Tell Me Lies, un film de Peter Brook, version restaurée.
En salle le 10 octobre 2012
Synopsis : invisible depuis 1968, un film du grand dramaturge Peter Brook. Au coeur du Swinging London de 1968, au croisement de la Beat Generation de Ginsberg, des Black Panthers et de la contre-culture pop, trois jeunes anglais, horrifiés par la photo d’un enfant vietnamien blessé, essaient de comprendre la spirale de la violence de la guerre du Vietnam et de surmonter leur sensation d’impuissance…A travers chansons, témoignages et manifestations publiques, Peter Brook signe une de ses plus grandes oeuvres : un film satirique d’une ironie dévastatrice sur l’absurdité de la guerre.
« Tous les pamphlets ont été écrits » : en 1968, alors que les esprits s’échauffent, que la rue bouillonne et que la majorité des artistes œuvrent en faveur de la paix et des droits civiques, Peter Brook signe une oeuvre unique en son genre, presque clandestine mais vivement critiquée. Un travail en amont et le miracle de la restauration permettent le retour dans les salles 44 ans plus tard de Tell me Lies.
Adapté de sa pièce de théâtre la plus ouvertement politique, Us mis en scène pour la Royal Shakespeare Company en 1965, Tell me Lies surprend de bout en bout par ses propositions plastiques et scénaristiques.
Tell me Lies n’est pas un simple film, c’est une oeuvre polymorphe où le documentaire croise la fiction et même la performance (à retenir : la géniale séquence sur les « 1001 façons d’être réformer »). Il s’agit ici de briser les frontières du genre comme il faut briser celles du monde pour « ancrer le Vietnam dans le quotidien », selon la volonté de Peter Brook.
Très théâtrale sur bien des aspects et notamment par son rapport frontale avec le spectateur, Tell Me Lies pourrait s’apparenter à une tragi-comédie : l’allégresse du Swinging London n’efface pas les profondes remises en question d’une société, les chansons aux mélodies entrainantes sont à écouter pour leurs paroles féroces.
Le film nous propose autant de voies que de voix, le fil conducteur étant ce trio de londonien choqué par la violence de cette guerre (fabuleux Mark Jones, Pauline Munro et Robert Lloyd – dans leurs propres rôles ?). De rencontres en rencontres, entre diner mondain et manifestations, les discours se croisent, les rythmes s’alternent, les points de vue divergent. D’abord dérouté, on reste médusé par ce film hybride qui, malgré tout, ne manque pas de cohérence.
Il est question pour le metteur en scène de redonner un souffle à la création et à son contenu revendicatif. En effet, la force de Tell me Lies ne réside pas en une prise de parti radicale. Ni tout noir, ni tout blanc, Peter Brook choisit la nuance et laisse le spectateur à sa propre réflexion. Le réalisateur exige que « chacun reparte chez soi en essayant de dépasser cette simple opposition d’être pour ou contre la guerre » alors qu’à l’époque, et surtout dans une Angleterre alliée aux Etats-Unis, les opinions tranchées étaient de rigueur.
Tell me Lies se vit comme une expérience, un miroir tendu au spectateur d’hier et d’aujourd’hui car, si la guerre du Vietnam est bien finie, l’actualité ne reste pas sans conflits. Par sa diversité formelle, c’est aussi un exemple pour tous les créatifs qui cherchent à renouveler le 7e art et la force de l’image.
Mégane Mahieu
Categorie: Cinéma, Critiques Films






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