Renaud Papillon Paravel : l’interview

[ 0 ] 30/04/2011 |

Interview cédée gratuitement par le magazine Idem n° 48  du 5 mai

PAPILLON PARAVEL : L’ENVOL ENTRE L’OMBRE ET LA LUMIERE

Ses 3 précédents albums originaux dont « La surface de réparation » nommé en 2002 au Prix Constantin chez BMG ainsi que deux autoproductions Subliminable et Au sommet de son arbre avaient reçu un excellent accueil de la presse et du public. Un bon nombre de scènes plus tard ainsi qu’un   bel ouvrage illustré de photographies, le poète Papillon Paravel revient avec un superbe opus hybride, inclassable mais toujours aussi classieux, même lorsqu’il manie l’humour graveleux. Du slam allié au chant sur de l’électro beat , du rap, groove, reggae, blues, au hip rock C’est écrit quelque part sorti le 3 janvier a été de suite salué par la critique.  Avant de s’élancer sur les scènes de La boule Noire en première partie de CharlElie Couture ce 9 et 12 mars et celles de Zazie, son alter ego musical, à l’Olympia du 11 au 14 mai, nous l’avons rencontré à La Laiterie de Montpellier juste avant le concert.

Montpellier, un soleil irradie le quartier des Beaux arts ce bel après-midi de février. Une stature imposante, un visage souriant, de grands yeux noirs, profonds et rêveurs auréolés d’une crinière brune, une voix douce, antinomique du pseudo que lui a inspiré le dernier ours des Pyrénées. Ou alors tartiné de miel car l’aura qu’il irradie est solaire, généreuse, ombrageuse et pudique à la fois, un vrai paradoxe vivant. Nous nous installons dans l’arrière salle pendant que l’ingénieur son installe le matériel. Le troubadour ancré dans ses corbières, esthète amoureux de la nature, de l’humain, des sons et des mots qui prend les chemins de traverses dans une sphère décalée riche en sentiments loin du formatage est serein. Ses concerts sont magiques, sensitifs, intenses, et le public croissant. Le poète en a des trésors dans sa besace et il nous les offre avec humour, amour, humilité, comme son « petit élément », chanson « doudou qui lui dort dedans ». Pour parler d’amour, l’artiste mêle la poésie aux mots crus « Ma plus belle histoire d’amour », « aimez-vous » d’une manière classieuse dans la lignée Gainsbourgienne tout en ayant une réelle identité sonore.  Ses jeux de mots se posent sur des arrangements acoustiques des plus subtils. Authentique, tel est Papillon Paravel, une espèce à protéger dans cette jungle musicale et à suivre de très près.  Une sacrée « bêbête » qui décidément monte….

Papillon nous parle de lui, de ses autres projets.

Votre dernier album « c’est écrit quelque part » sorti le 3 janvier ressemble à une confession très intime, empreint d’une musicalité plus rock que sur les précédents

PP : En tous cas, les mots, la manière de chanter sont beaucoup plus assumés je crois, plus en harmonie avec moi-même. Auparavant introverti, je suis plus extraverti aujourd’hui. Musicalement, l’apport du batteur donne un rythme plus soutenu et le fait d’avoir créé ensemble des morceaux sur les titres à 4 ou 5 même, avec des voix puis j’ai choisi les morceaux.

Une palette riche en sentiments divers suinte de cet opus.  On vous connait hédoniste, là  on découvre de l’amertume, un for intérieur très amer, une rancoeur, comme par exemple les chansons  « que personne ne bouge », « je n’ai rien »,  « comme un looser »,  « sur les rails », « la rose »,  de l’ironie « il est temps »  puis  une prise de conscience « dans ma peau », « de l’amour  vache  « il est temps », de la sensualité alliée à beaucoup d’humour « Aimez-vous » et « Ma plus belle histoire d’amour »  jusqu’à la plénitude  « Beau comme les corbières » ainsi qu’un hommage tendre à votre mamette  « un mètre cinquante» .  C’est un album très sensitif où vous vous affirmez, vous livrez davantage… un album mi-ombre mi-lumière…

PP : Ca fait des vagues. On est là pour chercher des sentiments, les figer dans le creux de la vague ou au sommet de la vague. Après on ne vit pas toujours dans ce creux, dans cette bosse, ni sur une moyenne mais en tous cas je reviens souvent là-dessus parce que c’est ce que je ressens le plus. C’est tout simplement les choses assumées, dites vers l’extérieur, vers les gens. Il y a des libertés que je m’accorde enfin dans l’interprétation alors qu’auparavant je chantais plus avec « le frein à main ». E n tous cas je me sens plus libéré du moins il me semble.

