Un zoo en hiver, de Jiro Taniguchi (casterman)

Jirô Taniguchi, très cher à Publik’Art (autant vous dire immédiatement qu’il nous est très difficile d’être impartial tant notre admiration est grande) a sorti son dernier manga chez Caterman : Un zoo en hiver. C’est tout chaud, on vient de le lire et on le regrette déjà. On vous en avait parlé dans ce billet mais on vous rappelle quand même son petit résumé :
Le jeune Hamaguchi, employé d’une société de textile en gros dans les années 60, n’a pas la fibre de la plupart des gens de son âge. Plutôt que de fréquenter les clubs de sport, il préfère assouvir sa passion du dessin en allant croquer sur le vif les animaux du zoo de la ville.
Mais même ce dérivatif ne suffit pas à combattre l’ennui qu’il ressent. Dès l’année suivante, sollicité par un ami de lycée, Hamaguchi part pour la capitale, Tôkyô. C’est là, un peu par hasard, que sa route croise celle d’une communauté professionnelle un peu particulière: celle des auteurs de bande dessinée, les mangakas…
D’abord, le contexte de l’histoire pourrait laisser croire à un récit autobiographique. Il ne semble pas néanmoins que ce soit le cas, mais on peut toujours se permettre de dire que Taniguchi s’est sans doute fortement inspiré de son propre vécu de jeune mangaka. Si Hamaguchi devient assistant de mangaka, ce n’est pas pour dessiner des mangas érotiques mais des shonen (manga d’aventure pour les jeunes) à la différence de Taniguchi à ses débuts (pour ceux qui l’ignoraient encore, c’est avec les mangas érotiques que la plupart commence pour avoir un peu d’argent).
Ensuite, l’histoire en elle-même est abordée avec toujours autant de délicatesse. Le temps de la lecture est suspendu comme au dessus d’un jardin japonais. Du zen que l’on respire dans un zoo d’hiver bercé de mélancolie. La narration est toujours subjective (le lecteur est Hamaguchi) intimiste et introspective. On s’identifie sans mal au personnage, comme d’habitude. Les graphismes sont également au rendez-vous, à la fois simplistes et diablement détaillés. Un paradoxe réservé à Taniguchi.
L’histoire permet notamment de se faire une idée de la vie d’un mangaka qui ne vit que pour sa publication, oublie de dormir et ne fait qu’un avec son équipe d’assistants qui suivent exactement le même rythme (si ce n’est plus soutenu). Une vision de l’industrie du manga pas toujours optimiste puisqu’elle peut faire peur tant elle accapare la vie de ces mangakas. On a enfin une vue interne de ce monde si lointain du nôtre. Un monde où la valeur travail est défendue avec la plus grande ferveur. Outre ce petit voyage fort dépaysant, Taniguchi nous offre un début et une fin d’histoire plutôt fleur bleue et dont on aurait bien volontier pu se passer… Heureusement, la fin n’est que suggérée [spoiler : j'espère que la fifille n'a pas tardé à mourir après ça] et on peut tenter de se convaincre qu’elle n’est pas forcément heureuse. Quoiqu’il en soit, on attend déjà le prochain Taniguchi !




Comme quoi… n’ai pas eu le sang de m’y risquer. P’tet ben, en dépit d’la dépitation d’la fin?!
ouais, c’est pas ce qu’il a fait de mieux mais c’est quand même très bon quand on s’intéresse aux mangaka et à leur vie. D’autant plus, qu’il a confirmé dans des interview que pour cet aspect, c’est de sa vie qu’il s’est inspiré.
Ce billet date d’un bon bout de temps mais bon… je peux quand même laisser un petit commentaire ^^ ?
Je viens de lire ce manga il y a pas longtemps, et comme toujours avec Taniguchi on retrouve cette ambiance inimitable à la fois nostalgique, mélancolique et un peu planante comme l’article le dit bien. Niveau graphisme, c’est du Taniguchi, personnellement j’adore mais il faut dire que sa manière de dessiner est assez spéciale si on le compare aux nombreux mangas plus ou moins formatés qu’on trouve aujourd’hui. Par là je trouve que Taniguchi est plus « roots », un peu hors modes, ce qui fait sa force.
Au niveau du scénario c’est vrai qu’il est fleur bleue, la fin aurait pu être un peu plus tragique… Comme souvent avec Taniguchi j’ai préféré de loin certains passages de l’histoire à d’autres, notamment tout le passage où le perso principal découvre l’ambiance « studio de mangaka » et bar d’artistes, je pense que tout ceux qui ont suivi des études plus ou moins « artistiques » se retrouvent dans ce passage un peu dingue où on réalise dans quoi on s’est lancé. Bref je m’écarte un peu, tout ça pour dire que certains passages valent vraiment le coup !