The Suit adapté et mise en scène par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et Franck Krawczyk, à Paris

Théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 5 mai 2012
Peter Brook avait monté en 1999 en langue française « Le costume » tiré d’une nouvelle de l’écrivain sud-africain Can Themba. Un conte drôle et cruel qui a voyagé depuis à travers le monde, de Joannesburg en passant par Londres. Aujourd’hui, l’ancien directeur du Théâtre des Bouffes du Nord reprend en anglais ce texte « The suit » avec ses deux compères d’Une flûte enchantée, Marie-Hélène Estienne et le compositeur Franck Krawczyk, sur des chansons et une musique interprétées en live. Avec cet art théâtral de tous les instants qui n’appartient qu’à lui, il nous offre en partage dans cet endroit magique, un pur moment d’universalité.
Dans la chaleur poussiéreuse de Sophiatown, un jeune homme (William Nadylam magnifique) transi d’amour rentre chez lui à l’improviste pour y trouver sa belle (Nonhlanhla Kheswa à la voix d’or), au lit avec son amant (Jared McNeill parfait).
Ce dernier s’échappe, mais laisse derrière lui son costume. A défaut de s’expliquer avec son épouse, le mari impose désormais un rituel aussi diabolique que pervers. Le vêtement sera traité comme un invité d’honneur et convié à partager leur quotidienneté comme leur intimité. Combien de temps la dulcinée supportera-t-elle cette punition et son amoureux finira-t-il par pardonner ?.

Cette fable à la fois intense, déchirante, souvent cocasse convoque la grande et la petite histoire avec une mise en abîme entre machisme et soumission, amour et illusion. Où la sentence infligée par l’époux trompé ne peut se concevoir qu’au regard du régime d’humiliation et d’oppression instruit par l’apartheid dont s’imprègne la pièce, capable de transformer un homme éperdu d’amour en bourreau insidieux.
Sur le plateau pas de décor mais une dizaine de portants mobiles qui délimitent l’espace. Pour composer tantôt le lieu de vie modeste du couple, un café clandestin où encore celui d’une association de femmes noires. Ils deviennent aussi en un instant inspiré une fenêtre, une porte, un arrêt de bus et un autocar.
De même les chaises colorées sont en un éclair des lits, des meubles, une cuisinière, un évier. Et le tout habillé par les sublimes lumières de Philippe Vialatte où l’épure, la subtilité et la fluidité de la mise en scène servie par une direction d’acteurs au cordeau, font merveille.

Les musiciens blancs Raphaël Chambouvet (piano), Arthur Astier (guitare) et David Dupuis (trompette) se mêlent aussi au jeu des comédiens noirs ainsi que des spectateurs choisis au hasard dans le public dans un esprit ludique, vivant.
Et sur les sonates de Franz Schubert en passant par Violetta Parra à Miriam Makeba se fait entendre à fleur de peau la complainte d’amour et de souffrance.
Un écho qui emporte avec lui d’infinies résonances…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre






