La nuit juste avant les forêts au Théâtre de Poche Montparnasse, un grand moment de trouble théâtral

La nuit juste avant les forêts
La nuit juste avant les forêts, de Bernard Marie Koltès, Mise en scène jean-Pierre Garnier

La nuit juste avant les forêts au Théâtre de Poche, un grand moment de trouble théâtral

La nuit juste avant les forêts offre un seul en scène plein de rage et de passion. Un héros troublé et solitaire crache son venin dans un soliloque énergique qui interpelle par son outrance assumée. Le jeune acteur Eugène Marcuse transporte l’audience avec sa totale implication, tant psychologique que physique. Sans savoir qui est ce personnage et ce qu’il cherche, le public se laisse transporter dans sa fièvre intérieure.

Un quidam dont on ne saura jamais rien interpelle un passant dans la rue, une heure durant. Il cherche une chambre pour la nuit et se perd dans ses tourments intérieurs…

Un texte éprouvant

L’auteur Bernard-Marie Koltès n’épargne pas le public en imaginant son texte comme une déclaration de guerre à une société qu’il condamne par bien des aspects. Travail à l’usine abrutissant, tapin, loubards, anonymes, il brasse large et n’épargne personne, ni les habitants du jour ni surtout ceux de la nuit. Le jeune héros se débat sur scène dans un décor dépouillé qu’il manipule avec frénésie. Des carreaux de verre, des ampoules pendant au plafond, une couverture de survie, autant de fragments d’une vie faite de petits riens. Sa force intérieure ne sert qu’à déclamer de longs monologues mélangeant vie quotidienne inconsistante, grandes espérances et paysages fantasmés de nature éternelle. Il se perd dans son discours, entrainant l’assistance dans son sa logorrhée sans fin. L’heure n’est pas à la logique mais à l’intime, au somatique et à l’impuissance.

Un personnage comme un miroir de nous-mêmes

Dès l’arrivée dans la salle, les spectateurs se confrontent à l’acteur juché sur scène se débattant au ralenti avec une fripe informe. Sa difficulté à enfiler un manteau en dit long sur ses difficultés à évoluer dans la vie sans se contorsionner avec ses semblables. L’entrée en scène sonne comme un avertissement, le personnage est là et le sera toujours. Sauf qu’à ce moment il va vous parler et vous devrez l’écouter. La pièce commence tandis qu’il s’adresse à un inconnu dans la rue. Plus que de lui parler, il se confesse et déverse sa bile sans discontinuer. Est-il hautement alcoolisé ou sous le joug d’une drogue euphorisante, nul ne le saura jamais. Sur le sol sont étalés des morceaux de verre, ou des miroirs. Eparpillés, en petit morceaux. Comme un esprit taillé en pièces.

Un formidable numéro d’acteur

Si la pièce s’ancre dans un temps ancien où les usines existaient encore dans nos contrées avec toutes les frustrations afférentes, elle ne restreint pourtant pas son propos à un espace temps délimité. La frustration du personnage n’a pas d’âge et son regard perpétuellement juché entre inquiétude et profondeur appelle à l’écoute. Son physique tout entier enjoint de l’écouter à défaut de pouvoir l’aider. Sa complainte ressemble à une charge contre la solitude d’une grande société industrialisée avilissante et dépersonnalisante. Les noms d’oiseaux pleuvent et servent à confirmer son existence. Sa tentative de communication avec les hommes ressemble à un appel au secours pour ne pas se noyer dans son puits intérieur. Il a beau le remplir avec des mots, son esprit fuit. il y a un trou quelque part.

Une pièce éprouvante sur la tragédie de l’être solitaire. Et de la mort certainement. Même si elle n’est exprimée, elle semble présente, tapie dans l’ombre. Le discours tant que l’interprétation enjoignent d’y réfléchir et de ne pas rester indifférent. Une pièce qui ne quittera pas votre esprit pendant quelques jours…

Dates :  du 8 novembre au 7 janvier 2017
Lieu : Théâtre de Poche Montparnasse (Paris)
Metteur en scène : Jean-Pierre Garnier
Avec : Eugène Marcuse

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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