Suivez le flux RSS

Tatouage, un spectacle musical d’Alfredo Arias, à Paris

[ 0 ] 17/04/2011 |

Tatouage, la revue fantasque et drôle d‘Alfredo Arias (nommée aux Molières 2010) revient pour quelques dates exceptionnelles au théâtre du Rond-Point, forte de toute l’extravagance poétique comme esthétique du Maître dans un ballet théâtral et musical des plus réjouissants.

Elle s’inspire librement de la vie de Miguel de Molina (1908-1993), chanteur de copla (flamenco) espagnol persécuté par le régime franquiste en raison de son homosexualité et de ses engagements politiques. Pour évoquer cette figure emblématique de la culture populaire espagnole, Arias retrace sa persécution avec sa fuite au Mexique puis en Argentine et sa rencontre déterminante avec Eva Perón (Sandra Guida) qui lui offrit une terre d’asile.

La narration se construit autour de ces deux destinées singulières dont le parcours initiatique et la propension à incarner un rôle, l’un sur les scènes de music-hall, l’autre dans les coulisses du pouvoir, les font se télescoper et se reconnaitre : « Vous avez été un pédé pour le franquisme et moi j’ai été une pute pour l’oligarchie de mon pays » lance Eva à Miguel.

A travers une succession de tableaux décalés, des séquences chantées ou dansées, des maquillages félliniens, des costumes flamboyants s’évoque la vie démultipliée de Miguel, à la croisée de celle d‘Eva, interprété par trois acteurs différents dans un jeu de miroir tantôt émouvant, caustique, outrancier, débridé, désabusé, drolatique, entre théâtre nô et numéros rocambolesques.

Tour à tour en homme âgé nostalgique à l’ironie mélancolique mais aussi en narrateur mordant (merveilleux Alfredo Arias), jeune opposant exalté (Carlos Castella) ou adulte exilé (Marcos Montes), le chanteur de cabaret, entre comédie burlesque et tragédie humaine, se pare d’une dimension complexe qui interroge le statut de l’artiste face à un régime autoritaire et sa capacité de résistance par la provocation, la légèreté, et l’insoumission.

Dans un dispositif scénique épuré sur fond de palissades noires, les acteurs chanteurs s’emparent à merveille d’un imaginaire mythologique où Eva Peron s’apparente à celle de Copi comme du répertoire espagnol à celui de Marilyn Monroe en passant par David Bowie dans une envolée baroque et endiablée.

Grâce à une esthétisation poétisée et une mise en scène brillamment orchestrée, les protagonistes impriment à cette fresque historique tout le surréalisme, la démesure et la folie propres à ces deux destins hors normes marqués par un sens inné de la représentation.

Un spectacle enlevé et bigarré, olé !

-Amaury Jacquet-

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 23 avril 2011

Loc : 01 44 95 98 21

 


Laisser un commentaire




Si vous voulez montrer une photo avec votre commentaire, aller chercher Gravatar.