Prometheus, un film de Ridley Scott

Sortie le 30 mai 2012
Quelle déception, cher Ridley Scott ! Prometheus, du cinéma 2 en 1.
Alien, nous en sommes presque tous fans. Un mal absolu, sombre et visqueux, mû par la seule envie de tuer. Du premier visionnage d’Alien, nous venons tout juste d’apprendre à contrôler nos tremblements mais avons-nous ressenti le besoin de comprendre ces créatures ? D’en extraire un quelconque propos philosophique ? Non, elles étaient de pures incarnations cauchemardesques, une terreur qui s’abattait dans un dédale de vaisseau, lui-même perdu dans une immensité d’où personne ne peut nous entendre crier. Alien est génial, Sigourney Weaver tout autant, nous rejoignons joyeusement l’avis général. L’entreprise Prometheus est tout autre. En fait, elle est double.
D’une part, il s’agit d’un grand parc d’attractions pour fans d’Alien. « Sur votre gauche, vous apercevez le vaisseau en fer à cheval. Devant vous, un monstre dégueulasse caractéristique de la saga. La visite est terminée, une p’tite pièce pour le guide … ». Il s’agit donc de visiter sa propre légende, de se prendre très au sérieux et de créer un film à partir d’un making-of. Processus égocentrique s’il en est, pauvre valeur ajoutée et grandement exclusif. C’est de l’entre-soi réconfortant et pénible.

Deuxième enjeu de Prometheus, le volet métaphysique. Ici, la nuance est de rigueur. Les ambitions métaphysiques (« Qui nous a créé ? Pourquoi ? Quel sens ont nos vies ? ») du film sont captivantes et le premier tiers du film explore certaines pistes pleines de perspectives. Le personnage incarné par Michael Fassbender, un robot sans âge, mémoire des hommes, de leurs langues comme de leurs cultures est passionnant. C’est par lui que nous percevons la dialectique entre Prometheus et le 2001 de Kubrick. Cet humanoïde possède sa propre quête métaphysique héritée de l’obsession de son créateur (un Guy Pearce salement vieilli). Nous regrettons amèrement que le scénario n’approfondisse pas cet axe. Le nœud narratif principal du film, philosophique et métaphysique, ne trouve malheureusement aucune issue. Prometheus est à cet endroit une forfaiture, aucune réponse, aucun risque philosophique n’est pris par Ridley Scott. Seule piste : nos créateurs (ou bien nos créatures ?) nous haïssent et souhaitent notre disparition.

Regardons de plus près les questions délicates du scénario et de la réalisation. Les deux sont des échecs cuisants. Le scénario est plus qu’approximatif. Le personnage du capitaine semble tout droit sorti d’un nanar des années 1990. La relation unissant les personnages de Charlize Theron et Guy Pearce est sans intérêt aucun. Quelques incohérences sont également parsemées de-ci delà pareil à la morne inspiration. Ridley Scott a cédé aux facilités scénaristiques du blockbuster. La réalisation est elle aussi imparfaite. Souvent brouillonnes, certaines scènes d’actions sont incompréhensibles, « qui est mort exactement ? Mais je ne l’avais jamais vu lui. C’est qui ? Et pourquoi il a une grosse tête toute gonflée ? Hein, pourquoi ? ». Globalement, le film souffre d’un énorme problème de montage. C’est ce qui nous permet d’envisager un moyen de dédouaner notre cher Ridley : 4 heures auraient été nécessaires au traitement convenable de ces deux films. Peut-être a-t-il été contraint par la production de couper dans le gras de la bobine ? Faux, ce sont sa société de production, lui-même et son frère qui produisent … Dernière possibilité, la faute revient à la Fox qui distribue le film ? Peut-être … Néanmoins, le grand Ridley Scott perce derrière quelques scènes. Ce sont finalement les scènes aux dispositifs scénaristiques et de mise en scène les plus simples qui sont les plus réussies. Nous pensons bien sûr à une scène d’avortement en milieu fermé particulièrement gore et anxiogène. Nous nous délectons d’un génie retrouvé, réapparu un instant. Nous voulons nous cacher les yeux, préserver nos futures nuits de sommeil, trop tard Ridley nous a ferré comme il le faisait 30 ans plus tôt.
Finalement, Ridley Scott échoue à créer la grande fable dont il rêvait. L’angle mythologique prométhéen était passionnant sur le papier mais celui qui voulait concurrencer James Cameron et son Avatar ne lui fait aucune ombre. Lorsque le réalisateur américain proposait une philosophie panthéiste et une politique écologiste alléchantes, le britannique, lui, ne se mouille pas et ne se donne pas les moyens de ses ambitions. La montagne a bel et bien accouché d’une souris.

Maxime Antony
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