The Ghost Writer de Roman Polanski
The Ghost Writer est adapté du roman à suspens « L’homme de l’ombre », de Robert Harris, journaliste politique, observateur du monde politique britannique et de ses coulisses, qui cosigne avec Roman Polanski le scénario.
Le cinéaste signe un long métrage virtuose qui combine efficacement le thriller politique et le suspens hitchcockien, servi par une leçon de mise en scène savamment orchestrée et esthétisante.
L’écrivain et ami, en charge de rédiger initialement les mémoires de l’ancien premier ministre britannique, Adam Lang, s’est noyé dans des circonstances troublantes. Pour terminer son travail, la maison d’édition fait appel à un nouveau nègre (en anglais un ghost writer, un « écrivain fantôme ») qui rejoint la luxueuse villa moderne des Lang, loft ultrasécurisé perdu sur une île coupée du monde. Sa mission se complique par la polémique politico-judiciaire qui éclate au même moment : Lang est accusé accusé d’avoir aidé la CIA en favorisant l’enlèvement de terroristes islamistes. Calomnies ? Le job s’avère alors d’autant plus périlleux que l’homme est candide de la sphère des puissants et qu’en découvrant des papiers intrigants de son prédécesseur, il va devoir enquêter à ses risques et périls. Et se retrouver malgré lui au cœur d’un imbroglio de pouvoir et d’influence machiavélique avec la mort aux trousses.
Le cinéaste instaure une ambiance pesante et claustrophobe où la menace est palpable à chaque plan et centrée sur l’écrivain fantôme qui lui confère une efficacité redoutable. En immergeant un personnage ordinaire dans une ambiance hostile et sophistiquée à l’extrême, il en accentue l’impression paranoïaque et d’enfermement du protagoniste où la perversité de l’entourage des Lang s’exerce naturellement.
Avec des dialogues ciselés et une ironie mordante, The Ghost writer est un régal de sobriété et de machination insidieuse.
Le décor très élaboré, constitué par la maison high-tech où le clan de l’ex premier ministre accueille le nègre, est l’élément fondateur de la mise en scène. Symbolique du piège bunker, elle cristallise l’hostilité du lieu avec son architecture épurée aux lignes géométriques froides, aux matériaux sombres, et aux baies vitrées qui s’ouvrent sur un paysage sauvage inhospitalier composant l’île. Au gré de ses corridors mystérieux et de ses pièces secrètes, les personnages, sous une lumière voilée, s’isolent où se rencontrent. Et cette narration architecturale, comme procédé de mise en scène, participe méthodiquement à l’intrigue par ce qu’elle cache et ce qu’elle dévoile, en focalisant les moments d’angoisse et de trouble.
Le réalisateur distille aussi des scènes d’apparence anodines mais placées sous le signe de l’inquiétante étrangeté qui entretiennent le suspens : un employé de maison qui s’acharne à remplir une brouette de feuilles mortes en plein vent, un vieil homme qui jure avoir vu l’impensable au milieu de la nuit lors de la noyade du premier écrivain, une balade en voiture guidée par un GPS perturbante, et le passage d’un bout de papier dans une réception porteur de la révélation cruciale.
Les acteurs sont tous formidables, Pierce Brosnan, est particulièrement crédible en ex homme fort du pouvoir, capable de passer d’un moment à l’autre de l’exaspération à la sérénité la plus complète, de la prestance à la décontenance, en imprimant une auto-dérision à son personnage. Olivia Williams dans le rôle de son épouse est pleine d’ambiguïté, à la fois manipulatrice et fragile, tranchante et blessée. Quant à Ewan McGregor, il est parfait dans l’écrivain naïf, avenant et sympathique dont le jeu se charge d’une tension croissante aux prises avec avec les rebondissements successifs et multiples .
Au delà de la forme du thriller efficace, la clé de l’énigme se trouve aussi dans la présentation d’un homme politique placé et manipulé plus ou moins indirectement par une puissance étrangère et dont l’épilogue final rappelle son impossible vérité…
Sorti en salles le 03 mars 2010
-Amaury Jacquet-
Categorie: Cinéma, Critiques Films












A aller voir rapidement
Sur le papier, le dernier Polanski ne remporte pas la palme de l’originalité. Thriller politique, genre phare des années 70, réactualisé post 11 septembre avec un ex James Bond en ex premier ministre de Sa Gracieuse Majesté, The ghost-writer se présente comme un bon divertissement de plus. Première mission accomplie puisque le film est haletant de bout en bout, malgré une intrigue en vérité peu passionnante. L’enquête menée par le nègre introduit dans le cercle intime d’Adam Lang devient très rapidement nôtre. Comme lui, on a envie de savoir, et ce, jusqu’à la révélation finale. Mais là comme ailleurs, la réussite du film tient en un mot : maîtrise. Maîtrise de la mise en scène (et des mises en situation), maîtrise des lieux, des angles de vue, de l’interprétation. Adepte des ambiances oppressantes, des lieux fermés, voire des huis clos, Polanski montre ici toute l’étendue du talent d’un cinéaste en pleine possession de son art. Il sait surtout jouer avec tous les temps de la narration. Le début du film en est un parfait exemple : on comprend en trois ou quatre plans la mort du nègre précédent, puis on suit étape par étape l’itinéraire de son successeur, avion, ferry, taxi, long chemin le menant à cette villa improbable et superbe, perdue au bout d’une île venteuse. Si l’ex premier ministre a installé ces bureaux là, il doit bien y avoir une raison… Il y aurait mille autres exemples. Avec Polanski, le temps se tend, se distend, se fractionne. Côté interprétation, aux côtés d’un Ewan McGregor lumineux et déterminé auquel la maturité va décidément très bien, Pierce Brosnan est excellent en faux despote charismatique. Leurs échanges (ah, la beauté de la langue anglaise dite par des britanniques !) sont tous d’un très haut niveau. Auprès d’eux, il faut saluer les excellentes Olivia Williams et Kim Cattrall, ainsi que le très british Tom Wilkinson. En résumé, ne se contentant pas d’être un excellent thriller, The ghost-writer est aussi un excellent film.
Oui, Jérome, Polanski nous montre de son écriture cinématographique que si filmer est un métier c’est aussi et surtout un art à part entière…
Je suis bien d’accord, pas hyper original mais tellement bien maîtrisé! la construction et le suspens nous tiennent en haleine jusqu’au dénouement final, les plans de la villa maintiennent l’atùosphère pesante du film… Comme quoi le comment est aussi important, voire plus, que le pourquoi final!
Nice one++
Amaury a tout dit mais, juste un petit truc: le « ghost », en fait, s’il se laisse embarquer dans cette histoire, perd, au fur et à mesure, sa naïveté et finit par en devenir l’un des protagonistes. Il prend ainsi la main du spectateur qu’il accompagne dans cette quête de la vérité…
Autant j’adore les décors de cette ile, et de la magnifique villa… autant j’aime les acteurs… autant le scenario laisse à désirer, l’intrigue comporte peu de rebondissements, la fin trop facile… Polanski veut faire un bon film mais au final c’est plat… comme l’ile…
Un film magistral, qui doit beaucoup à son scénario.