Suivez le flux RSS

Valse avec Bachir de Ari Folman

[ 11 ] 22/04/2010 |

18947035_w434_h_q80

Valse avec Bachir (césar du meilleur film étranger et tant d’autres…) est une oeuvre cinématographique tout à fait inédite puisqu’elle marie animation et autobiographie. Le personnage principal n’est autre qu’Ari Folman, le réalisateur israélien, et pour l’avoir vu lors d’interview, la ressemblance avec le personnage animé est frappante (à noter qu’il double lui même la voix de son personnage dans la V.O.). Mais en plus de son aspect autobiographique, c’est-à-dire du point de vue subjectif de l’histoire, le réalisateur lui revendique celui la qualité de documentaire. Valse avec Bachir est donc un documentaire animé autobiographique.

Il nous sera difficile de vous retranscrire le contexte de l’Histoire puisque c’est ce contexte qui fait l’histoire. Ainsi, pour maintenir votre intérêt nous ne préciserons que les grandes lignes : la guerre du Liban. Cette guerre était – très grossièrement - une guerre communautariste opposant les libanais entre eux, les chrétiens aux musulmans pour la prise du pouvoir en 1975. C’est aussi et surtout une guerre régionale. Avec d’abord l’intervention des palestiniens et de leurs forces armées (l’OLP) qui combattent les milices chrétiennes libannaises après avoir affronté l’armée libanaise elle-même. C’est ensuite à la Syrie de s’en mêler en entrant au Liban pour contrôler l’OLP dans ses débordements (en alliance tacite avec les chrétiens) avant de se retourner contre les chrétiens en réaction du rapprochement de l‘Egypte avec Israël (accords de camp David).

18937459_w434_h_q80

Pour des raisons géo-politiques évidentes, la Syrie fait ainsi le choix de contrer Israël par partie interposée (à l’instar de la guerre froide) en construisant, à partir de la présence palestinienne au Sud du Liban, une base de pouvoir pour contester l’influence d’Israël dans la région. Pour un ensemble de raisons liées à la monté des périls en 1979-1980, Israël décide alors de « nettoyer la région ».

Là interviennent les considérations internationnales puisque les mouvements progressistes musulmans gênent de plus en plus les occidentaux, notamment les Etats-Unis. A l’époque, Reagan est au pouvoir et alimente une vision bi-pôlaire du monde : nous sommes en pleine période de guerre froide. Tous ceux qui n’étaient pas avec l’occident étaient du côté du bloc soviétique. D’où la permissivité très forte des Etats-Unis envers Israël (qui a alors carte blanche).

Bashir est le fils du fondateur d’une milice quasi-fasciste chrétienne : les Phalangistes. Bashir intéresse les israeliens car il semble être un allié possible pour installer un régime à la tête d’un pays qui serait le deuxième à faire la paix avec Israël après l‘Egypte. L’idée : utiliser l’invasion israëlienne pour nettoyer le Liban de la présence palestinienne, sortir la Syrie du Liban en renversant les rapports de force, installer Bashir à la tête du Liban qui signera ensuite un accord de paix avec Israël tout en installant un régime proche de ce dernier.

18939624_w434_h_q80

Malheureusement, en cours de route, Bashir fut assassiné alors même qu’il était un véritable héros pour l’ensemble des résistants. Principal embryon du déclement de massacres dans les camps muslmans libanais (Sabra et Chatila )par les milices endeuillies de leur chef. Ariel Sharon laissera faire ces massacres en ouvrant l’accès à ces camps aux miliciens (toute l’opération était préparée). Ari Folman, dix neuf ans, fait alors partie de l’armée israelienne.

Le film débute alors qu’Ari, la cinquantaine, est réveillé par un ami qui cauchemarde des souvenirs de cette guerre passée dans les rangs israeliens. C’est ainsi qu’Ari se rend compte qu’il a tout oublié de cette période. Commence alors une longue route à la recherche d’une mémoire oubliée. Une mémoire qu’il retrouvera petit à petit en retrouvant d’anciens camarades. Le spectateur suit  pas à pas la reconstruction du film ; d’une vie. Passionnant, touchant et choquant. Tout y passe. La question étant: qu’à-t-il fait pendant la guerre? A-t-il participé au massacre? A-t-il commis d’autres crimes odieux? Pourquoi donc sa mémoire a voulu oublié – comme l’a fait notre mémoire collective – les vestiges de cette vie là?

18939627_w434_h_q80

La réalisation est sublimée par des couleurs aux symboles forts, une animation elle-même unique (qui donne parfois un aspect étrange, du fait de mouvements qui manquent de naturel, trop « robotisés ») mais qui impressionne et fait plaisir à voir. On assiste à de vrais tableaux animés où le moindre petit détail compte, à l’image d’une mémoire défecteuse. Le réalisateur affirme qu’il ne pouvait pas retranscrire sa mémoire autrement que par visions d’animations. L’effet aurait perdu de sa force s’il en avait été autrement. L’animation est donc en elle même un symbole.

