« Volpone ou le Renard » de Ben Jonson, mise en scène par Nicolas Briançon, à Paris

Théâtre de la Madeleine jusqu’au 20 janvier 2013
19 rue de Surène
75008 Paris
Volpone, pièce écrite en 1606, est une comédie noire de Ben Jonson, dramaturge anglais contemporain de Shakespeare. L’auteur y fustige avec une jubilation féroce et ravageuse le pouvoir de l’argent et la cupidité des nantis. En exploitant efficacement les ressorts de la farce ainsi que sa noirceur, Nicolas Briançon en livre un version enlevée, entre spectacle baroque et Commedia dell’Arte, empreinte d’une étonnante théâtralité à la drôlerie diabolisée.
L’histoire se situe à Venise. Volpone est un vieux célibataire, richissime, sans héritiers naturels dont l’occupation favorite consiste à contempler son or. Avec l’aide de son valet, il prétend être à l’article de la mort pour mieux faire miroiter son opulent héritage à Voltore l’avocat (parfait Pascal Elso), Corbaccio le vieux rentier et Corvino le marchand (hilarant Grégoire Bonnet). Son ingénieux serviteur s’appliquant, par de fallacieuses promesses faites à chacun d’eux, à les appâter. Terriblement aveuglés par l’appât du gain, les trois notables charognards se laissent prendre au piège. En charmant le moribond dans l’espoir de devenir seul et unique héritier, ils lui offrent de somptueux présents de plus en plus nombreux allant même jusqu’à déshériter un fils ou prostituer une épouse…
Tous les vices humains sont caractérisés par des personnages qui portent des noms d’animaux : Volpone (renard en italien), le serviteur Mosca (la mouche), l’usurier Corbaccio (la corneille), le marchand Corvino (le corbeau), l’avocat Voltore (le vautour). A l’instar de ceux de La Fontaine ou de Molière, ils se montrent dans tout leur cynisme où l’argent roi qui corrompt et achète tout, tisse les fils de l’intrigue jusqu’à son renversant épilogue. Et leur évolution dans un univers sans conscience, sans règles, sans empathie, comme leur satisfaction extrême à posséder et abuser de leur pouvoir, de leur autorité pour justifier leur insatiable soif d’argent, s’inscrivent dans une modernité saisissante.

Le duo formé entre Roland Bertin (Volpone) et Nicolas Briançon (Mosca) fonctionne à merveille. Le premier est souverain dans son rôle tantôt de jouisseur, libidineux et rusé puis de faux mourant à l’agonie, avide d’extorquer toujours plus ses visiteurs tandis que le second excelle en serviteur avisé, à la fois manipulateur et sans affect.
Dans un magnifique décor sombre et froid de Pierre-Yves Leprince surplombé d’un corridor, on découvre une imposante salle de coffres-forts recouvrant les murs. Remplis d’objets précieux, les coffres encerclent et s’ouvrent sur les protagonistes d’où surgissent, en préambule au spectacle, des danseurs annonciateurs de l’esprit baroque et théâtral italien insufflés, le tout porté par une mise en scène au cordeau et rythmée.
Une pièce forte et corrosive où la puissance de l’argent et ses travers exhortent la vilénie humaine…
-Amaury Jacquet-

Categorie: Spectacles/Théâtre







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