Six Order Pieces, de et par Thomas Lebrun

SIX ORDER PIECES
de et par Thomas Lebrun,
l’actuel directeur du Centre Chorégraphique National de Tours
Six Order Pieces n’est pas un simple exercice de style. Comme avec Constellation Consternée ou la Jeune Fille et la Mort, Thomas Lebrun a voulu créer une série de variations sur un thème ou un mot, celui de l’ordre. Cinq artistes associés ont impulsé l’écriture de cinq soli de dix minutes, l’occasion pour Thomas Lebrun d’inverser l’ordre de son écriture : généralement écrite, la chorégraphie fait alors appel au regard extérieur d’un collaborateur pour apporter une dernière couleur, un dernier grain à la pièce. Ici, Thomas Lebrun s’est laissé imprégner par les univers d’un créateur lumière, d’une vidéaste, d’un compositeur, de deux chorégraphes et d’une réalisatrice qui a l’habitude de la direction d’acteurs…
Mais, encore une fois, Six Order Pieces n’est pas un pur exercice de style autour d’un retournement du processus de création et du thème de l’ordre. On le comprend dès le premier tableau : des gommettes de lumières apparaissent une à une, maquillent le sol noir, envahissent de lumière un plateau dont l’obscurité s’obstine. Et, au sein de cet espace, libre et contraint, le corps du danseur se déplace, à l’aveugle, et se délecte de la caresse des projecteurs comme un enfant ferait passer son doigt sur la flamme d’une bougie. On est avec lui, avec son plaisir et sa délectation d’offrir sa peau au contact chaud et douillet d’un bras de lumière.
Une petite madeleine sans goût ni odeur. Une petite madeleine dans la suggestion d’un toucher…
Les fantômes, les vieux démons, apparaissent, puis sont catapultés par une seconde de nonchalance géniale: Thomas Lebrun réajuste son T-Shirt et nous explique par là qu’il est en train de s’infliger pour nous une série d’épreuves, ses six soli, qu’il n’est après tout qu’un homme et que tout cela n’est pas si grave.
Ces épreuves semblent surgir d’un cauchemar d’enfant : les insultes, l’autorité, l’apprentissage de la honte, les grandes victoires qui se transforment en menace, la première transgression, le premier appel à l’aide… la SOLITUDE… Ces épreuves, Thomas Lebrun nous les fait traverser avec lui, nous prend à témoin de bout en bout.. ?Il est parfois d’un comique incisif lorsque, au milieu de son arène lumineuse, il s’avance vers nous dans le corps pataud d’un gentil gorille, ou qu’il s’agite en perruche… Quand, dans sa cage, il devient Rocky quelques secondes avant de s’apercevoir qu’il tend le poing contre des fantômes, qu’il n’est qu’un homme, essoufflé, faible et seul… Notre rire naïf (ou cruel) se crispe vite.
Thomas Lebrun préserve un air doux, débonnaire. A aucun moment la colère n’apparaît sur son visage. Seul le corps se révolte parfois.
La pilule est pourtant sacrément amère: « Save me! » crie la chanson. Thomas Lebrun, à terre, meurtri, tend la main, nous supplie. « Save me! ». Evidemment, personne ne le sauve et on attend passivement le dernier souffle.

Amélia Brechet
Les prochaines dates de Six Order Pieces auront lieu outremer à Saint-Denis de la Réunion, les 21 et 23 novembres prochains.
Pour assister à la dernière création de Thomas Lebrun, La Jeune fille et la Mort, voici quelques dates de la tournée française : le 6 octobre au Grand Théâtre de Calais, le 23 octobre à l’Espal, scène conventionnée du Mans, le 18 décembre au Vivat d’Armentières, scène conventionnée, le 25 janvier sur la Scène Nationale de Blois avant deux dates au Nouvel Olympia de Tours les 29 et 30 janvier 2013.
Categorie: Spectacles/Théâtre







