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Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye.

[ 8 ] 13/02/2010 |

Marie Ndiaye a eu le Prix Goncourt 2009 avec son dernier livre : « Trois femmes puissantes ».

En fait, elle écrit sur trois femmes, trois femmes qui n’ont aucun rapport entre elles, si ce n’est l’Afrique.

Apparemment, elles n’ont pas de rapport. Mais en profondeur, oui. Elles sont tout, sauf puissantes. Leur vie ressemble plutôt à une vraie galère. Profondément absurde, et malheureuse.  Excessivement seule.

Mais elles restent debout, quoiqu’il arrive. Et c’est là que réside leur puissance. Elles existent.

J’ai bien aimé l’histoire de Norah et de Khadi. Mais j’ai eu beaucoup plus de mal à lire celle de Fanta, sans doute parce qu’elle est racontée par son mari. On la découvre à travers-lui et plus rien ne semble cohérent. C’est une histoire de femmes, il donc impensable de la faire raconter par un homme.

L’histoire de Nora est l’histoire d’une femme « moderne » qui a choisi sa vie. Ou en tout cas, le pense-t-elle jusqu’au jour où son père, particulièrement inhumain, l’appelle et lui demande de l’aide. Elle part le rejoindre en Afrique, pour quelques temps…

Elle avait divorcé et s’était « reconstruit » avec sa fille Lucie, avait acheté un appartement, son « havre de paix », avait un beau métier (avocate), mais sa vie ne ressemblait pas à celle qu’elle avait souhaitée.

« Elle n’arrivait plus aujourd’hui à reconnaître l’amour sous la déception, elle n’avait plus l’espoir d’une vie de famille ordonnée, sobre, harmonieuse.

Elle avait ouvert sa porte et le mal était entré, souriant et doux et obstiné.

Après des années de méfiance, lorsqu’elle avait quitté le père de Lucie puis acheté cet appartement, après des années d’austère édification d’une existence honorable, elle avait ouvert sa porte à l’anéantissement de cette existence.

Honte à elle.

Elle ne pouvait le dire à personne. »

Ce n’est pas la même chose pour Fanta, car on la découvre à travers son mari, Rudi. Il pense qu’elle se morfond en France et qu’à cause de lui, elle a quitté son Sénégal natal et qu’elle en est très malheureuse. Mais elle ne s’exprime nullement et ce n’est qu’à travers son mari, qu’on puise les ressentis de Fanta. Ce qui est bien regrettable. Tout ce récit m’a semblé très long, avec des phrases qui n’en finissent pas.

On cherche durant tout le récit le rapport avec la première histoire. Je ne l’ai pas trouvé !

Le troisième récit est certainement le plus poignant et le plus dur : celui de Khadi et sa descente aux enfers, bien malgré elle. L’auteur décrit ses souffrances, souvent inhumaines avec beaucoup de justesse, un vocabulaire saisissant et une sensibilité à fleur de peau. Et la dureté des rapports humains. Beaucoup d’analyses très justes sur les capacités à endurer des choses, à gérer les relations à l’autre et à garder une estime de soi positive, malgré les horreurs vécues, pour continuer à vivre.

Le style est assez remarquable, et je pense que c’est un livre à conseiller, même si les récits sont très inégaux quant à leur intérêt. La femme reste puissante malgré son extrême dénuement.

Je n’avais pas du tout vu que l’oiseau était le fil directeur du roman. C’est l’oiseau, sous toutes ses formes qui relient les trois histoires. Jamais perçu durant ma lecture, mais je l’ai entendu dans une interview… Comme quoi, il est important d’entendre l’auteur pour comprendre toute la finesse de son roman.

- Bénédicte -

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Commentaires (8)

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  1. avatar Amaury dit :

    Oui, l’auteur a précisé que cette force intérieure reliait ces trois destins féminins. En tout cas, c’est bien que le prix Goncourt 2009 ait été attribué à cette oeuvre réaliste.

  2. avatar Benedicte dit :

    Tu l’as lu ? Il parait aussi que c’est « l’oiseau » qui relie les 3 histoires. Je ne l’avais pas remarqué en le lisant, mais j’ai entendu l’auteur l’expliquer : l’oiseau sous différentes formes et qui a ses représentations psychanalytiques différentes en fonction de …

  3. avatar C. dit :

    A te lire, on reste assez dubitatif sur la cohérence de l’ensemble. Dommage qu’on ne puisse y voir un lien plus…concret entre les 3 desseins (sachant qu’on doit l’attendre pendant tout le roman !). Et le coup de l’oiseau…me paraît un peu tiré par la plume (hum) !

    En tout cas, en plus de la qualité du billet, belle mise en page !! Tu meriterais bien la palme du chroniqueur pour janvier-février !

  4. avatar Benedicte dit :

    Ouah ! Très gentille remarque d’un super fan ! Bizarre, non ?
    Encore et encore, c’est bon pour mon égo ! Surtout que ce n’est pas vraiment mérité ! Mais ça fait plaisir :)

  5. avatar E. dit :

    Rooooooo, mais oui ! J’aime l’idée de l’oiseau que je trouve assez bien pensée ! Et pas du tout tirée par la plume !

  6. avatar Gangoueus dit :

    Bonjour Bénédicte,

    Je viens de lire votre conclusion et vous relevez un point que j’ai mentionné dans mon commentaire : Les oiseaux sont le fil conducteur, le principal lien entre toutes ces histoires :
    Le père et la fille perchée sur une branche.
    La buse incarnant la belle-mère.
    Et la fin de Khady, vous me comprendrez.
    Les oiseaux symbolisent à mon sens l’âme d’un individu – lugubre pour les rapaces de nuit, royale – pour les rapaces diurnes nobles comme l’aigle, charognards donc malfaisant…
    Dans mon commentaire, je laisse entendre que la 2è femme puissante n’est peut-être pas Fanta, mais sa belle-mère, la buse, ce qui donne un sens nouveau au texte…

  7. avatar Gangoueus dit :

    Selon certaines croyances négro-africaines, les sorciers dorment tels des hiboux sur les arbres. Les êtres maléfiques. C’est une clé importante à mon avis pour comprendre le premier texte. Si Norah voit son père, c’est qu’elle est dotée de la même puissance que lui et qu’elle peut donc l’affronter sur le terrain où il est le plus dangereux. Sa puissance est là et la force de la scène étrange qui clot ce texte réside sur ce point. On comprend d’ailleurs la virulence de l’attaque du père tentant de la destabiliser quand, elle lui suggère qu’elle connait ses pratiques…

  8. avatar Benedicte dit :

    Merci Gangoueus. Vos remarques sont très judicieuses et me permettent de mieux comprendre ce livre et de donner une autre profondeur à ces nombreux messages.
    c’est agréable de pouvoir capter autrement l’histoire. Je pense que vous avez une perception très fine et très psychanalytique des 3 femmes puissantes.

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