Quant à la bande son, (elle aussi a été récompensée), c’est un compositeur électro qui a été mis aux commandes et le résultat est planant. La musique occupe une place de premier choix avec des titres tantôt électro, tantôt électro-pop- rock… Très sympa!

Valse avec Bashir est donc un film en tous points unique, à la fois fantastique et terriblement terre-à-terre. Le septième art a une fois encore été réinventé. Pas de doute, ce film est culte.

- E. -




Commentaires (11)

Trackback URL | Flux RSS des commentaires

  1. avatar Menzo dit :

    A n’en pas douter, ce film a l’air vraiment efficace et étonant tant au niveau du style graphique que de la bande son et de l’histoire. De+ assez différent de son contemporain persepolis, à première vue (je sais, pas du tout pareil en fait). Je m’en veux de ne pas l’avoir encore vu!
    Merci des ptites précisions historiques, c tjr mieux de connaître un tant soit peu le contexte d’un film ;)
    Malheureusement il ne passe plus au ciné, et je ne vais pas l’acheter, comment faire mr president? J’attend votre mail? :)

  2. avatar E. dit :

    Ben je ne vais pas avoir de recette miracle pour toi, Menzo. Il est sans possible de le trouver en streaming de bonne qualité quelque part sur la toile. Essaye http://www.allostreaming.com

    Perso, j’ai acheté le DVD qui vient de sortir et je puis te dire que l’édition est très soignée. Inspirée du neuvième art notamment. D’ailleurs les précisions que j’ai apportées ne sont autres que les souvenirs que j’ai eu des bonus (très bien faits), plus précisément de l’interview d’un prof de sciences Po. très bien faite.

    Pas de solution miracle Menzo, désolé :(

  3. avatar C. dit :

    Ouais bah bonne déchirance vieux Elgaga, tu en retiens de belles choses après cette ingurgitation de docu animo-novateur ! Ale pourra p’tet t’en dire qqchose s’il revient un jour à la surface (bordel kes tu fous saloperie de lyonnais pourri – on va te destituer de ton titre bientôt, jeune branleur !!)??

  4. avatar ale dit :

    salut salut..
    je n’ai pas traversé une période très faste ces derniers temps c’est sur,excuse moi vieux démon…c’est hallucinant comme les articles s’enchainent sur le publik’art en tout cas!au top!:
    sinon la critique de gaelle est vraiment bien ficelée et me pousse davantage a aller à la séance de minuit dans le petit cnp..et oui je n’ai lu que la bd!:((! Mais j’adoooore ce genre de film, souvenons nous aussi de l’excellent persepolis (en l’espèce j’ai vu le film avant de devorer la bd,les contraires m’attirent..) Les films « d’animation » ça a vraiment de la gueule. Ils ne peuvent reposer sur des simples jeux d’acteur ou autres interminables prises de vue (ah les « vides »): le scénario doit être « puissant »(yeah)et les effets comiquesn,tragiques très recherchés pour qu’ils tiennent la route. On apprend beaucoup des choses. Un cinéma de super qualité je pense.!
    ps:je t’assure que j’ai un article tout prèt sur papier,je vais essayer de rattraper le train à la prochaine station..

  5. avatar ale dit :

    oula scuse moi pour le prénom!bien écorché!

  6. avatar E. dit :

    Putain Ale, t’es en pleine forme dis-moi! Tu finis même par féminiser l’équipe… Bon on attend ton article vieux déserteur :). Et ouais, persepolis était vraiment trèsfort également mais dans un tout autre style évidemment. Quand j’ai regardé Valse avec Bashir, j’étais un peu frustré de ne pas en savoir plus sur la situation du Liban à l’époque, c’est pour ça que j’ai fait ce billet. Comme ça vous êtes sûr d’être au point et de tout comprendre!

  7. avatar C. dit :

    Putain j’étais sûr que tu l’avais maté ce moovie vieux Ale… je pensais en avoir parlé avec toi pdt notre dernière virée suissesse !? En tout cas, content de voir que tu remontes dans le train en marche, c’est l’essentiel !

  8. avatar C. dit :

    Enfin visionné – aucune surprise, du Grand Art effectivement. Une construction étonnante à la bande sonore extraodrinairement bien montée. Une puissance graphique hors pair à l’originalité de génie.

    Attention de bien en comprendre le contexte avt visionnage de préférence (un rapide coup d’oeil sur le riche billet de E. est plus que bienvenu !).

  9. avatar E. dit :

    Suis ravi que ce petit bijou t’ai plus comme ça. Et si mon billet a pu t’ajouter un peu de confort à la compréhension du contexte, c’est tant mieux! Vraiment un excellent film !

  10. avatar Amaury dit :

    Yes ce film est un chef d’oeuvre où l’animation saccadée, inventive, colorée fait corps à la réflexion du propos, tour à tour profonde et intimiste.

Laisser un commentaire




Si vous voulez montrer une photo avec votre commentaire, aller chercher Gravatar.