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Un Prophète de Jacques Audiard

[ 14 ] 08/09/2009 |

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Qui a dit qu’on ne pourrait pas livrer une critique en bonne et due forme ! Allez, on est parti ! Grand prix du festival de Cannes 2009, le film de Jacques Audiard est effectivement un véritable chef-d’œuvre.

Mais qu’est-ce qui fait d’un film un chef-d’œuvre ? Une mise en scène géniale, des acteurs exceptionnels, une bonne histoire ? Raconter des histoires, c’est tout de même le but premier du cinéma… Comment le faire tout en la rendant carrément exceptionnelle ? Pour cela, demandez à Jacques Audiard.

Voilà un film sur la prison différent de tous les autres films sur la prison. Un Prophète ne nous raconte pas une histoire d’évasion mais bien celle d’un jeune homme de 19 ans, Malik El Djebena, condamné à six ans ferme, et de son difficile parcours initiatique. Entre les murs de la Centrale, son destin va se tracer et sa vie, changer du tout au tout. Rapidement sous le joug du parrain corse César Luciani (Niels Arestrup hallucinant), Malik observe, apprend et peu à peu, devient plus malin que les autres.

La tension qui règne dans ce film, derrière les barreaux de cette prison, est unique. Tout n’est que corruption, le clan des corses régnant en maître sur les gardiens mais aussi sur les porte-paroles des plus hautes instances, avocats et autres chefs de détention. Ce qui se joue ici est bien plus complexe que de simples règlements de comptes et abus de pouvoir de matons sur prisonniers, refrain connu par cœur par le moindre spectateur ayant vu un film « du genre ». Ce qui se joue ici dépend de votre couleur de peau, de votre religion, de qui vous êtes et surtout, de qui est au-dessus de vous. Et ils ont beau être à l’extérieur, vos amis, votre famille et votre patron vous suivront en prison. Et si vous êtes seul, alors tant pis pour vous. Malik, lui, ne restera pas seul très longtemps. Contraint à diverses « missions » en échange d’une « protection », le petit arabe fragile et analphabète n’a pas dit son dernier mot.

Prophète

Un Prophète… Un devin ? Un messager ? Un visionnaire ? Le réalisateur a avoué sa volonté de faire un anti-Scarface en créant empathie et identification autour de son personnage. Un exemple à suivre alors ? Difficile d’en parler sans entrer dans des détails qui gâcheraient à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu le plaisir de la découverte.

La mise en scène est magistrale. Le mouvement perpétuel de la caméra épaule nous plonge en profondeur dans ce monde cruel de la prison, toujours au plus proche de notre personnage. Jamais la peur permanente n’a été si palpable, les coups si douloureux. Jamais le sang n’a été aussi rouge et épais. Le réalisme des décors y est aussi pour beaucoup, sans doute, bien qu’ils soient totalement fictifs. La cour, les cellules et même le mitard sont si réels qu’on s’y sentirait presque claustrophobe.

Ce thriller de 150 minutes, loin d’être dépourvu d’humour, passe ainsi « comme une lettre à la poste », aussi abrupt soit-il. Et c’est en grande partie grâce au jeu subtil et minimaliste de l’ovni Tahar Rahim, acteur débutant qui porte sur ses (pas si) frêles épaules le chef-d’œuvre de l’année. La véritable Palme d’Or pour une majorité de spectateurs cannois. Et pour nous, cela va de soi.

-Caroline Mrowicki-

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Commentaires (14)

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  1. avatar C. dit :

    I love – génial ce reverse-comment !!
    Appuyé sur de bons arguments tout ça. Bien bien… ça me donne envie de le voir !!

  2. avatar Bénédicte dit :

    Je viens juste rajouter une « news » :Jacques Audiard vient de recevoir le Prix Louis Delluc 2009 pour ce film. Après avoir reçu le Grand Prix au Festival de Cannes, il est de nouveau primé et a été sélectionné comme candidat de la France aux Oscars. Il a été également sacré meilleur film au Festival de Londres. Déjà 1,2 millions de spectateurs.
    Cela me rend triste. Tout le « monde » apprécie donc la violence et même la réclame, le recherche. Cela me terrorise. Dans quel but ?
    Je suis davantage encore sous le choc, et en aucun cas, sous le charme de ce film, qui représente toutes les mauvaises « valeurs » de la société. Mais l’homme est un « animal » qu’il faut maîtriser et instruire…

  3. avatar Caro dit :

    Eh bien, voilà un avis bien réac’ à mon goût.. Je crois simplement que tu es passée à côté de ce film qui, loin de prôner la violence, ne fait que la constater. Le monde n’est pas plein de bisounours (malheureusement ^^) mais plein d’homme violents, et particulièrement dans les prisons! C’est le réalisme de ce film qui a plu à tout le monde, malheureusement..

    Mais des goûts et des couleurs…

  4. avatar E. dit :

    Je pense que le film dénonce plus qu’il ne représente les mauvaises valeurs. Je l’ai vécu comme un constat. Du genre : « voilà comment ça se passe ».
    Mais c’est vrai que les gens aiment la violence, les sensations. Je comprends qu’on puisse être mal à l’aise. C’est un moyen de ressentir des émotions fortes dans ce monde aseptisé où l’on peut éprouver le besoin de se sentir exister, de penser à autre chose, et de se dire qu’il y a moins bien loti que nous :)

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