« Se trouver » de Luigi Pirandello mise en scène par Stanislas Nordey, à Saint-Quentin-en-Yvelines

[ 0 ] 03/10/2012 |

Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale
Place Georges Pompidou – BP 317
Montigny-le-Bretonneux
78054 Saint Quentin Yvelines Cedex
Du 4 au 6 octobre 2012

« Se trouver » met en scène un bouleversant portrait de femme et d’actrice. Ce rôle complexe qui oppose le rapport à la vie et à la fiction est porté par Emmanuelle Béart, fascinante, sur un texte brûlant qui scrute la psychologie contrariée du comédien et méconnu de Luigi Pirandello, redécouvert par Stanislas Nordey.

Après sa mise en scène très accomplie des « Justes » de Camus que nous avions chroniqué c’est ici, Nordey fait entendre à merveille, grâce à son style hiératique et radical sur le jeu, les résonances infinies du verbe pirandellien et son insondable vertige.

Cette pièce testamentaire du dramaturge est inspirée de la comédienne Marta Abba, avec laquelle il a vécu une passion pendant 10 ans. Elle est aussi une introspection de l’auteur qui projette ses propres interrogations sur le théâtre et son dédoublement entre l’Art et la Vie, entre Jouer et Vivre.

Donata Genzi (Emmanuelle Béart), actrice adulée, qui s’est donnée corps et âme à son métier, jusqu’à ne plus avoir d’intimité, ne plus savoir qui elle est au fond d’elle-même, s’est retirée dans la villa de son amie Elisa Arcuri (Claire-Ingrid Cottanceau). Aux prises avec ce doute existentiel et entourée d’admirateurs, elle entreprend une réflexion sur sa nature profonde. Et exprime son désir vital d’émancipation car à force de se perdre dans toutes les femmes qu’elle a jouées, elle vit dans l’illusion des rôles qu’elle a interprétés.

Dans un décor monumental art déco d’Emmanuel Clolus  et aux motifs géométriques labyrinthiques, elle nous confronte à la spirale de ses tourments et à sa rencontre avec Ely Nielsen (Vincent Dissez), un peintre jusqu’au-boutiste, qui l’emmène en mer et la sauve de la noyade.

Eperdu comme elle d’absolu, il déteste le théâtre et lui demande d’y renoncer en affirmant vouloir l’aimer pour ce qu’elle est. Mais cet amour exclusif et impulsif lui révèle qu’elle ne parvient pas à se retrouver auprès de lui. Et c’est en revenant au théâtre, après cette traversée initiatique en trois actes (thèse, antithèse, synthèse) qu’elle finira par se trouver au travers une osmose entre sa vérité de comédienne et sa propre identité, concluant la pièce sur cette phrase : « Il faut se créer pour se trouver ».

Avec un esthétisme formel et une déclamation frontale qui s’accompagnent d’une direction d’acteurs au cordeau, chers au metteur en scène, la langue sacralisée, dans une traduction excellente de Jean-Paul Manganaro, renvoie les multiples échos de la mise en abîme marquée de son abyssal jeu de miroir.

Emmanuelle Béart et Vincent Dissez forment un couple à la présence irradiante. Elle est une femme spirituelle au bord du vide, troublante et sensuelle qui se révèle à la fois déconcertée et forte. Intense et déchirante, elle habite ce personnage d’une féminité charnelle. Tandis que lui se montre animal dans sa perdition, tour à tour entier, sombre et sauvage.

Un dilemme poignant où s’éprouve magistralement une condition d’artiste…

-Amaury Jacquet-


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Categorie: Spectacles/Théâtre

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