Rencontre avec Igor Baloste, artiste contemporain, à Paris
Igor Baloste est en résidence depuis septembre 2010 et jusqu’à décembre 2011 au 100, un établissement culturel solidaire, rue de Charenton à Paris. Rencontre.
Igor Baloste travaille essentiellement les supports multimédias sur les thèmes de l’identité, de la solitude et de l’empêchement. Son inspiration lui vient entre autres du propos de Nicolas Bourriaud, théoricien de l’Art relationnel, qui veut qu’en prenant contact avec une œuvre, on est en même temps envahi par la situation. Le contexte dans lequel on la perçoit prend le pas sur la production artistique et peut aussi en modifier le sens ; la compréhension d’une œuvre peut notamment être impactée par la présence des gens autour.
D’autre part, en exposant, l’artiste devient lui aussi spectateur de sa propre œuvre. Igor Baloste vit comme une expérience le fait d’assister à la rencontre entre son travail, un lieu et des spectateurs.
Lors de cette rencontre, l’un de ses travaux est projeté sur un grand mur blanc du rez-de-chaussée du 100 : on y voit plusieurs exemplaires du même personnage évoluer dans l’espace. Son postulat de départ est qu’on a tous plusieurs identités qui s’expriment quand on est seul, mais au contact des autres, certaines se mettent en veille ou disparaissent complètement. Pas forcément faux…
Une petite caméra placée au plafond détecte la présence de spectateurs : si on est seul, les différents personnages sont en mouvement, et plus on est nombreux, moins il y a de personnages actifs. Il appelle ça de « l’interactivité discrète » : on agit sur l’œuvre sans le savoir, par le simple fait d’être présent – et plus on est nombreux, moins la réalisation de l’œuvre est possible. Ces personnages et la démultiplication de leurs identités s’expriment donc dans et grâce à la solitude.
Dans « Une communauté vraiment lente« , des sons se déclenchent en fonction de la zone dans laquelle on se trouve par rapport à l’œuvre, et seulement à condition qu’on se déplace lentement. Si une communauté de personnes adopte le même comportement qui consiste à observer l’œuvre tout en se déplaçant lentement, alors elle dévoile tout son sens.
Cependant, le principe d’interactivité n’est pas expliqué. A travers l’absence d’indications sur la façon dont on doit observer cette animation, Igor Baloste rappelle que, tout comme la culture s’acquiert, on doit « apprendre l’interactivité » en intégrant des codes qui ne sont pas innés, en observant son environnement ou en échangeant avec les personnes qui partagent cette même expérience.
« Pas sociable » montre un groupe de personnages en mouvement. Si un spectateur s’arrête pour les observer, les personnages tombent. Mais si tous les spectateurs s’arrêtent en même temps, alors les personnages se relèvent. Cette « loi » est indiquée sur les murs où est diffusée l’animation, mais elle n’est pas claire ni compréhensible à la première lecture, telle une énigme. Igor Baloste compare cette démarche au fait de transgresser une loi dans un pays étranger : on ne connaît pas les règles et on ne se rend pas compte de ce que l’on transgresse.
Son travail est visible sur le site http://www.creationsimple.fr/





Très très étonnant comme œuvres d’art où le public prend part activement.Ca doit être super d’admirer et de faire vivre l’Art d’Igor :)
oui, un travail intéressant avec un discours intéressant. à découvrir! :)
merci pour cet article, occasion d’un dialogue qui participe à me faire avancer dans mon travail
PAS?SOCIABLE, ou la dychotomie d’un créateur a contrario hypersociable et surtout lucide face aux us de notre genre humain.
Le discours tenu est très intéressant. Les moyens employés le rendent difficile d’accès pour monsieur et madame tout le monde… Mais c’est un parti pris qui me plait !
mm, effectivement je travaille je pense sur trois niveaux : une idée (le rapport de l’individu au groupe via la loi, l’envie d’être seul pour être soi, le plaisir d’être ensemble, …), une mise en espace de cette idée (conditions d’interactivité, gestion de l’espace interactif où évolue le visiteur, analyse de tel ou tel comportement), et enfin ce qu’on percevra en premier et en principal : la partie visible de l’iceberg, l’image ou l’installation, le contenu visuel, symbolique ou bien narratif ; cette dernière/première étape étant le résultat de tout un travail de réalisation et de forme, qui suit une partition qu’on ne connaîtra pas nécessairement : les 3 niveaux d’un travail sont 3 écritures séparées, dont le dernier est, donc, le plus visible, dont le second (l’interactivité), est éventuellement le moins accessible, le plus discret, et dont le premier, le concept, est porté sous forme écrite à côté de l’oeuvre, sur une plaque ; plus qu’un commentaire explicatif, c’est un acte d’écriture simple, une partie du travail artistique, posée à côté.