Wim Delvoye, Tatoue-moi un cochon…
Révolu le temps des huiles sur toile dans son séjour, les œuvres d’art de notre temps vivent, grouinent et embaument vos intérieurs. Enfin… seulement si on est un fervent amateur de Wim Delvoye, ce plasticien belge que beaucoup connaissent pour sa phénoménale « machine à caca » de l’an 2000 (Cloaca), un engin producteur d’excréments aussi déroutant que dégoûtant. Avec Art Farm, son récent projet de créer une « ferme artistique » (pour parler en français), il détruit les codes en triturant des cochons, qu’il signe à la manière calligraphique d’un Walt Disney (ses initiales étant les mêmes) dans le but d’en faire de véritables « œuvres d’art ».
Delvoye décide de prendre l’animal comme cobaye et symbole d’un capitalisme naissant lorsque, lorsqu’au cours d’une conversation avec un de ses amis cubains, ce dernier lui annonce que Fidel Castro a décidé de « libéraliser le régime » en concédant à chaque foyer le droit de posséder un porcelet. Pour l’artiste, le cochon comme l’œuvre est synonyme d’enrichissement personnel, une sculpture vivante et source de richesses. Les porcelets peints de Delvoye dénoncent une société trop ancrée dans un système capitaliste. Comme moyen de protestation sociale, on a quand même vu mieux…
Art et génétique, curieux mélange que celui de Delvoye, qui ne cache pas son intérêt pour les sciences et les théories Darwinistes, ainsi que son enthousiasme face aux progrès actuels de la génétique. C’est dans un atelier indien, à Beijing, que ces pauvres petits gorets passent sur le billard, sous les mains gantées de quelques hommes et femmes qui incrustent au stylet l’encre noire ou colorée du tatouage. Après des heures d’opération dans des conditions insalubres, les gorets mutilés ressortent décorés à en faire pâlir Etienne Dumont (ce journaliste culturel connu pour s’être fait tatoué intégralement le corps). Si tout cela paraît drôle en perspective, c’est finalement un projet artistique d’une cruauté gratuite, à tel point qu’on se prendrait presque de compassion pour ces petites bêtes qui pourtant en répugnent beaucoup. L’homme a parfois de bien curieuses occupations, n’en déplaisent aux pseudo-chirurgiens qui appliquent à la lettre le projet de l’artiste, ils n’ont pas l’air de peser la barbarie de leurs actes.
Sa conception de l’art contemporain, Delvoye la définit ainsi :
« Je montre au monde des œuvres qui sont tellement vivantes qu’elles doivent être vaccinées… Ça vit, ça bouge, ça va mourir. Tout est réel. L’art vivant, c’est plus intéressant que l’art empaillé »
Certes, quitte à arborer son jardin d’un « pig-design », autant éviter d’avoir pour décor un cadavre de porc … Vivant ou pas, le cochon de Delvoye est soi-disant une œuvre d’art dénonciatrice face à une société trop cantonnée à des critères académiques. Cruella paraitrait presque has-been dans son manteau de dalmatiens : la peau de cochon, c’est tellement plus « in » ! Même Monsieur Propre, icône incontournable de la société de consommation, a déserté sa bouteille en plastique pour habiter le dos rose et velu d’un gentil porcelet… Et vous, un porc Louis Vuitton (cf. illustration), ça vous branche ?







Je n’irai pas jusqu’à dire que les cobayes de Delvoye sont « privilégiés ». Et je maintiens mon propos, il n’y a pas de parallèle à faire avec la condition des animaux dans les abattoirs, ici ils sont triturés, tout ça pour le compte d’une performance artistique infâme et sans intérêt, si ce n’est pousser l’art à l’obscène.