Justement à ce propos, vous  slammez, sussurez  ce qui fait votre particularité mais vous chantez davantage cette fois-ci…

PP :   En fait lorsque je suis dans mes chansons je ne m’exprime pas comme dans la vie. C’est du parlé modulé avec une colonne d’air qui change. Je module mes intentions. Je pose les notes, j’essaie d’aller davantage vers le chant mais je ne peux pas aller vers des chemins que je ne connais pas. Je suis encore dans mon petit périmètre.

La palette musicale de l’opus est hybridée d’afro- beat, soul, jazz, blues, rock, reggae. Tel un électron libre vous vous amusez à brouiller les pistes loin du formatage. Quelles sont vos références ?

PP : Ado j’ai été baigné par des K7 pirates que mon père me ramenait du travail.   Tout gamin j’écoutais celles-ci jusqu’à « la corde »Nous vivions en Afrique car mon père travaillait pour une compagnie pétrolière. A l’époque j’entendais à la radio africaine de l’afro beat, blues, Gainsbourg, Brassens, Bob Marley, Police qui est une sorte de reggae blanc.

« Un mètre cinquante » est un émouvant hommage tendre et pudique à votre grand-mère « mamette » Dès les premiers slides de guitare, telle de doux pleurs accompagnés du clavier Rhodes on ressent des échos en chacun d’entre nous…Comment recevez-vous ce retour du public ?

C’est une chanson plus que particulière que je voulais faire depuis longtemps, depuis que ma grand-mère m’avait laissé. Je ne l’ai chanté qu’une fois. C’était le dernier jour de l’enregistrement, j’avais fait une prise de voix, mais je ne parvenais pas à la chanter. Je l’ai chanté et puis voilà. Cela m’émeut toujours, trop de douleur. Ce ne sont pas des postures, moi, je fais des chansons où je dis ce que je ressens bien que je sois pudique. Je ne suis jamais dans un rôle qui n’est pas le mien. Cela me tenait à cœur de le faire, c’est ma manière de m’enlever la douleur. Je ne l’ai chanté qu’une fois et voilà, je n’arrive pas à la chanter en concert. Elle ne sera chantée qu’une fois cette chanson. Elle touche beaucoup de gens. La seule chose dont je sois sûr, c’est qu’elle serait heureuse, que ça lui aurait plu. Mon souhait était de le dire ainsi sans chercher à faire pleurer les gens. Juste raconter mon histoire.

Dans la chanson « dans mes rêves » vous dites joliment : « mes amis vivent sur mon épaule ».  Que représente l’amitié, la famille pour vous ?

PP : J’ai ce sentiment de les savoir proches, de les avoir auprès de moi entre le réconfort et l’apaisement. C’est comme un petit oiseau sur l’épaule. La confiance sur l’épaule de quelqu’un, c’est être capable de marcher, d’avoir confiance dans sa marche, de savoir qu’il ne va pas trébucher. C’est d’être là pour lui dire attention. Dans la vie je suis généreux, j’aime partager.

Comment vous est venue l’idée de collaborer avec Amandine Bourgeois, lauréate de la Nouvelle Star 200 ?

PP : C’est une excellente chanteuse. Sa voix est terrible. Elle possédait déjà ce timbre de voix bien avant La Nouvelle Star. Je l’ai côtoyée par personne interposée, elle est devenue une très grande copine que j’ai plaisir à voir souvent. J’adore son grain de voix tout simplement. A ma demande de chanter sur l’album elle a tout de suite accepté. Je lui ai dit que je m’en fichais de La Nouvelle Star, ce qui comptait c’était elle, sa personnalité, sa voix et que jamais je ne me servirai de ce qu’elle a fait à son insu. J’ai mi son nom dans la pochette sans jamais en parler d’ailleurs.

Dans cet album on constate qu’en plus des musiciens habituels, d’autres amis sont venus vous apporter main forte …

PP : Sebastien Sanz aux claviers, Patrick Felicès à la basse,  Alex augé au saxo, Flox dj électro, Claude Samblancat harmonica, pour les chœurs Amandine Bourgeois, Nika, et bien sûr Zazie avec laquelle je chante en duo sur « une bêbête »accompagné de ma petite fille surnommée La Manzanita. Sur scène j’ai opté pour une formation minimaliste mais symbiotique. Nous ne sommes que 4 : le guitariste Thierry Lopez, la choriste  Isabelle Durel, le batteur Ghislain Rivera et moi.

