La pièce L’Amante anglaise entretient le mystère au Lucernaire

L'Amante anglaise
L’Amante anglaise, Théâtre Le Lucernaire, Mise en scène de Thierry Harcourt

La pièce L’Amante anglaise entretient le mystère au Lucernaire

2 personnages sont alternativement interrogés par ce que le public imagine être un enquêteur. Les échanges sont pesants bien que la salle émette parfois des exclamations amusées face à l’incongruité de certaines réponses. L’enjeu tient dans la compréhension d’un geste que l’auteur Marguerite Duras a tiré d’un fait divers criminel de 1949. Un meurtre a été commis et l’interrogateur cherche des réponses pour comprendre le geste assassin d’une femme apparemment sans histoires. Bien qu’aucun personnage ne soit avare de paroles, la bien connue langueur durasienne s’immisce dans toutes les strates de ce moment de théâtre vaporeux.

Un jeu d’acteurs complexe

Le mobile et inquisiteur interrogateur Jean-Claude Leguay tourne d’abord autour du mari désappointé. Assis sur une chaise, Jacques Frantz interprète un Pierre Lannes qui répond avec un luxe de détail aux questions d’un interrogateur qui oriente les questions comme un cercle concentrique autour de l’épouse Claire Lannes. Quelle était la teneur de de leurs relations? Le malaise s’installe d’autant plus facilement dans la salle qu’un habile clair obscur contribue à envelopper la scène d’une épaisse enveloppe de mystère. Une table et quelques chaises sont les uniques accessoires de la pièce, comme pour signifier l’importance donnée au jeu d’acteurs. Les paroles semblent contenir différents niveaux de lecture que l’interrogateur tente de percer avec une patience infinie. Le mari ne semble pas surpris du drame qui s’est noué dans la cave de sa maison. Pas d’esclandres ni de feux d’artifices, l’ambiance est ouatée. La pièce s’était initialement jouée en 1968, le metteur en scène à succès Thierry Harcourt (The Servant) choisit d’en conserver une ambiance très vieille France qui pourra rebuter malgré l’investissement des comédiens.

Une enquête psychologique

L’intérêt de la pièce est moins dans le dévoilement des raisons que dans le tableau psychologique dressé des personnages. Individus de la classe moyenne, ils s’ébattent dans une existence sans fondements qui n’apporte pas plus d’explications au crime qu’à leur acceptation d’une vie sans ampleur. Le crime se transforme en élément de plus d’un jeu des apparences qui ne trompe plus personne. Mari et femme cohabitent sans passion ni chaleur. Elle vogue de la chambre au jardin, il la retrouve le soir pour repartir dès le matin à sa vie faite de maitresses et de rancoeurs enfouies. Le couple qui ne se comprend plus n’attend plus rien d’un futur où même un crime ne déchaine plus les passions. Qui ne serait pas effondré d’apprendre le geste assassin de sa moitié? Ni la femme ni l’homme ne s’émeuvent plus de rien. Ne reste plus que cette menthe anglaise transformée en nouveau personnage de la pièce par la grâce d’un jeu de mots. Claire Lannes interprétée par la sépulcrale Judith Magre ne dévoile guère plus que son intense spleen existentiel, cette fatigue de vivre qui l’a fait agir sans motif apparent. L’interrogateur aura beau s’ébaudir, il n’obtiendra aucune des informations qu’il recherche.

Une pièce pour les fans de Marguerite Dumas, une pièce de fin de vie qui scrute des personnages abattus par leur vie et leurs souvenirs perdus. Une pièce comme un constat implacable, dénué de passion mais non pas de profondeur.

Dates :  du 25 janvier au 9 avril 2017, 19h du mardi au samedi, dimanche à 15h
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Thierry Harcourt
Avec : Judith Magre, Jacques Frantz, Jean-Claude Leguay

Note
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Texte
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

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