Rêves de Wajdi Mouawad
« Rêves » est une pièce de l’auteur québécois-libanais Wajdi Mouawad, l’artiste associé du dernier festival d’Avignon, qui a marqué notre nuit inaugurale avec sa saga théâtrale « Le Sang des promesses ». Une trilogie présentée en intégrale sur les origines et composée de « littoral » « Incendies » et « Forêts » où elle explorait les thèmes du deuil, de la guerre, et de la filiation.
« Dire le monde, le déployer, le dérouler telle une fresque offerte au regard », voilà ce qui caractérise l’oeuvre universaliste et humaniste du dramaturge.
Avec ce spectacle personnel et intimiste, l’auteur aborde la quête identitaire d’un écrivain (Wajdi) et sa confrontation avec les origines de l’inspiration, ses questionnements, et son nihilisme face aux folies du monde.
Wilhem est un jeune auteur qui s’est retiré dans un hôtel pour écrire un roman et s’exercer à la lucidité.
Habité par son imagination, il convoque au fur et à mesure ses personnages, en attente de transposition sous sa plume, et qui vont entamer un dialogue intérieur avec lui. On voit apparaître sur le plateau son double, « Soulaymân », un homme qui marche vers la mer et son monologue intérieur qui le guide.
L’auteur se tient précisément sous le contrôle de cette conscience raisonnante, un personnage nommé Isidore, qui le ramène à sa nécessité impérieuse d’écrire et le détourne de toute dispersion futile. Et notamment de l’hôtelière qui vient l’importuner souvent avec ses faux problèmes pratiques et dont le but est de combler sa solitude ainsi que le deuil de son enfant.
Celle dont Isidore lui dit justement « elle le lira jamais ton roman ».
S’incarnent sur le plateau dans un dispositif scénique inventif, tour à tour, son double représenté par un homme écroulé, une femme ensevelie, un homme décapité, une femme emmurée qui témoignent par leur vécu de sa propre histoire réappropriée. Le héros comprend alors que ces successions de postures auxquelles il assiste avec leur souffrance, leur errance, leur perte, leur colère, forment son tout et donc son individualité. Elles apportent des réponses à ses doutes existentiels en exorcisant ses peurs noyées dans un passé traumatique où l’écriture accouchée se fait thérapie libératrice.
On est au coeur du théâtre de Wajdi Mouawad avec une énigme à résoudre, un secret enfoui, un code qu’il s’agit de déchiffrer, une promesse oubliée, quelque chose qui n’a pas été dit pour l’élargir à l’injustice du monde, ces guerres fratricides, et ces déracinements impossibles sur un ton toujours prolifique et généreux.
Il y est toujours question de survie et de liberté.
Exprimer « la perte » car elle est un labyrinthe puis hurler « la colère » où le temps et l’espace se mélangent jusqu’au vertige et dans un lyrisme qui nous emporte, voilà l’écriture qui nous est donnée à entendre, émouvante mais aussi drôle car elle ménage des instants de loufoquerie et de dérision.
C’est parfois un peu brouillon car l’auteur veut tout dire, trop dire, au détriment d’un propos qui pourrait être moins appuyé et répété, mais ce petit bémol n’enlève rien à la force inspiratrice et dénonciatrice des thèmes abordés, leur imagerie, et qui font de sa narration son originalité.
Les dix comédiens, très jeunes, sont justes, totalement investis de la violence et de la fulgurance poétique du texte, grâce à la mise en scène d’Igor Mendjinsky fluide qui laisse s’exprimer un jeu très construit avec une gestuelle déliée, ouverts sur le public. Par une mise en scène esthétisante soutenue par de belles lumières et le son évocateur de la darbouka qui illustre la marche initiatique, l’univers symbolique de Wadji Mouawad, où se mêlent le poétique, le tragique, le lyrique, le burlesque et le comique, est en parfaite osmose.
Sur la scène du théâtre Mouffetard ce soir, le voeu du metteur en scène selon lequel les acteurs doivent être le feu autour duquel les spectateurs se réchaufferont l’âme était exhaussé et le rêve imparable…
Du 26 novembre 2009 au 9 janvier 2010
Loc : 01 43 31 11 99






Faudra que tu paies ton filon : juriste c’est une bonne planque ou quoi? A moins que tu taffes à mi-temps… avec tout ce que tu bouffes comme théâtre/ciné, redoutable culturovore !
Le droit mène à tout à condition d’en sortir alors quand il rencontre publikart et son directeur de publication éclectique, il se fait l’avocat de toutes les causes et de toutes les victoires…
Un commentaire qui me va droit au coeur Amaury :) ! Merci beaucoup, c’est très sympa. Pour le droit, je suis tout à fait d’accord pour dire que ça mène à tout à condition d’en sortir ! C’est très vrai ce que tu dis là ! I Looove (je suis dans la branche aussi, ceci explique cela)
Gaël sur quelle branche du droit es-tu donc assis ?
Sur celle du notariat mais elle a cédé depuis quelques temps déjà. Je suis aujourd’hui juriste d’affaires, tout comme toi :)
Bienvenu au club Cher Ami…le droit des affaires ne peut que s’enrichir de juristes à l’ouverture d’esprit récréative ;-)
Comme tu dis… Mais je ne crois pas y rester pour ma part. J’ai d’autres projets récréatifs en tête ;)
A l’image de ton site, j’imagine leur envergure ;-)