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Un Tramway d’après Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams

[ 6 ] 25/11/2011 |

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 17 décembre 2011 (reprise)

Le tramway d’après Tennessee William met en scène une grande actrice, Isabelle Huppert, dirigé par Krzysztof Warlikowski, aux créations contemporaines marquantes et dérangeantes, dans une réécriture du dramaturge lyrique Wajdi Mouawad.

Blanche Dubois (Isabelle Huppert), sa valise à la main s’invite chez sa soeur. Ses rêves trahis, son désespoir sont encore des secrets qu’elle n’a jamais partagés avec personne. Elle n’a nulle part où aller, où fuir ce qu’elle est devenue.  Et son dernier refuge, au bout de la ligne de ce tramway nommé Désir, est un appartement où la proximité des corps, nuit après nuit, pendant des mois finira par tourner au drame.

Dans un décor aseptisé et froid qui reconstitue un loft impersonnel sur fond de pistes de booling avec en arrière plan une passerelle de verre surélevée, apparaît décomposée, Blanche vociférant des bribes de mots. Cette première scène, délirante, installe d’entrée son personnage dans la névrose désincarnée autour duquel la pièce va être essentiellement articulée, au détriment des autres protagonistes à l’implication trop secondaire.

Il va s’en suivre de la part de l’actrice, confrontée à une déconstruction narrative, un jeu très démonstratif pour exprimer tour à tour l’hystérie, la folie, la fêlure, la déchéance, la solitude, l’humiliation, la culpabilité, l’impossible réconciliation, et inscrire l’héroïne dans une représentation, certes tragique, mais artificielle.
Cette descente aux enfers d’une âme abîmée par la vie ne procède pas d’une incarnation théâtrale en raison de sa déshumanisation outrancière qui interdit toute appropriation et de la distanciation qu’elle fait naître vis à vis de ses partenaires.
Le parti pris du metteur en scène, Krzysztof Warlikowski, accentue la cassure par une bande son parfois assourdissante, une vidéo omniprésente et grossissante qui filme l’actrice en gros plan, des iconographies projetées en fond de scène, un texte déstructuré avec des dialogues très approximatifs, des monologues aux citations savantes empruntées à Tasse, Platon, Sophocle, Dumas, Wilde, et populaires avec Coluche.

Ce sont trop d’effets, trop de références mythologiques, avec une absence de ligne directrice, pour le théâtre psychologique de Tennessee Williams et la pauvre Blanche, maladroitement humaine et fragile.

On reste donc frustré que cette scénographie sophistiquée et crépusculaire n’ait pas trouvé sa juste résonance et que cette mise en abîme, qui ne manquait pourtant pas d’atouts, soit restée un pur exercice de style, dommage…

-Amaury Jacquet-

 


Commentaires (6)

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  1. avatar Annie Bessières dit :

    J’ai eu l’impression de m’être fait avoir: y aller malgré les mauvaises critiques parce que,Isabelle Huppert, quand même… quel ennui, malgré le bruit et la fureur, qui tiennent hélas lieu de mise en scène; et Mademoiselle Huppert…pathétique!

  2. avatar E. dit :

    Critique assez demonstrative, a l’inverse de la pièce. On n’a guère l’occasion de te lire dans ce registre. Tu ne manques pas d’arguments et ça reste constructif. On passera notre chemin !

  3. avatar Caro dit :

    C’est comme tout: Trop de sophistiqué tue le sophistiqué!! Une fois de plus apparemment!!
    Dommage pour Isabelle…

  4. avatar C. dit :

    Ca taille sec…! En même temps fait pas de mal de tomber d’où on s’est perché… surtout si on a mal choisi sa branche…

  5. avatar Caro dit :

    Haha, bien dit C.!

  6. avatar Benedicte dit :

    Oui, mais c’est quand même bien dommage ! et triste…

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