Suivez le flux RSS

Romance Nerveuse de Camille Laurens aux Editions Gallimard

[ 1 ] 22/03/2010 |

Figure emblématique de l’autofiction, Camille Laurens poursuit à travers « Romance Nerveuse » une introspection personnelle et fictionnelle. Elle en livre, tant dans sa narration que sa construction, une expérience littéraire enivrante qui, à l’instar des personnages, s’affranchit des règles conventionnelles.

Laurence R vient d’être congédiée par son éditeur après l’affaire de plagiat dont elle a accusé une autre auteure appartenant à la même maison d’édition qu’elle. Profondément blessée, incapable d’écrire une quelconque ligne, elle pars rejoindre une amie dans un club de vacances à Djerba où elle fait la connaissance de Luc. C’est le début d’une histoire d’amour impossible entre un paparazzi et un écrivain mais salvatrice dans sa reconquête avec l’écriture.

Lui est pour le moins instable, pathologiquement versatile, désinhibé, oscillant sans transition entre une provocation dévastatrice, une sensibilité exacerbée et une immaturité qui la touchent.

Il sera à la fois l’objet et le sujet de son livre qu’elle se doit d’écrire et dont il lui offre comme il dit non pas « une tranche de vie » mais « une tranche de vide ». A travers la mise en abîme de cette relation, la narratrice s’interroge aussi sur sa condition d’écrivaine et son processus d’inspiration dont Luc lui intime une exigence d’autocritique et une connexion avec la réalité qu’il nomme « la vraie vie ».

Construit en deux parties, le roman ne respecte pas les codes classiques de la littérature et de l’amour : deux chapitres, un mélange de citations, de dialogues, de récits, d’extraits de chansons, qui collent parfaitement au caractère d’urgence, d’incertitude, d’apesanteur, de perdition de la relation ainsi qu’à la rupture existentielle propre à chacun des deux protagonistes et dont la rencontre improbable constitue le vecteur.

La narratrice inscrit cette histoire borderline dans une contemporanéité romanesque où le paparazzi, en symbolisant la traque de l’artifice, est représentatif d’une société avide de superficialité.

En le dotant d’un caractère transgressif, manipulateur, infantile, inculte, futile, grossier, irrévérencieux, elle souligne sa perversion. Laquelle trouve sa source dans une enfance violentée, un environnement dénué de repères et de valeurs, une soif de reconnaissance où l’apparence prévaut sur la profondeur, la consommation sur le désir, l’instantanéité sur la mémoire, et l’opinion sur la pensée.

Mais ce personnage dans son ambivalence est également capable d’élans de tendresse, de vulnérabilité, d’énergie solaire et d’attitude rédemptrice, qui le rendent attachant et fascinant. Surgisse alors dans ces instants furtifs, lumineux, son envie d’en découdre assortie d’une prise de conscience face à l’insignifiance et au vide de son existence.

Il y a dans la forme du récit la place à un dédoublement de la personnalité de l’écrivaine où elle s’invente une doublure sociale (Laurence Ruel), incarnation du savoir et de la raison qui observe Camille en amoureuse éperdue et instinctive, pour commenter, freiner, juger l’action qui se déroule et en accentuer la parabole.

Cette dualité entre le sentiment et la raison est aussi très présente chez Luc où sa quête existentielle en se faisant sulfureuse et tendre permet à Camille Laurens de l’inscrire dans une humanité troublante.

Le style est soutenu par une circulation entre l’oralité des dialogues et une écriture enlevée, décomplexée, qui s’ajuste naturellement à la psychologie des personnages et à la nature ambiguë de la relation.

Il transparaît de ce roman à plusieurs lectures une manière de dire le ressenti de la narratrice, à la fois délicate, profonde, joueuse, dangereuse, et donc essentielle comme la littérature, dans sa fulgurance, est capable de la restituer…

-Amaury Jacquet-


Laisser un commentaire




Si vous voulez montrer une photo avec votre commentaire, aller chercher Gravatar.