Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island est l’adaptation à l’écran du thriller psychologique du même nom de Denis Lehane. Le cinéaste, Martin Scorcese, se plait à instaurer un huit clos angoissant et déstabilisant en offrant plusieurs niveaux de lecture. Et fait preuve d’une maîtrise formelle et narrative ambitieuse qui emprunte au genre du film noir et d’horreur où les éléments d’ambiance soulignent efficacement l’intrigue.
En 1954, le Marshal Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et son collègue Chuck Aule (Mark Ruffalo) sont envoyés pour enquêter sur l’île inhospitalière de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes, Rachel Solando (Emily Mortimer) qui a assassiné ses trois enfants, a mystérieusement disparu. Comment la meurtrière a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Les deux enquêteurs vont devoir alors affronter l’hostilité des soignants, la violence d’une tempête et Teddy ses propres démons.
La première scène du film installe d’entrée une ambiance insulaire avec une très belle photographie de Robert Richardson. En gros plan, on aperçoit l’île, sous un ciel orageux, symbole d’un monde qui s’achève. Et le ferry qui s’y dirige avec à son bord les deux protagonistes dont le cadre de la caméra les resserre pour les enfermer dans un échange étrange et incertain où Teddy, le visage crispé, victime du mal de mer, révèle à son coéquipier un douloureux passé.
Dès l’accostage sur Shutter Island, le réalisateur souligne les éléments inquiétants et mystérieux propres à un univers autarcique et hostile, symbolique de l’enfermement mental dans lequel le héros va s’enfoncer progressivement. Le cinéaste crée un climat étrange, imprévisible, et menaçant avec des décors gothiques dans une lumière clair-obscur où l’oppression coïncide avec la fragilité psychologique de l’agent fédéral. Cette frontière crépusculaire entre la normalité et la folie, l’innocence et la culpabilité, la réalité et l’irrationnel.
Au parcours douloureux de Di Caprio, qui a perdu sa femme dans des conditions dramatiques, s’ajoute la douleur qu’il a connue en tant que soldat, dans les camps de concentration nazis, que le cinéaste montre en flashbacks, notamment dans des scènes oniriques très fortes : images surnaturelles de cadavres pris dans des glaces ou cauchemardesques quand le Marshal revit la mort de sa femme dans un incendie. Une pluie de cendres retombe alors sur le couple où la défunte disparait en poussière dans ses bras. La particulière esthétisation de ses séquences en accentue à dessein leur caractère fantastique et inconscient.
L’acteur est grandiose dans son interprétation investie, puissante, et à cran au parcours initiatique, rédempteur, spirituel, psychanalytique, sujet à tous les bouleversements, à toutes les perditions, et à toutes les incertitudes.
Le cinéaste laisse planer le doute sur la santé mentale de tous les protagonistes et ouvre plusieurs voies d’interprétation qui ébranlent le spectateur à l’instar d’un labyrinthe mental et de ses secrets les plus lointains et les plus enfouis.
Victime d’une manipulation collective destinée à masquer des expériences monstrueuses que l’homme est capable d’infliger aux plus faibles, ou d’une paranoïa que favorise un climat et un environnement oppressif, le personnage central n’en est pas à sa dernière surprise. Le public non plus..!
Sorti en Salles le 24 février 2010






Scorcese / DiCaprio… on n’en a pas un peu marre?!
Un grand film, une grande réalisation. Apparemment très fidèle au bouquin, Scorcese est maître pour retranscrire ces ambiances noires et angoissantes, avec notamment une bande son assez soignée. Adaptation donc (Ô Infernal Affairs…) mais avec un vrai plus artistique.
J’avoue avoir été bluffé par le dénouement et le chemin qui nous y amène, le tout servi par de superbes acteurs.
DiCaprio confirme d’ailleurs là son aura de (certainement) meilleur acteur US du moment. Sa capacité à créer et faire ressentir les émotions de son personnage est vraiment troublante…
A ne pas louper!
Dès lors que le couple fonctionne et fait preuve de renouveau et d’inventivité, pourquoi faudrait-il s’en priver ! sa maturité lui va si bien…
C’est sûr, si ça marche pourquoi pas. Je n’ai pas vu les infiltrés, j’aurai peut être l’occasion de voir Shutter Island, qui sait !
Lisez le bouquin!!!
Mais je suis trop triste je n’est pas encore eu le temps d’allez voir le film. Comment est le bouquin + ou – bien?
Vu la bande annonce, cette 4ème collaboration entre Scorsese et Di Caprio a l’air intéressant
J’ai lu le livre, je me demande ce que ça va donner au cinéma…
Ca y est, je l’ai vu. C’est un film lourd et peu original dans sa mise en scène. Concernant le bouquin, c’est une adaptation fidèle aux événements mais pas du tout à l’ambiance et à la subtilité et aux couleurs du récit écrit. Quant au jeu de Dicaprio, c’est un spoiler à lui tout seul dès le début du film et ce, à cause d’une réalisation qui en dit beaucoup. Et de grosses longueurs. Pas déplaisant mais décevant.
A mon goût bien-sûr!