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« Oh les beaux jours » de Samuel Beckett mise en scène de Robert Wilson

[ 0 ] 27/09/2010 |

La pièce mythique de Beckett avec sa thématique de vide existentiel rencontre le symbolisme visuel du grand metteur en scène américain Robert Wilson. Il donne à voir et à entendre une partition stylisée entre ombre et lumière : hypnotique.

On connaît le dispositif imposé par le dramaturge : une terre en éruption enflée d’un mamelon, et, enterrée jusqu’au-dessus de la taille au centre de celui-ci, Winnie, « la cinquantaine, de beaux restes ». Exposée sans relâche à un brûlant soleil, tour à tour fataliste et bavarde, elle s’enfonce, accrochée à son sac à main et à son ombrelle, peu à peu aspirée par la terre et la métaphore de l’enfermement psychologique.

Le spectacle s’ouvre sur un immense voile blanc emporté par une brise, accompagné d’un bruit assourdissant apocalyptique, laissant apparaître brusquement la scénographie ultra sophistiquée et tranchante, avec des lignes dures sur fond d’écran blanc et bleu, évocatrice d’un no man’s land.

Le monticule qui enserre Winnie jusqu’à la taille est représentée par une bande d’asphalte explosée à l’instar d’une route qui se serait ouverte en cratère sous un tremblement de terre. Ilot de désolation sur lequel est immergée une rescapée coiffée d’un chapeau à plume.

Pour cette femme, prisonnière du temps et de l’espace vital, l’essentiel est d’être encore digne, déterminée à passer encore une heureuse journée malgré son insignifiance

Les mots sont vides, dit Winnie, et le sens jaillit pourtant de ses phrases. On y devine sa vie passée, ses sentiments, les objets que le hasard présente à ses yeux et à son oreille. S’il y a de l’absurde dans cette mécanique, il tient à la condition humaine et à son dépérissement plutôt qu’au langage

Et pour remplir la journée où elle lute stoïquement contre la solitude et la mort, elle instaure un rituel de gestes quotidiens et anodins, catalyseur d’un nouveau jour à vivre qui la rassure et la stabilise en dépit de son immobilité. La sonnerie du réveil agresse les oreilles, la brosse à dents comme le revolver sont disproportionnés et surgissent tels des spectres de l’existence.

Cette dérision est théâtralisée par le metteur en scène qui en souligne son emprise ludique, angoissante, démesurée et obsédante.

L’élocution est amplifiée par un micro assortie de bruitage mais aussi de lumières changeantes projetées en fond de scène, d’un maquillage clownesque, d’une tenue apprêtée, qui déstructurent le propos et en illustre l’amplitude visuelle.

En commentant ses faits et gestes dans une ordonnancement incessant, elle interpelle son mari, Willie (Giovanni Battista Storti), mort vivant vociférant du fond de son trou et qui la raccroche encore à la vie, sa comédie illusoire.  Symbolisé par l’apparition soudaine et passagère d’un paysage kitchissime et idyllique en fond de plateau.

La comédienne qui prête ses traits à Winnie est la légende italienne, Adriana Asti, qui a beaucoup joué Strehler et Ranconi. Au plus près de la résonance singulière de Beckett, elle joue d’une gestuelle affutée et de sa physionomie expressive, en perpétuel mouvement. Avec ses grands yeux toujours à l’écoute, tantôt observateurs, tantôt interrogateurs, elle mime ce quasi monologue où Winnie, en se réjouissant très velléitairement de son parcours de vie au champ rétréci, en sous tend au bord des mots la tragédie.

De ce parti pris formel et scénique, le discours se charge de sa portée  imaginaire et imprime, à l’instar de l’arc en ciel après l’orage, ses couleurs paradoxales…

-Amaury Jacquet-

Athénée – Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 9 octobre 2010

loc : 01 53 05 19 19


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