Graphiste, photographe, vous avez réalisé vous-même la pochette de l’opus. Envisagez-vous de travailler sur un nouvel ouvrage de photographies comme le magnifique « mon palais s’alanguit » inspiré de vos textes et paru en 2008 ?

Il y a des idées mais pas pour l’instant. Alors qu’il devait sortir chez « Actes Sud » cela n’a pas eu lieu, pourtant il y avait de gros projets sur ce livre… c’est un grand regret. Mais ça va, j’ai toujours en tête de faire du graphisme cette année entre deux concerts…

Justement cela ne sera – t’il pas difficile avec la tournée qui se prépare ?

Effectivement, à présent que j’ai trouvé une tourneuse parisienne Sophie Kafiz de « So & Us » qui produit Muvrini entre autres, et met en place des dates, cela va être un peu dur. Le 9 et le 12 mars je chanterai en première partie de CharlElie Couture à la Boule Noire à Paris puis en mai 4 soirs en première partie de Zazie, ainsi que d’autres dates qui se dessinent.

Nous vous avons vu souvent partager la scène avec votre ami le chanteur méridional Dimoné dont l’univers poétique décalé se rapproche du vôtre. Envisagez-vous de créer ensemble ?

PP : Oui, il y a en effet un projet en cours. On a déjà commencé à composer et chanter un morceau à 3, c’est-à-dire Dimoné, Fred et moi. C’est une chanson rigolote terrible !

Une dernière question. Pour reprendre votre thème récurrent de l’arbre comme dans l’album précédent »Au sommet de mon arbre » ou encore dans la chanson « que personne ne bouge » de son arbre, comment se sent le papillon aujourd’hui ? Prêt à voler de scène en scène ?

PP : Bien, prêt à s’envoler. La scène ce n’est plus un problème. Ca a été un truc un peu difficile auparavant. C’est tellement loin de tout ce que j’ai connu avant. Tous les derniers concerts que je fais depuis le début de la promo, je les vis intensément. Je me sens beaucoup mieux sur scène parce qu’avec les musiciens on a beaucoup joué ensemble. Musicalement on commence à se connaître d’où une complicité, une osmose. Il se passe des choses… C’est toujours une épreuve bizarre de se retrouver devant des tas de gens, c’est fort. Je suis dans la musique je ne suis plus dans « la touche »et content d’être là, de voir les gens, de leur donner quelque chose.

Propos recueillis par Fabienne Durand.

Site

www.papillonparavel.com

www.facebook.com/papillon-paravel

http://culturebox.france3.fr/all/33238/dans-l_univers-de-papillon-paravel-chanteur-slameur#/all/33238/dans-l_univers-de-papillon-paravel-chanteur-slameur

http://www.youtube.com/watch?v=nRhynvN6AiI

http://www.youtube.com/watch?v=Eq9G_9EOWPY&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=sLQCkPV_5xU&feature=related

livre : Mon palais s’alanguit : sur les traces de l’eau, du temps, de l’homme et du vent. Editions Sur la branche contient l’intégralité des chansons des 3 albums et des inédits accompagnés de 80 photos (étang, bord de mer) ainsi que 6 titres en version épurée.

PAPILLON PARAVEL .  Ecris ça quelque part. Label Sur la branche/2011

La surface de réparation. BMG/2002

Subliminable.   Double album dont deux reprises (La Rua Madureira de Nino Ferrer et La Grange de ZZTop). Sur la branche. Autoprod./2004

Au sommet de son arbre. Sur la branche. Auto prod/ 2008

Distribution partout.

PP en tournée :

11.05.2011 – Olympia – Paris en première partie de Zazie

12.05.2011 – Olympia – Paris en première partie de Zazie

13.05.2011 – Olympia – Paris en première partie de Zazie

14.05.2011 – Olympia – Paris en première partie de Zazie

15.06.2011 – Théâtre de la Mer – Sète en première partie de Zazie

www.papillonparavel.com

www.facebook.com/papillon-paravel

Booking    www.soandus.com

PAPILLON PARAVEL .  Ecris ça quelque part. Label Sur la branche/2011

15.06.2011 – Théâtre de la Mer – Festival Quand je pense à Fernande – Sète  à 20H

Théâtre de la Mer, route de la Corniche, 34200 Sète. 04 67 74 98 86. Tarif : 41,5€

Gratuit pour les enfants de 6 de 12 ans

www.theatredelamer.fr

Fabienne DURAND


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