Persécution de Patrice Chéreau
Un homme et une femme qui n’arrivent pas à s’aimer et un inconnu, venant de nulle part, qui poursuit le héros. Voilà les protagonistes de cette histoire qui s’entrechoquent et dont la caméra impressionniste explore magistralement la fébrilité et la dureté. Avec des plans saccadés et des mises entre parenthèse de la narration, chacune des scènes du film constitue en soi un acte avec son enjeu, son dénouement et sa conclusion. Le tout est imbriqué d’une main de maître et insuffle, tout en marquant une progression, une résonance suspendue entre chaque scène.
Patrice Chéreau impose naturellement ce ton narratif qui lui est si particulier et au terme duquel la temporalité se concentre sur les personnages et la situation filmés, indépendamment d’une chronologie bien définie. Il capte alors toute leur complexité dans une immédiateté très visuelle à l’instar d’une toile cubiste qui donne à voir différents angles. Le film est parcouru de véritables instants de grâce porté par une photographie magnétique.
Il y a cette séquence très troublante et magnifique de l’accident de moto qui marque un moment de rupture dans l’obstination du héros où son visage s’éclaire. Puis son évolution tragique ou quelque chose d’indicible nous assaille.
Les acteurs sont formidables sous une direction d’acteurs très maîtrisée. Romain Duris est cet homme ténébreux, irascible, brutal qui croit obstinément aux vertus de l’honnêteté et dont la quête absolue d’aimer l’emprisonne en lui même. On assiste à ses changements de visage et d’expression.
Jean-Hugues Anglade est touchant dans son interprétation d’un individu trouble et désespérément seul. Charlotte Gainsbourg est d’une justesse inouïe en jeune femme fragile et toute en retenue. La sobriété de son jeu est en osmose parfaite avec sa peur sous-jacente de s’engager et son impossibilité à se déprendre. Chacun incarne superbement les peurs et les espoirs qui les habitent en nous laissant percevoir le basculement constant de leur destin.
Un grand moment de cinéma.
Sorti en salle mercredi 9 décembre.






Record du monde des sorties de salles avant la fin du film. Dommage qu’on ne compte que les entrées ;-)
Patrice Chéreau n’est pas un cinéaste consensuel ni politiquement correct. Il est encenssé ou rejeté mais c’est là la fonction même du cinéaste que de livrer son regard personnel et libre sur les choses de la vie, avec un seul mot d’ordre le talent dont ce film est tellement porteur.
En lisant tout ceci, je suis plutôt intrigué par le film, que je n’ai pas vu. Je me demande juste comment tu sais ça Toon, étant donné qu’il n’y a pas de stats sur le sujet? Tu as assisté au phénomène?
L’amour encore, l’amour toujours, l’amour fou qui s’impose,l’amour impossible aux accents durassiens, l’amour que l’on nie pour y échapper,l’amour qui terrorise et que l’on tente de fuir… et l’amour simplement de son semblable aussi différent soit-il. Dommage ces quelques plans de paires de fesses, racoleurs peut-on estimer, dans ce film qui l’est si peu.
Annie
A la séance à laquelle j’ai assisté à Paris, aucun spectateur n’est sorti en cours de projection et le film a été bien accueilli.
Belle analyse cinématographique, Amaury. Tu donnes envie d’aller voir ce film où chaque acteur est allé jusqu’au bout de soi-même.
Dès qu’il passera dans mes lointaines montagnes enneigées, je vous ferai mon commentaire…
Je ne sais pas si j’irai voir le film, mais ta façon d’écrire est vraiment intéressante, dommage que tu sois juriste d’affaire et pas critique professionnel :)
Mais ma curiosité d’esprit fait abstraction de tout cloisonnement ;-)
J’ai pu voir le film, et en effet j’ai trouvé cette vision de l’amour très forte et belle à la fois. l’identification aux personnages est tellement facile à réaliser par le spectateur (dans le bon côté), et pourtant on est transporté par ces confrontations, que c’en est très intéressant.
A regret je trouve qu’il y a des longueurs parfois, peu de fond sonore et vraiment on ne se marre jamais! certes ce n’est pas dans l’esprit du film mais bon… a déconseillé pour ceux qui ne sont pas d’humeur :)
Je suis en tout cas bluffé par la perf des acteurs, surtout le duo masculin. sans être myso, Gainsbourg me paraît fade et trop triste pour être convaincante, c’est dommage.
Un bon ptit film d’auteur qui a le mérite de dépeindre des situations difficiles d’une belle manière