Il était une fois une histoire dans la grande Histoire : nous sommes au début du 20ème siècle, à Trente appartenant alors à l’Empire austro-hongrois. Ida Dalser rencontre un militant socialiste convaincu, chef du parti local : Benito Mussolini. Il est violent, radical, et a d’autant plus d’estime de lui-même qu’il n’en a aucune pour les autres. C’est ce que l’on peut voir dès la première scène du film et cela durera jusqu’au tout dernier millimètre de la pellicule. Mais il fascine beaucoup de femmes de par sa force, et Ida la première. Elle va lui donner tout ce qu’elle a pour qu’il réalise ses ambitions et crée son propre journal, sans jamais rien lui demander en échange. Si ce n’est un « Dis-moi que tu m’aimes » qu’il ne dira jamais vraiment.
En 1915, la guerre éclate, elle est enceinte d’un garçon qu’elle appellera Benito ; il est blessé au front et elle découvre ainsi qu’il a épousé Rachele Guidi. Lorsqu’il reprend sa place au journal et que le fascisme progresse en Italie, Ida Dalser aura beau hurler sous ses fenêtres avec leur fils, il les a définitivement effacés de sa vie et n’a aucun intérêt à les reconnaître publiquement. Ils sont envoyés dans leur famille, mais Ida refuse d’abandonner le combat : Mussolini lui doit tout ce qu’il est devenu, il ne peut donc pas les traiter ainsi.
Ils ne seront d’ailleurs pas traités ainsi très longtemps : devenue trop gênante pour le pouvoir, Ida est envoyée en asile psychiatrique, et Benito dans un pensionnat où il est totalement séparé des autres enfants. Dès lors on ne verra plus Mussolini en tant qu’individu, mais uniquement en tant que personnage historique. Chacun de leur côté, Ida et Benito vont mener leur combat contre cet homme dont ils sont les premières victimes. Isolée, ignorée de tous ceux qui l’entourent, subissant une forte violence psychologique qui la déshumanise, Ida Dalser ne veut pas se résigner à être ce qu’on attend d’elle et ne perdra jamais rien de son courage et de sa volonté de lutter, même en silence, en sachant que ses lettres n’iront pas au-delà du portail de l’asile, en étant enfermée depuis des années et en réalisant qu’elle a perdu dès le départ : son sort a été décidé sans elle. Puis un jour, alors qu’elle n’y croit plus, on lui ouvre la porte, pour qu’elle ait quelques instants de liberté, pour qu’elle constate que dehors la ville entière est avec elle et qu’elle n’a jamais été seule. Pour qu’elle puisse vaincre et vivre tout simplement. En langue originale ça donne deux mots qui se ressemblent : vincere, vivere.
Vincere, au-delà d’un fort témoignage sur l’espoir et la volonté humaine, au-delà d’un chef-d’œuvre comme on en voit si peu, c’est aussi un magnifique portrait de femme interprété par une des plus grandes actrices d’aujourd’hui : Giovanna Mezzogiorno porte tout le film sur ses épaules du début à la fin et semble vivre en elle-même toutes les souffrances de son personnage à qui on n’épargne rien. Marco Bellocchio, enfant terrible du cinéma dans les années 60, n’a rien perdu de sa virulence et la violence qui règne transforme aussitôt The duchess en conte de fées. Les faits historiques y sont traités de façon très juste, le seul point qu’on regrette, et qui est pourtant essentiel, c’est que le récit ne montre pas comment Mussolini passe du socialisme au fascisme.
Hasard ou coïncidence, le film sortit au festival de Cannes, en plein milieu du scandale sur la vie privée de Berlusconi …
Sortie le 25/11/09
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novembre 18th, 2009 at 19:03
Très belle critique. Merci Jul, tu donnes vraiment envie d’aller voir ce film, même s’il y a des manques.
J’aime les films où ce sont les femmes qui luttent contre leur liberté. C’est grâce à elles que nous sommes devenues des femmes plus fortes et plus libres aujourd’hui. Il est temps de leur rendre hommage !Et Ida a été une « grande dame ».
novembre 18th, 2009 at 20:21
Merci à toi Bénédicte !
En fait je ne savais pas trop comment parler du film, ce n’est pas le film le plus facile que j’ai vu ces derniers temps, je ne savais donc pas comment exprimer ce que j’avais ressenti, surtout quand on a plus l’habitude de voir de la violence physique et non psychologique.
En tout cas c’est un très beau témoignage sur une femme extraordinaire, à l’époque où on parle encore de féminisme alors qu’on n’en a plus forcément besoin (désolée pour les féministes, mais il me semble qu’on n’a pas trop de quoi se plaindre).
Je pense vraiment que le film te plaira !
novembre 20th, 2009 at 11:07
Oui, je le pense aussi. Dès que je l’ai vu, je te laisse un commentaire. Tu as très bien partagé tes ressentis.
Tu as totalement raison sur le statut de la femme d’aujourd’hui. Ca va bientôt êre au tour des hommes de se défendre pour garder une « place » dans la société !
novembre 20th, 2009 at 15:46
J’attends ton avis avec impatience Béné
novembre 20th, 2009 at 16:34
Ouais ouais, on va se rebeller aussi bientôt c’est clair – ça devient plus vivable avec ces femmes… aux caractères trempés ! On vit dans un monde…
novembre 28th, 2009 at 17:30
Excellente critique, c’est vrai ! Je suis également bien tenté de voir ce vincere après lecture de ton article Jul.
On va lancer le mouvement masculiniste très bientôt. Vive la révolution !
novembre 29th, 2009 at 22:12
Merci E j’ai hâte de lire vos avis à tous ! Mais vous êtes prévenus ce n’est absolument pas un film facile, pour ne pas dire le plus difficile que j’ai vu cette année …