrai
Place de la Concorde
Ou de la révolution d’Octobre
Je vous oublierai sûrement un jour
Je vous oublierai

Je coulerai dans mon épave
Tous les vieux plans du capitaine
Je consulterai l’astrolabe
Au lieu d’écouter les sirènes

J’enfermerai dans ma hutte
Les semelles usées de mes voyages
J’entraînerai dans ma chute
La pluie de tous les gros nuages
Quel soulagement pour ma tête
Quelle tranquillité pour mon front
Dans la poussière des planètes
On trouvera toujours ton prénom

Puis avec « Plus loin de ta rue » l’artiste insaisissable livre sa touche romanesque où les variations se fondent tout en pudeur et en retenue entre les cordes cristallines de la guitare.

Pour pouvoir me tenir plus loin de ta rue.
Je m’inventerai des circonstances
Pour ne pas te mentir , je ne te vois plus .
C’est une question de bienséance

Mon sentiment se perd au fond de la mer
Et je pense a ton existence
Mon sentiment se fond et je tourne en rond
Et je réclame ton indulgence

Avec « Je lui raconte » c’est une écriture sensuelle et visuelle « Elle prend mes yeux dans sa pupille/elle prend mes lèvres dans sa rivière » que la voix et les accords enlacent.

Parce que la scène est son royaume et que Nilda s’en empare avec toute sa sincérité, sa fougue et sa proximité, le ressenti est immense. Et les rappels nourris du public en liesse, debout, vont encore nous faire vivre un moment unique.

Après la reprise magique de « Nos fiançailles », Rolland Romanelli qui a accompagné Barbara entre en scène et s’installe au piano. La chanteuse avant chaque concert lui envoyait ce message fraternel « Je suis avec vous » et parce que ce soir la musique est au dessus de tout, Nilda va chanter Barbara et clore cette traversée par ce titre symbolique « Dis, quand reviendras tu ?  »

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti
Tu m’as dit: « Cette fois, c’est le dernier voyage »
Pour nos cœurs déchirés, c’est le dernier naufrage
« Au printemps, tu verras, je serai de retour
Le printemps, c’est joli pour se parler d’amour
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris
Et déambulerons dans les rues de Paris! »

Dis, quand reviendras-tu?
Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus!

J’ai beau t’aimer encore, j’ai beau t’aimer toujours
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs
Je reprendrai la route, le monde m’émerveille
J’irai me réchauffer à un autre soleil
Je ne suis pas de ceux qui meurent de chagrin
Je n’ai pas la vertu des chevaliers anciens.

Ce soir le poète, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, nous a rapproché du soleil et de sa brûlure d’amour…

-Amaury Jacquet-


Commentaires (4)

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  1. avatar Bénédicte dit :

    Oh, quelle chance tu as eue ! J’adore Nilda ! Je l’ai découvert grâce à Publik’Art où j’avais reçu son Cd en avant-première. Dès la 1ère écoute, j’avais été emballée. Tout est beau dans ses chansons : sa musique, ses paroles et bien sûr sa voix. Je connais ses chansons par coeur et je ne m’en lasse pas.
    Un beau rêve Nilda !
    A quand son passage à Lyon ?

  2. avatar Amaury dit :

    Oui Béné ça s’écoute en boucle et quel concert…il n’est pas encore annoncé ni communiqué sur une tournée. Je profite de cet aparté pour te conseiller un livre que j’ai lu il y a quelques mois et qui m’a subjugé tant par le souffle de l’écriture que l’histoire proprement dite, et il vient de sortir en poche : » Des Vents Contraires » de Olivier Adam et il faut absolument que tu le lises et que tu m’en parles…

  3. avatar Bénédicte dit :

    Merci Amaury de tes conseils que j’essaie de suivre, mais le rythme s’accélère ! Je ne sais comment tu fais pour tout gérer comme ça : théâtre, cinéma, littérature… Tu y passes tes nuits ?
    J’ai beaucoup aimé « Impuretés » de Djian, étonnant autant pas le style, l’histoire, et les descriptions voire les analyses psychanalytiques des héros, avec une très bonne approche de l’ambivalence sexuelle de l’adolescence.
    Merci Amaury !

  4. avatar Amaury dit :

    Et je nage le crawl aussi Youhou comme dirais Gaëlouuuuuuuuuuuuuuuuu…il est là le secret !!!

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