Tout, tout de suite, un livre de Morgan Sportès
aux Editions Fayard
Morgan Sportès écrit un livre qui n’est ni un roman, ni une nouvelle, ni un thriller, mais qui relate étapes par étapes, et voire même mots pour mots un fait divers horrible qui a eu lieu en janvier 2006.
C’est l’histoire de ce beau jeune homme, Ilan Halimi, enlevé, puis séquestré durant 24 jours et qui meurt dans des conditions atroces. Pour rien. Uniquement parce que ses ravisseurs, des jeunes de banlieue, voulaient de l’argent, beaucoup et tout de suite. C’était « Le gang des barbares » et leur chef était Youssouf Fofana.
Le récit est absolument cynique, aussi terrible que cette action qui n’a aucun sens. Morgan Sportès ne fait que rapporter les faits, les coups de fil, les mots des ravisseurs, les échanges de mail, après une enquête scrupuleuse, presque scientifique. De façon froide, rigide, sans jugement. De manière policière, comme une rédaction de multiples rapports. L’auteur démontre également que les ravisseurs sont très bêtes, creux, vides, sans aucune logique. La seule valeur qu’ils ont : l’argent ; ils veulent de l’argent, sans rien faire. Et sont prêts à tout pour en avoir… « Tout, tout de suite ».
Le pauvre Elie. On ne sait rien sur lui. On ne peut pas lui donner la parole. Il est mort. On a juste quelques échos de ses parents quand ils étaient en communication avec la police. Oui, c’est un livre politique. Oui, c’est un livre qui dénonce l’absurdité des faits, l’absurdité des actes de la police. Et on parle aussi d’antisémitisme. Mais pour le chef du gang, « il fallait un juif car les juifs ont de l’argent »… Et Ilan était juif… Mais pas riche.
On sort de ce livre, complètement vidé. On a du mal à réaliser que tout ça a vraiment eu lieu. Ce sont des barbares et les barbares existent. Ils sont partout et c’est la société qui les a rendus ainsi. Et c’est terrorisant. C’est complètement dément. En-dehors de toute dimension humaine. Difficilement supportable.
En quelque sorte, ce livre donne de la valeur à la vie du jeune Ilan Halimi, et à son martyr. Si c’est possible.
Sa mère, Ruth Halimi, avait écrit un livre en collaboration avec Emilie Frèche : « 24 jours : la vérité sur la mort d’Ilan Halimi », en avril 2009. Elle disait que ce livre était un reflet de ce qui se passe aujourd’hui en France : « La vérité sur la mort d’Ilan Halimi, c’est la vérité sur la France d’aujourd’hui. C’est la montée du communautarisme, l’ultra-violence, une jeunesse qui a perdu ses repères, des zones de non-droits où la loi de la cité prévaut sur la loi de la République…Les faits devaient être consignés, pour que ces vérités-là, qui concernent tous les Français, ne nous échappent pas. »
C’était le cri de révolte d’une maman à qui on a volé son fils et massacré son fils, pour rien. Pour une erreur : il n’était pas riche.
Morgan Sportès vient de recevoir le Prix Interallié. Il déclare : « Mon livre est un livre politique. Je me considère comme un anthropologue de notre société, et vingt ans après L’Appât, c’est la même ère du vide, en pire », a déclaré le lauréat. « C’est un symptôme social que je décris, et non un fait divers. »
C’est assez étonnant, choquant et révoltant que le livre de la maman de Ilan Halimi n’ait obtenu aucun prix et que Morgan Sportès soit, lui, félicité… Et son livre sera adapté au cinéma en 2012… Et qu’il va gagner de l’argent sur le dos de… Ilan Halimi. Sans doute beaucoup d’argent…





Là ou le contenu n’a pas l’air de soulever grande réflexion, le titre est très révélateur de l’instant présent. On veut tout, tout de suite et pas seulement chez les jeunes : tout le monde du business est contruit comme ça. Vite, dans un laps de temps record et en cumulant les actions.
Qui prend le temps de s’arrêter qqs minutes dans une journée? On a de quoi se demander ce que va devenir la descendance, celle qui nous regarde d’en bas, probablement effrayé par ce grand méchant rythme, cassant et irrespectueux des limites du corps humain.
Oui, sans doute mais on peut aussi penser que ce sera une génération très dégourdie et autonome, sachant s’adapter à toutes situations. Assurément dynamique vu le rythme que les enfants ont dès leur 4ème mois de vie terrestre :)
Donc, pas de panique… Toujours mettre en avant le positif… Mais pas tout, tout de suite :(