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« SEZNEC » un procès impitoyable de Robert Hossein

[ 2 ] 22/02/2010 |

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L’affaire Seznec demeure une grande énigme criminelle. Elle ne pouvait laisser indifférent le metteur en scène, Robert Hossein, qui est à l’origine du concept d’un théâtre interactif, où les spectateurs sont parties prenantes au spectacle qui se joue.
Et ce ne sont pas moins de vingt-six comédiens qui font revivre sur la scène du Théâtre de Paris les dix jours du procès de Guillaume Seznec. Le Breton fut condamné, le 3 novembre 1924 par la Cour d’Assises de Quinper, au bagne à perpétuité pour le meurtre de son ami et Conseiller Général, Pierre Quemeneur.

Le 25 mai 1923, Seznec, propriétaire d’une scierie près de Morlaix, et son ami Pierre Quémeneur partent pour la capitale à bord d’une cadillac issue de lots de véhicules bradés par l’armée américaine après la Première Guerre mondiale. Les deux hommes comptent la vendre à Paris et ainsi débuter un trafic lucratif, d’autant que la jeune Union Soviétique est très intéressée par de telles acquisitions. Cependant aucun des deux n’arrivera à Paris et seul Seznec réapparaîtra à Morlaix. Le cadavre de Quémeneur quant à lui ne sera jamais retrouvé.

Dans une reconstitution minutieuse des débats qui s’appuie sur la transcription des archives de l’époque, on assiste au procès d’assises tel qu’il s’est tenu avec l’énonciation factuelle des éléments à charge et à décharge retenus contre le prévenu. La distribution pour incarner les protagonistes (magistrats, avocats, témoins) est particulièrement bien choisie. Le mode opératoire d’un procès pénal, dans sa résonance et sa dramaturgie, est adapté à une représentation théâtrale. Et ce d’autant plus que l’analyse des faits confrontée aux errements de l’enquête policière s’avère interpellative. Le Président (Pierre Dourlens) et l’avocat général (Eric Desmarestz), quelque peu caricaturaux, assurent la conduite solennelle de l’instance où face à eux, l’avocat (Yannik debain) se débat comme un diable avec fougue et détermination. Philippe Caroit campe un Seznec plein de justesse et d’insolence contenue, conférant à son personnage une part d’ombre qui reste entière.

A la fin du spectacle, mais avant que la cour ne prononce le verdict officiel, chaque spectateur, devenu juré pour la circonstance, est appelé à voter, dans l’une des urnes prévues à cet effet, en y déposant un jeton « coupable » ou « non coupable ». Puis deux gardes viennent disposer les urnes sur une balance qui livre alors son résultat. Si ce soir l’innocence du prévenu l’a emporté à une majorité qualifiée mais pas écrasante, l’intérêt du spectacle réside dans son questionnement. Il interroge sur l’articulation d’une affaire judiciaire, où la phase d’instruction à charge et à décharge, dans son impérieuse nécessité de complète investigation, est déterminante pour contribuer à un jugement parfaitement équitable.

Dans une deuxième partie, après l’énoncé de la consultation publique, l’avocat Paul Lombard, dans une brève intervention filmée, tire les enseignements de cette affaire et la positionne au regard des principes juridiques qui gouvernent la matière pénale.  A ce titre et dans un souci d’objectivité, l’arrêt très motivé de la Cour de révision du 5 octobre 2006, qui a considéré qu’il n’existait aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès qui soit de nature à faire naître un doute sur la culpabilité de Seznec, aurait mérité d’être cité.

On regrettera l’épilogue avec l’apparition saugrenue d’un vieux Seznec venant remercier l’assistance et l’artifice qu’il imprime à cette reconstitution didactique, où si rendre la justice des hommes est un acte des plus noble, il est aussi l’un des plus difficile…

www.theatredeparis.com

Loc 01 48 74 25 87

-Amaury Jacquet-


Commentaires (2)

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  1. avatar Benedicte dit :

    Merci Amaury de cette critique. Je comprends que tu aies été déçu par la fin qui semble assez ridicule et même absurde. On voit à travers toute cette histoire l’immense complexité de la justice, à savoir même si le mot est juste…

  2. avatar E. dit :

    Le concept a l’air pourtant super intéressant. J’aime l’idée de mettre à contribution le spectateur. Une interactivité rare qui peut montrer comment, pour des mêmes faits, les jurés peuvent réagir différemment selon les jours… J’aurai aimé voir cette pièce !

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